Tout le monde ou presque connaît son pull jaune et noir, ses antisèches improbables, Léonie Gratin et les colères de Monsieur Latouche. Mais derrière Ducobu se cache une histoire beaucoup moins connue. Le personnage est né presque par hasard, ses premières aventures portaient un autre titre et son célèbre pull doit quelque chose à… Pablo Picasso. Plus de trente ans après sa création, retour sur quelques secrets et anecdotes parfois méconnus du plus célèbre cancre de la bande dessinée.
En plus de trente ans, Ducobu est devenu l’un des incontournables de la BD jeunesse franco-belge. Album après album, le cancre et son univers se sont installés auprès de plusieurs générations de lecteurs, donnant naissance à des séries dérivées, des romans et de nombreuses déclinaisons. Un succès qui a également gagné le cinéma, avec plusieurs millions d’entrées en France et Élie Semoun dans le rôle de Monsieur Latouche, puis à la réalisation. Derrière ce phénomène se cache pourtant une histoire pleine de petites surprises.
À l’origine, Ducobu servait simplement à boucher un trou
Difficile d’imaginer naissance plus modeste pour un personnage devenu aussi populaire. Ducobu apparaît en 1992 dans Tremplin, un hebdomadaire belge notamment diffusé dans les écoles. Mais Zidrou et Godi n’avaient pas imaginé une grande série destinée à occuper des pages entières du journal.
Il fallait, à l’origine, combler un espace laissé vide dans une page.
Godi a raconté à la Bibliothèque nationale de France que le personnage était né dans l’urgence pour occuper ce petit emplacement. L’idée fonctionne et les réactions des jeunes lecteurs poussent progressivement le journal à lui accorder davantage de place. Le simple dessin devient un strip, puis finit par atteindre le format d’une planche.
Autrement dit, l’un des cancres les plus connus de la BD n’aurait peut-être jamais existé s’il n’avait pas fallu remplir quelques centimètres de papier.
Avant L’Élève Ducobu, la BD s’appelait Copieur !
Voici un détail que les lecteurs ayant découvert Ducobu en album peuvent facilement ignorer. Dans Tremplin, ses premières aventures ont notamment été publiées sous un autre titre : « Copieur ! ».
Il ne s’agissait toutefois pas du nom du personnage. Des gags de cette époque montrent clairement Léonie s’adresser à son voisin en l’appelant déjà Ducobu. Copieur ! désignait donc ces premières aventures, un titre qui résumait plutôt bien leur principe.
Car l’essentiel du futur univers était déjà présent : Ducobu, Léonie et surtout cette obsession consistant à déployer une imagination extraordinaire pour parvenir à copier une réponse plutôt que de l’apprendre.
Le nom Ducobu finira par s’imposer comme celui de la série elle-même.

Le pull de Ducobu doit quelque chose à… Picasso
Impossible aujourd’hui d’imaginer Ducobu sans ses fameuses rayures jaunes et noires. Pourtant, cette apparence définitive s’est construite progressivement.
Les premiers gags sont publiés en noir et blanc avec une couleur d’accompagnement. Léonie se retrouve notamment avec une robe rouge qui attire immédiatement le regard. Godi cherche alors un moyen de rendre Ducobu graphiquement aussi identifiable que sa voisine.
La solution sera le pull rayé.
Et le dessinateur a reconnu une inspiration pour le moins inattendue : Pablo Picasso, régulièrement photographié avec des hauts à rayures. Les bandes permettent immédiatement de reconnaître Ducobu dans une case et deviennent l’une de ses signatures visuelles.
Quant au jaune qui finira par compléter son costume, son origine est beaucoup plus pragmatique : Godi a expliqué que cette couleur était notamment rapide et pratique à appliquer lorsqu’il travaillait dans l’urgence.
Derrière l’un des vêtements les plus reconnaissables de la BD jeunesse se cachent donc Picasso… et des questions de délai.
Zidrou a lui-même été instituteur
Les interminables contrôles de Monsieur Latouche, les dictées, les punitions et les relations parfois compliquées entre élèves et enseignants ne viennent pas uniquement de l’imagination d’un scénariste.
Avant de vivre de la bande dessinée, Zidrou a travaillé comme instituteur pendant plusieurs années.
Une expérience qui donne évidemment une saveur particulière à Ducobu. Son scénariste connaît l’école depuis l’autre côté du bureau et s’est inspiré de cet univers pour construire une partie de son humour.
Mais cette expérience permet surtout de comprendre que la série ne cherche pas uniquement à se moquer des mauvais élèves.
Monsieur Latouche servait aussi à critiquer l’école
À ses débuts, Ducobu possédait en effet une petite dimension satirique que l’on peut facilement oublier derrière les gags et les antisèches.
Zidrou a expliqué que Monsieur Latouche lui permettait notamment de caricaturer une certaine conception de l’enseignement qu’il jugeait trop rigide ou éloignée du quotidien des enfants. L’instituteur représente ainsi volontairement une école presque hors du temps, avec ses récitations, ses punitions, son tableau et son fameux coin.
Ducobu devient alors son exact opposé. Il refuse les règles, cherche constamment des raccourcis et détourne tout ce qui l’entoure pour échapper au travail.
Le duel entre Latouche et Ducobu ne repose donc pas seulement sur un professeur essayant de coincer un tricheur : il confronte également deux visions totalement opposées de l’école.

