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L’influence de la bande dessinée dans Stranger Things

L’influence de la bande dessinée dans Stranger Things est souvent éclipsée par ses références cinématographiques aux années 1980. Pourtant, la série Netflix puise largement dans le langage graphique, la narration et l’imaginaire de la BD américaine. De sa mise en scène pensée comme une succession de cases à ses affiches illustrées proches de couvertures de comics, Stranger Things adopte une grammaire visuelle héritée de la bande dessinée. Comprendre l’influence de la bande dessinée dans Stranger Things permet ainsi de mieux saisir la cohérence esthétique et narrative de la série, jusque dans son adaptation officielle en comics.

La réalisation de Stranger Things adopte une grammaire visuelle très proche de celle de la bande dessinée américaine. Les plans sont souvent composés comme des cases fixes, très lisibles, avec une attention particulière portée aux silhouettes, aux regards et à la profondeur de champ. Les scènes d’action ou d’horreur fonctionnent comme des pleines pages : apparition du Demogorgon, visions de l’Upside Down, affrontements finaux.

À l’inverse, les scènes du quotidien — vélo, sous-sol, chambre d’ados — rappellent des strips plus calmes, presque domestiques. Cette alternance entre intimité et spectaculaire est typique des comics publiés chez Marvel Comics ou DC Comics, où l’extraordinaire surgit toujours dans un cadre très banal.

Des enfants comme héros de saga graphique

Le choix de placer des enfants au centre du récit renvoie directement à la tradition de la BD. Le groupe formé par Mike, Dustin, Lucas et Will fonctionne comme une équipe de jeunes héros en devenir, chacun avec sa personnalité, ses forces et ses failles. Cette dynamique rappelle les récits d’enfants ou d’adolescents confrontés trop tôt à une mythologie adulte, très présents dans les comics américains.

Des ados écolo

Le personnage d’Eleven est sans doute l’exemple le plus frappant. Enfant marginale, utilisée comme cobaye, dotée de pouvoirs qu’elle ne comprend pas, elle évoque clairement l’héritage des X-Men. Le laboratoire d’Hawkins pourrait être une version réaliste et glaçante d’un centre de recherches Marvel, débarrassé de tout héroïsme flamboyant.

L’horreur graphique, héritée des comics

L’Upside Down et ses créatures s’inscrivent dans une tradition visuelle très proche des comics d’horreur américains. Textures organiques, monstres à la lisibilité immédiate, menace souvent suggérée plutôt que montrée : on pense aux publications de EC Comics, comme Tales from the Crypt, où l’image suffisait à installer le malaise.

Cette horreur est aussi profondément graphique. Elle fonctionne par symboles, contrastes et silhouettes, bien plus que par explications scientifiques. Une approche que l’on retrouve également dans des œuvres majeures comme Watchmen, où le surnaturel sert surtout à révéler les failles humaines.

Des affiches pensées comme des couvertures de BD

L’influence de la bande dessinée est peut-être encore plus visible dans les affiches de la série. Dès la saison 1, Netflix fait le choix d’illustrations très composées, loin du simple portrait photographique. Personnages hiérarchisés, menace surplombante, couleurs saturées : chaque affiche raconte une histoire en une seule image.

Quand tu dois caser tous les acteurs dans une seule et même affiche

Ces visuels fonctionnent exactement comme des couvertures de comics. Elles ne résument pas l’intrigue, elles en promettent l’intensité. Saison après saison, les affiches évoluent comme des chapitres successifs : mystère, montée en puissance, chaos, sacrifice. Alignées, elles composent une véritable saga graphique, lisible sans aucun texte.

Ce choix esthétique inscrit durablement Stranger Things dans une culture de l’image héritée de la BD, où l’illustration est une extension du récit, et non un simple outil promotionnel.

Une narration en arcs, typiquement « comic book »

Chaque saison de Stranger Things est construite comme un arc narratif complet, avec exposition, montée dramatique, climax et cliffhanger. Les personnages évoluent d’une saison à l’autre, vieillissent, changent de rôle, parfois de fonction narrative. Cette continuité longue est l’un des piliers de la bande dessinée sérielle.

La série pense son univers comme un monde extensible, exactement comme une saga graphique. Cette logique explique en grande partie la facilité avec laquelle elle a pu être déclinée sur d’autres supports.

Une adaptation en BD parfaitement naturelle

Il était donc logique que Stranger Things soit officiellement adaptée en bande dessinée. Dès 2018, Dark Horse Comicspublie plusieurs séries de comics se déroulant dans l’univers de la série. Loin d’être de simples adaptations, ces BD explorent des angles morts du récit télévisé.

The Other Side adopte le point de vue de Will dans l’Upside Down pendant la saison 1. Six ou Into the Fire développent d’autres enfants dotés de pouvoirs, approfondissant la mythologie du laboratoire. La BD devient ici un outil narratif à part entière, capable d’explorer l’intériorité, les ellipses et les récits parallèles avec une liberté que la série ne peut pas toujours se permettre.

Alien 5, enfin !

Graphiquement, ces comics assument leur autonomie : ils traduisent l’atmosphère de la série sans chercher à la copier plan par plan, prouvant que Stranger Things est un univers pleinement compatible avec le médium BD.

Une série qui pense comme une bande dessinée

En définitive, Stranger Things n’est pas une série « adaptée » de la BD, mais une série qui raisonne comme une bande dessinée. Son sens du cadre, son usage de l’image symbolique, sa narration feuilletonnante et son iconographie illustrée en font une œuvre profondément hybride.

C’est sans doute ce qui explique sa longévité et son impact culturel : Stranger Things parle autant aux spectateurs qu’aux lecteurs de BD. Elle prouve qu’au-delà des formats, certaines histoires naissent déjà avec une structure graphique inscrite dans leur ADN.

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Mikl Mayer

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