Illustratrice et autrice au style sensible et expressif, Rosalía Armenteros Escribano évoque dans cette interview son rapport à l’émotion, l’importance de l’ambiance dans une image, mais aussi les difficultés de trouver sa propre identité artistique dans un milieu où les attentes extérieures sont omniprésentes. Entre influences manga, découverte marquante de la BD européenne et envie de raconter un jour sa propre histoire, elle revient avec sincérité sur sa façon de créer.
Votre travail dégage une forte sensibilité visuelle. Cherchez-vous d’abord à transmettre une émotion avant même de raconter une histoire ?
J’imagine constamment des histoires dans ma tête. J’essaie de me connecter émotionnellement à celle que je veux raconter, de me mettre à la place des personnages et de comprendre ce qu’ils ressentent au moment où je commence à dessiner. Je cherche souvent des chansons qui correspondent à la situation que je veux représenter, ou qui traduisent les pensées et les émotions des personnages.
Y a-t-il un artiste ou une œuvre qui a marqué un tournant dans votre envie de créer ?
Beaucoup, honnêtement. J’ai toujours voulu créer de l’art, mais je n’ai pas toujours su sous quelle forme. Je me souviens parfaitement du jour où je suis tombée sur une BD de Mirka Andolfo (Unnatural) dans une boutique à Barcelone. Jusqu’à ce moment-là, je ne lisais que des mangas. Découvrir cette bande dessinée en couleurs et son incroyable travail graphique a ravivé mon intérêt pour la BD.

Comment trouvez-vous l’équilibre entre votre vision artistique personnelle et les attentes extérieures (public, marché, collaborations) ?
Quand on travaille pour un client, il faut généralement garder l’esprit ouvert face aux “changements” demandés. Ce n’est pas toujours facile de trouver un terrain d’entente, mais c’est justement pour cela qu’il est important de créer aussi pour soi-même, sans attente particulière, juste pour le plaisir. (Je devrais d’ailleurs le faire plus souvent, mais je manque de temps ; je pense que c’est quelque chose que beaucoup d’entre nous partagent.)
Le dessin permet parfois d’exprimer des choses difficiles à mettre en mots. Est-ce un aspect important dans votre travail ?
J’essaie en tout cas que ce soit le cas. Créer la bonne atmosphère, les bonnes couleurs, la lumière, le cadrage… Je réfléchis beaucoup à tout ce qu’une image peut transmettre au-delà des mots. C’est quelque chose de très important pour moi.

Avez-vous déjà ressenti une pression pour adapter votre style ou vos thèmes à certaines attentes ou tendances ?
J’ai dû le faire pour ma première série, Melody. Mon style était encore en pleine évolution et j’étais un peu chaotique dans ma façon de dessiner. J’ai l’impression d’être devenue un peu rigide à un moment, mais petit à petit, je retrouve un style dans lequel je me sens à l’aise.

Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui à continuer de créer ?
Très bonne question. Je pense que, pour moi, c’est le besoin de raconter des histoires et de m’exprimer. Quand on a une idée en tête et qu’on la dessine, elle devient d’une certaine façon réelle, parce qu’elle existe et que les gens peuvent la voir.
J’aimerais un jour dessiner ma propre histoire, et c’est une motivation énorme pour continuer à avancer.