La terrible dictée des champignons a été inventée spécialement pour Ducobu
Les lecteurs de la série connaissent peut-être « La cueillette des champignons », l’une des dictées particulièrement redoutables auxquelles Monsieur Latouche soumet ses élèves.
Mais Zidrou ne l’avait pas trouvée dans un ancien manuel scolaire.
Le scénariste a raconté avoir utilisé un ouvrage consacré aux champignons pour sélectionner des noms particulièrement compliqués et construire lui-même cette dictée. L’exercice était donc conçu dès le départ comme un véritable cauchemar orthographique pour Ducobu.
Le gag a tellement marqué certains lecteurs que Zidrou et Godi ont raconté avoir rencontré des enfants capables d’en réciter des passages. La dictée a même été reprise lors d’animations autour de la série.
Comme quoi, Ducobu aura finalement réussi à faire réviser du vocabulaire à ses lecteurs sans même le vouloir.
Ducobu a vraiment obtenu… 280 de QI
Ducobu est-il réellement idiot ? La série joue depuis toujours avec ce paradoxe : son héros collectionne les zéros mais invente des systèmes de triche parfois tellement sophistiqués qu’il aurait probablement gagné du temps en apprenant simplement sa leçon.
En 2006, Zidrou et Godi décident d’aller beaucoup plus loin avec le douzième album, 280 de QI !. Un test révèle alors que l’éternel dernier de la classe possède un quotient intellectuel absolument phénoménal, au point de reléguer Léonie au second plan.
Il ne faut évidemment pas considérer le chiffre comme une véritable expertise psychologique du personnage. Il s’agit avant tout du point de départ humoristique de l’album. Mais l’idée pousse jusqu’à l’absurde l’un des principes fondamentaux de Ducobu : le problème n’a peut-être jamais été son intelligence, mais ce qu’il décide d’en faire.
Mademoiselle Rateau vient du cinéma
Voilà un cas assez rare dans l’histoire des adaptations de bandes dessinées.
Mademoiselle Rateau, devenue un personnage familier de l’univers de Ducobu et surtout l’objet des sentiments de Monsieur Latouche, n’est pas née dans les albums.
Elle est créée pour le premier film L’Élève Ducobu, sorti en 2011, dans lequel elle est interprétée par Joséphine de Meaux. Le personnage séduit suffisamment pour effectuer ensuite le chemin inverse et rejoindre la bande dessinée.
Habituellement, le cinéma vient chercher ses personnages dans les cases d’un album. Avec Mademoiselle Rateau, ce sont donc les auteurs de la BD qui sont allés récupérer une idée née de son adaptation.

La BD préférée de Ducobu est devenue une vraie BD
Ducobu déteste peut-être les manuels scolaires, mais cela ne signifie pas qu’il refuse toute forme de lecture.
Dans les albums, le cancre est notamment amateur des aventures de Rik Spoutnik, un héros de bande dessinée fictif. Une manière amusante de montrer qu’un enfant capable de fuir désespérément un texte scolaire peut parfaitement dévorer autre chose lorsqu’il en a envie.
Mais Zidrou et Godi ont poussé la plaisanterie plus loin.
Rik Spoutnik a fini par sortir de l’univers de Ducobu pour obtenir sa propre bande dessinée, avec Recueil n°627. Le personnage fictif lu par un personnage de BD est ainsi devenu à son tour le héros d’un véritable album.
Une jolie mise en abyme qui transforme la bibliothèque de Ducobu en extension de son propre univers.

Même Léonie a fini par avoir sa série
Difficile d’imaginer Ducobu sans Léonie Gratin. Première de la classe, toujours prête à répondre aux questions de Monsieur Latouche et beaucoup moins enthousiaste lorsqu’il s’agit de laisser son voisin regarder sa copie, elle constitue depuis les débuts le parfait opposé du héros.
Mais après des années passées à partager son pupitre, Léonie a fini par s’émanciper.
En 2017, elle devient l’héroïne de sa propre série avec Léonie. Le projet permet de déplacer le regard vers celle qui avait longtemps été avant tout la voisine de Ducobu. Cette année-là, la série principale avait déjà atteint 23 tomes et dépassé les trois millions d’albums vendus selon les chiffres alors communiqués autour de la sortie.
Une évolution qui montre surtout à quel point le petit univers construit autour du cancre avait grandi depuis ses débuts dans Tremplin.

De quelques centimètres de papier à une institution de la BD jeunesse
C’est probablement la plus belle anecdote entourant Ducobu : rien ne semblait annoncer tout cela.
Au départ, il fallait simplement remplir un espace dans une page. Puis les lecteurs ont apprécié le personnage. Quelques centimètres sont devenus un strip, puis une planche. Les aventures ont quitté Tremplin, les albums sont arrivés et l’univers s’est progressivement agrandi.
Le premier album, Un copieur sachant copier !, paraît chez Le Lombard en 1997. Les tomes vont ensuite s’enchaîner et Ducobu finira même par perdre « L’Élève » dans le titre de sa série : à partir du tome 23, publié en 2017, elle devient simplement Ducobu.
Trente-quatre ans après sa création, le cancre continue pourtant de faire ce qu’il sait faire de mieux : éviter de travailler, tenter de copier sur Léonie et pousser Monsieur Latouche à bout.
Pas mal pour un personnage qui, à l’origine, devait simplement remplir un trou dans une page.


