Dans le paysage de la bande dessinée et de l’illustration jeunesse, David Gilson occupe une place singulière. Son parcours, à la croisée de l’animation, de l’illustration éditoriale et de la bande dessinée, dessine le portrait d’un auteur pour qui le dessin n’est jamais un simple ornement, mais un véritable langage narratif. Élégant, lisible et profondément expressif, son trait s’est construit loin des effets de mode, dans une recherche constante de justesse émotionnelle.
David Gilson s’inscrit dans une tradition classique de la narration graphique tout en abordant des thématiques contemporaines : l’identité, la différence, le regard des autres, la construction de soi. Cette cohérence artistique traverse l’ensemble de son œuvre, qu’il s’agisse de projets personnels ou de collaborations avec de grandes franchises. Elle trouve son expression la plus intime et la plus emblématique dans Bichon, bande dessinée devenue une référence discrète mais marquante de la BD jeunesse contemporaine.
Une biographie entre animation, illustration et narration
David Gilson naît le 25 août 1973 à Paris. Après un baccalauréat littéraire (série A3), il intègre le département de cinéma d’animation de l’école des Gobelins, où il étudie pendant deux ans. Cette formation exigeante lui permet d’acquérir une maîtrise rigoureuse du mouvement, de l’expressivité et du découpage visuel, des compétences qui irrigueront toute sa carrière.
À la fin des années 1990, il entre chez Walt Disney Animation France, où il travaille comme intervalliste sur le personnage de Tarzan pour le long métrage du même nom. Cette immersion dans l’animation de studio constitue un socle fondamental : sens du rythme, clarté du geste, capacité à faire exister un personnage par une posture ou un regard. Il participe ensuite à la création de personnages secondaires pour Bécassine et le Trésor viking, avant de collaborer sur diverses séries et films d’animation.
Parallèlement, David Gilson développe une activité soutenue dans l’illustration de livres jeunesse, collaborant avec de nombreux éditeurs. Cette double trajectoire — animation et illustration — forge un style immédiatement reconnaissable, où la lisibilité prime toujours sur la surcharge, et où chaque image raconte déjà une histoire.
En complément de ses collaborations avec l’édition jeunesse et les grandes franchises internationales, David Gilson développe et partage l’ensemble de son travail d’illustrateur à travers ses projets personnels. Il présente ses créations, ses publications et une sélection de ses travaux récents sur son site officiel, accessible à l’adresse shop.davidgilson.com, prolongeant ainsi son univers graphique au-delà de la bande dessinée et de l’animation.
Bichon : une BD jeunesse à hauteur d’émotion
Publiée à partir de 2013 après une prépublication dans le magazine Tchô !, Bichon marque l’entrée de David Gilson dans la bande dessinée d’auteur. La série, en partie autobiographique, suit le quotidien d’un petit garçon sensible, optimiste, entouré d’une famille aimante et d’ami(e)s bienveillants. À première vue, Bichon adopte les codes d’une BD jeunesse douce et lumineuse. Pourtant, sous cette apparente simplicité, se déploie une réflexion subtile sur la différence, l’acceptation de soi et le besoin de figures auxquelles s’identifier.
Graphiquement, Bichon se distingue par un trait épuré, élégant et extrêmement expressif. Les décors sont volontairement sobres, laissant toute la place aux personnages, à leurs gestes et à leurs silences. David Gilson excelle dans l’art du non-dit : un regard, une posture, une légère distance entre deux personnages suffisent à traduire une émotion complexe. Cette économie de moyens, héritée de l’animation, donne à la série une puissance émotionnelle rare.
La réception critique est immédiate. En 2014, Bichon reçoit le prix du meilleur premier album au festival Festi BD de Moulins. La série comptera trois tomes, publiés jusqu’en 2017, et sera saluée pour sa capacité à parler aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Bichon n’explique jamais, ne moralise pas : il accompagne, il rassure, il ouvre des possibles.
L’arrêt de Bichon : une fin imposée, mais signifiante
L’arrêt de Bichon n’est ni un essoufflement créatif ni un choix artistique. Comme l’a expliqué David Gilson à ses lecteurs, la décision est prise par l’éditeur dans un contexte économique difficile pour la BD jeunesse, aggravé par l’arrêt du magazine Tchô !, qui servait jusque-là de tremplin aux nouvelles séries de la collection.
La série n’avait pas encore eu le temps de s’installer pleinement : en BD jeunesse, il faut parfois plusieurs tomes avant que le public ne se constitue durablement. David Gilson apprend cette décision très tardivement, juste avant l’impression du tome 3, ce qui ne lui permet pas de concevoir une véritable conclusion narrative. Il ajoute toutefois une illustration finale montrant les personnages plus âgés, offrant une fin ouverte, libre d’interprétation.
Cette dernière image agit comme une promesse silencieuse. L’auteur ne dit pas adieu à ses personnages, mais les laisse vivre ailleurs, plus tard, autrement. Une fin contrainte, mais d’une grande pudeur, qui renforce aujourd’hui encore l’attachement des lecteurs à la série.
Illustrateur prolifique : un pilier central de son identité artistique
Loin d’être secondaire, l’activité d’illustrateur constitue l’un des piliers du parcours de David Gilson. Depuis plus de vingt ans, il collabore avec de grands éditeurs et des franchises internationales, apportant son sens du récit et son expressivité graphique à des univers très codifiés. Cette capacité à conjuguer contraintes industrielles et regard d’auteur est au cœur de sa singularité.
Ses collaborations avec Chris Colfer chez Michel Lafon, notamment sur les séries Le Pays des contes et Une histoire de magie, sont particulièrement marquantes. Les couvertures qu’il réalise ne se contentent pas d’illustrer : elles construisent l’imaginaire, fixent les personnages et accompagnent le lecteur tout au long de sagas au long cours.
Il travaille également sur la collection Disney Chills pour Hachette Romans, adaptant son trait à une tonalité plus sombre, tout en respectant les codes stricts des licences Disney. On retrouve cette même exigence dans des séries comme Simon Thorn d’Aimée Carter, ou Étoile de Marie-Claude Pietragalla, pour laquelle il illustre également les pages intérieures, prolongeant la danse par le dessin.
Cette transversalité trouve son origine dans l’animation, mais aussi dans une compréhension fine du jeune lectorat : lisibilité, émotion immédiate, incarnation forte des personnages. À côté de ces collaborations prestigieuses, David Gilson développe aussi des projets plus personnels, comme l’autoédition de Un Minet pour Matou à partir de 2018, révélant une facette plus libre et adulte de son univers graphique.
Une œuvre discrète mais durable
Qu’il travaille pour de grandes franchises internationales, pour l’édition jeunesse ou sur des projets personnels, David Gilson poursuit une même exigence : raconter par le dessin, avec élégance, pudeur et humanité. Bichon en demeure l’expression la plus intime, mais l’ensemble de son parcours révèle un auteur complet, capable de faire dialoguer industrie culturelle et regard profondément personnel.
Discrète, jamais tapageuse, son œuvre s’inscrit dans le temps long. Elle continue de toucher des lecteurs qui y trouvent des repères, des émotions et parfois un réconfort. En cela, David Gilson incarne une forme rare de création graphique : populaire sans être simpliste, accessible sans être lisse, et durable sans jamais chercher l’effet.







