La bande dessinée ne se contente pas de divertir : elle est aussi un formidable outil de transmission et de mémoire. De nombreux auteurs se sont ainsi emparés des grands événements et des figures marquantes de l’histoire de France pour les raconter autrement. À l’occasion du 14 juillet, nous vous proposons de découvrir quelques séries et albums qui permettent de redécouvrir le passé français à travers le regard du neuvième art.
Chaque année, le 14 juillet est synonyme de feux d’artifice, de bals populaires et de défilé militaire sur les Champs-Élysées. Mais derrière cette journée de célébration se cache une histoire particulièrement riche. La fête nationale française rappelle avant tout un moment de bascule : celui d’un peuple qui renverse l’ordre établi et ouvre la voie à une nouvelle conception de la nation et de la citoyenneté.
Pourtant, l’histoire de France ne se résume pas à une succession de dates apprises sur les bancs de l’école. Elle est faite de destins individuels, de grands bouleversements politiques, de conflits, de résistances et de récits profondément humains.
Depuis plusieurs décennies, la bande dessinée s’est imposée comme un formidable moyen de raconter ce passé. Grâce à la force du dessin et à la puissance de la narration, elle permet de donner un visage aux grandes figures historiques, de faire revivre des époques parfois lointaines et de transmettre la mémoire à de nouvelles générations de lecteurs.
Révolution française, Empire, guerres mondiales ou Résistance : le neuvième art s’est emparé de toutes ces pages d’histoire pour mieux nous les faire comprendre.
La Révolution française, un récit qui semble avoir été écrit pour la bande dessinée
La Révolution française est probablement l’une des périodes les plus romanesques de l’histoire de France. En quelques années seulement, le pays connaît une succession de bouleversements extraordinaires : la prise de la Bastille, l’abolition des privilèges, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la fin de la monarchie, la naissance de la République et les heures plus sombres de la Terreur.
Tous les ingrédients d’un grand récit sont réunis : des idéaux, des affrontements, des personnages marquants, des trahisons et des destins emportés par le tumulte de l’Histoire.
Il n’est donc pas étonnant que la Révolution continue de fasciner les auteurs de bande dessinée.
Les Enfants perchés de la Révolution, l’Histoire vue à hauteur d’enfant
Parmi les œuvres récentes consacrées à cette période, Les Enfants perchés de la Révolution, de Xavier Bétaucourt et Jean-Sébastien Bordas, occupe une place particulière.
L’histoire débute au printemps 1789. Michel, un jeune garçon de onze ans, perd brutalement ses repères lorsque son père disparaît au cours d’une émeute du faubourg Saint-Antoine. Il fait alors la rencontre d’une bande d’enfants vivant sur les toits de Paris, les « enfants perchés ».
À travers leurs yeux, le lecteur découvre une capitale en pleine effervescence. Les rues s’agitent, la colère monte, les inégalités deviennent de plus en plus insupportables et chacun sent qu’un changement majeur est en train de se produire.
Le choix de raconter la Révolution à travers des enfants est particulièrement judicieux. Il rappelle que les grands événements historiques ne concernent pas uniquement les dirigeants ou les hommes politiques. Ils bouleversent également la vie des familles, des artisans, des habitants des quartiers populaires et des plus jeunes.
La série réussit ainsi à conjuguer aventure et transmission historique. Elle restitue l’atmosphère du Paris révolutionnaire sans jamais perdre de vue ses personnages, permettant aux lecteurs de découvrir cette période fondatrice de manière à la fois accessible et immersive.
Révolutionnaires !, une fresque ambitieuse sur la naissance de la République
Si Les Enfants perchés de la Révolution s’adresse avant tout à un public familial, Révolutionnaires !, de Régis Hautière et Xavier Fourquemin aux Éditions du Lombard, adopte une approche plus vaste et plus politique.

