Astérix et Cléopâtre est l’un des albums les plus célèbres de la série créée par René Goscinny et Albert Uderzo. Retour sur l’histoire de cet album, de sa création à ses différentes adaptations.
Publié en 1965, Astérix et Cléopâtre est le sixième album de la série Astérix, créée par René Goscinny au scénario et Albert Uderzo au dessin. L’album s’inscrit dans la période la plus fertile du duo, à un moment où la série commence à s’imposer comme l’un des plus grands succès de la bande dessinée franco-belge.
L’histoire est d’abord publiée en feuilleton dans le magazine Pilote, du numéro 215 (5 décembre 1963) au numéro 257 (24 septembre 1964). Elle est ensuite éditée en album en 1965, avant d’être également publiée dans Le Pèlerin entre 1966 et 1967.

Le tirage initial atteint environ 100 000 exemplaires, un chiffre déjà considérable pour l’époque. L’album contribue fortement à installer la popularité d’Astérix auprès d’un public toujours plus large.
Une inspiration venue d’Hollywood
L’idée de cette aventure naît directement du cinéma. Au début des années 1960, René Goscinny et Albert Uderzo vont voir ensemble le film Cléopâtre, réalisé par Joseph L. Mankiewicz et porté par Elizabeth Taylor dans le rôle de la célèbre reine d’Égypte. Cette superproduction hollywoodienne, réputée pour son budget colossal et ses décors monumentaux, inspire directement le cadre de l’album.
Plusieurs éléments du film sont ainsi détournés dans la bande dessinée. On retrouve notamment le trône surmonté de la statue du dieu faucon Horus, le gigantesque sphinx roulant utilisé par la reine pour ses déplacements discrets, le trône à porteurs ou encore la galère royale. Les auteurs s’amusent aussi à multiplier les changements de costumes de Cléopâtre, un clin d’œil aux 65 tenues différentes portées par Elizabeth Taylor dans le film, un record à l’époque.
Une promotion humoristique fidèle à l’esprit de la série
Comme souvent avec Astérix, Goscinny et Uderzo s’amusent dès la promotion de l’histoire. Une annonce publiée dans Pilote détaillait les moyens « colossaux » nécessaires à la création de l’album :
« 14 litres d’encre de Chine, 30 pinceaux, 62 crayons à mine grasse, 1 crayon à mine dure, 27 gommes à effacer, 38 kilos de papier, 16 rubans de machine à écrire, 2 machines à écrire, 67 litres de bière ont été nécessaires à la réalisation de cette aventure. »
Cette liste parodique faisait écho aux campagnes promotionnelles des grandes productions hollywoodiennes qui mettaient en avant leurs moyens gigantesques.
La couverture de l’album s’inspire d’ailleurs directement des affiches du film Cléopâtre, réalisé par Joseph L. Mankiewicz et porté par Elizabeth Taylor dans le rôle de la reine d’Égypte.

Une Égypte pleine de clins d’œil
Dans l’histoire, Cléopâtre parie avec Jules César qu’elle peut faire construire un palais somptueux en trois mois afin de prouver la grandeur du peuple égyptien. L’architecte Numérobis, chargé du projet, demande alors l’aide d’Astérix, Obélix et du druide Panoramix.
L’Égypte imaginée par Goscinny et Uderzo mélange références historiques et humour absurde. Les Égyptiens portent presque tous des noms terminés en « -is », inspirés de divinités antiques comme Isis, Osiris ou Apis. Les bulles de certains personnages sont également décorées de hiéroglyphes fantaisistes.
Dans une scène célèbre, lorsque le goûteur de Cléopâtre tombe malade, ses hiéroglyphes censés traduire « ouille, ouille, ouille » représentent en réalité… trois petits tas de houille en feu. Ce genre de gag visuel illustre parfaitement le mélange d’érudition et d’humour qui caractérise la série.
La naissance officielle d’Idéfix
L’album marque également un moment important pour l’univers d’Astérix : la première apparition officielle du nom du petit chien d’Obélix.
Le chien apparaît déjà dans Le Tour de Gaule d’Astérix, mais il n’y possède pas encore de nom. C’est dans Astérix et Cléopâtre qu’il est baptisé Idéfix.
Pour trouver ce nom, le magazine Pilote organise un concours auprès de ses lecteurs. De nombreuses propositions sont envoyées, parmi lesquelles Patracourcix, Papeurdurix, Trépetix, Paindépix, Toutousanprix ou Minimix. Finalement, plusieurs lecteurs proposent le nom Idéfix, qui est retenu par la rédaction.
Des gags et détails devenus légendaires
Comme souvent chez Goscinny et Uderzo, l’album regorge de détails humoristiques disséminés dans les planches.
Le bateau Napadélis, qui transporte les Gaulois vers l’Égypte, est par exemple représenté sans hélice. Les pirates, qui croisent les Gaulois, décident pour la première fois de se saborder eux-mêmes afin d’éviter une défaite certaine, ce qui provoque l’indignation d’Obélix qui aurait préféré les couler lui-même.
Une autre planche présente un encart explicatif comparant différentes unités de mesure antiques. L’explication dérive progressivement vers une équivalence absurde avec l’alexandrin et ses douze pieds, alors même qu’il ne s’agit évidemment pas d’une unité de mesure.
Certains personnages anonymes ont également suscité des interprétations parmi les lecteurs. Le Gaulois qui assomme Assurancetourix avant le départ pourrait être Cétautomatix, tandis que le garçon annonçant le retour des Gaulois pourrait être Keskonrix, déjà aperçu dans Astérix gladiateur.
Le dessin animé de 1968 : une adaptation devenue culte
Cinq ans après la création de l’album, René Goscinny et Albert Uderzo décident d’adapter leur histoire au cinéma sous forme de dessin animé. L’expérience n’est pas totalement nouvelle : un premier long métrage, Astérix le Gaulois, avait déjà vu le jour, mais les auteurs n’avaient que peu participé à sa production.

Pour Astérix et Cléopâtre, ils choisissent cette fois de s’impliquer davantage dans le projet. Ils collaborent avec leur ami Pierre Tchernia, grand passionné de bande dessinée, ainsi qu’avec les studios Belvision, spécialisés dans l’adaptation à l’écran de BD franco-belges.
Le film sort le 19 décembre 1968 et reste aujourd’hui l’un des dessins animés Astérix les plus appréciés. L’adaptation est relativement fidèle à l’album tout en y ajoutant plusieurs séquences inédites et des chansons, dont certaines sont devenues cultes auprès des fans.
L’animation permet également de donner vie aux décors monumentaux de l’Égypte antique imaginés par Uderzo. Les pyramides, les temples et le palais de Cléopâtre prennent une dimension spectaculaire qui rappelle les superproductions hollywoodiennes parodiées dans l’album.
Au fil des années, ce film s’impose comme un classique de l’animation européenne et contribue à populariser encore davantage l’univers d’Astérix auprès du jeune public.
Mission Cléopâtre : un phénomène du cinéma français
En 2002, l’histoire inspire une nouvelle adaptation avec Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre, réalisé par Alain Chabat.
Le film réunit Christian Clavier (Astérix), Gérard Depardieu (Obélix), Jamel Debbouze (Numérobis) et Monica Bellucci dans le rôle de Cléopâtre.

Sorti le 30 janvier 2002, le film devient le plus grand succès du box-office français cette année-là, avec plus de 14 millions d’entrées. Il remporte également le César des meilleurs costumes et reçoit plusieurs nominations.
Malgré son succès populaire et critique, Albert Uderzo a déclaré ne pas avoir particulièrement apprécié cette adaptation, dont l’humour moderne et les nombreuses références culturelles s’éloignaient selon lui de l’esprit original de la bande dessinée.
Un classique incontournable de la bande dessinée
Plus de soixante ans après sa publication, Astérix et Cléopâtre reste l’un des albums les plus célèbres de la série. Son mélange d’humour, de références culturelles et de gags visuels en fait l’un des épisodes les plus riches de l’univers d’Astérix.
Entre la naissance officielle d’Idéfix, ses nombreux clins d’œil au cinéma et ses adaptations mémorables, l’album incarne parfaitement la créativité du duo Goscinny-Uderzo. Il continue aujourd’hui encore d’être redécouvert par de nouvelles générations de lecteurs et demeure l’un des piliers de la bande dessinée européenne.