La série se déroule principalement durant les années 1792 et 1793 et suit plusieurs personnages issus de milieux très différents : une jeune aristocrate, des enfants des rues, un commissaire ambitieux ou encore des nobles favorables à la contre-révolution.
Ce choix de narration permet de montrer toute la complexité de la période. La Révolution n’est ni entièrement héroïque ni entièrement tragique. Elle est faite d’idéaux de liberté, d’espoirs de justice, mais aussi de violences et de divisions profondes.
Le dessin dynamique de Xavier Fourquemin restitue parfaitement l’énergie du Paris révolutionnaire, ses foules, ses tensions et son agitation permanente.
En racontant la Révolution à travers des destins croisés, Révolutionnaires ! rappelle une chose essentielle : l’histoire se construit autant dans les grandes assemblées que dans les rues et le quotidien des citoyens ordinaires.
Napoléon, une vie plus romanesque que bien des fictions
Après la Révolution vient inévitablement l’une des figures les plus fascinantes de l’histoire de France : Napoléon Bonaparte.
Son parcours semble presque irréel. Né en Corse, devenu général à un âge où beaucoup débutent à peine leur carrière, Premier consul puis empereur, il domine une partie de l’Europe avant de terminer ses jours en exil sur l’île de Sainte-Hélène.
La série Napoléon, publiée chez Glénat, retrace cette trajectoire exceptionnelle en s’appuyant sur une importante documentation historique.
Mais la bande dessinée permet également de dépasser l’image figée de l’homme au bicorne. Elle montre un individu complexe, à la fois stratège militaire, bâtisseur de l’État moderne et personnage dont les ambitions ont profondément bouleversé l’Europe.
En quelques planches, la BD parvient à redonner de l’épaisseur humaine à une figure que l’on réduit parfois à quelques dates apprises à l’école.
Jacques Tardi et la mémoire de la Grande Guerre
La Première Guerre mondiale a également profondément marqué la bande dessinée française, notamment grâce au travail de Jacques Tardi.
Avec C’était la guerre des tranchées, il signe une œuvre majeure du neuvième art. L’auteur refuse toute vision héroïque ou spectaculaire du conflit. Son objectif est ailleurs : montrer ce que la guerre fait aux hommes.

La boue omniprésente, les offensives absurdes, l’attente interminable, les corps meurtris et la peur permanente occupent le centre du récit.
Le noir et blanc renforce encore cette impression d’écrasement. Chaque planche semble rappeler l’inhumanité d’un conflit qui a bouleversé toute une génération.
En donnant une place centrale aux anonymes, Tardi rappelle que l’histoire de France ne se résume pas à des victoires militaires ou à des dates commémoratives. Elle est aussi faite de souffrances individuelles et de destins brisés.
La Seconde Guerre mondiale et les ambiguïtés de l’Occupation
La Seconde Guerre mondiale demeure l’une des périodes les plus représentées dans la bande dessinée historique.
Parmi les œuvres marquantes, Il était une fois en France, de Fabien Nury et Sylvain Vallée, s’impose comme une référence.
La série retrace le parcours de Joseph Joanovici, ferrailleur juif devenu l’un des hommes les plus influents de la France occupée. À travers lui, les auteurs explorent toute la complexité morale de l’époque.
L’œuvre interroge les notions de survie, de pouvoir, de collaboration et de résistance. Elle montre une période où les frontières entre le bien et le mal sont parfois plus floues qu’on ne l’imagine.
C’est précisément l’une des grandes forces de la bande dessinée historique : sa capacité à raconter les zones grises et à poser des questions plutôt qu’à proposer des réponses toutes faites.
Les Enfants de la Résistance, quand la BD devient un outil de mémoire
Parmi les grandes réussites de ces dernières années, Les Enfants de la Résistance, de Vincent Dugomier et Benoît Ers, occupe une place particulière.
La série suit François, Eusèbe et Lisa, trois enfants vivant dans un village français pendant l’Occupation allemande. Progressivement, ils découvrent la réalité de la guerre et deviennent acteurs de la Résistance à leur échelle.
Le choix de héros jeunes et ordinaires rend immédiatement le récit accessible. Les lecteurs découvrent ainsi la guerre à travers des personnages auxquels ils peuvent facilement s’identifier.
Chaque tome se termine également par un important dossier documentaire revenant sur les thèmes abordés : la propagande, la vie quotidienne sous l’Occupation, les réseaux de résistance ou encore la Libération.
À une époque où les derniers témoins de la Seconde Guerre mondiale disparaissent progressivement, cette série joue un véritable rôle de transmission.
D’une certaine manière, elle fait écho aux Enfants perchés de la Révolution. Ces deux séries racontent deux périodes fondatrices de l’histoire de France à travers le regard d’enfants confrontés à des événements qui les dépassent et qui vont pourtant transformer durablement le pays.
Quand la bande dessinée donne un visage à l’Histoire
Longtemps considérée comme un simple divertissement, la bande dessinée est aujourd’hui reconnue comme un véritable outil culturel et pédagogique.
Elle possède une qualité rare : sa capacité à rendre le passé tangible.
Une planche peut faire ressentir l’effervescence du Paris révolutionnaire, montrer la violence des tranchées ou faire découvrir le quotidien de la France occupée. Elle peut donner un visage à des personnages historiques et rappeler que derrière chaque événement se trouvent des êtres humains, avec leurs espoirs, leurs peurs et leurs contradictions.

La BD ne remplace évidemment pas les ouvrages historiques. Mais elle agit comme une formidable porte d’entrée vers la connaissance. Elle suscite la curiosité, donne envie d’en apprendre davantage et contribue à maintenir vivante la mémoire collective.
En ce 14 juillet, ces albums rappellent finalement une chose essentielle : l’histoire de France n’est pas figée dans les livres ou les cérémonies commémoratives. Elle continue de vivre à travers les récits qui la transmettent. Et parmi eux, la bande dessinée occupe désormais une place de choix.


