Scénariste et dessinateur passé par le blog BD avant de travailler sur des licences populaires comme Les Lapins Crétins, Romain Pujol incarne une génération d’auteurs qui ont vu évoluer les modes de diffusion et de création. Entre humour, narration et sens du pitch, il revient sur son parcours, ses méthodes d’écriture et les réalités du métier aujourd’hui.
Vous venez du blog BD, notamment avec romainpujol.com. Est-ce que vous referiez le même parcours aujourd’hui ?
À l’époque, le blog a clairement été un tremplin pour moi. Aujourd’hui, les réseaux ont pris le relais. Ils permettent d’être mis en avant beaucoup plus facilement qu’avant. Les blogs, eux, sont un peu “décédés”, mais des plateformes comme Instagram ou TikTok offrent une visibilité immédiate. Donc oui, si je devais recommencer aujourd’hui, je passerais sans doute par ces outils. D’ailleurs, je m’y intéresse aussi pour d’autres projets, pour partager des choses différemment.
Vous avez travaillé sur une licence comme Les Lapins Crétins. Jusqu’où peut-on s’approprier cet univers ?
En réalité, on ne détourne pas l’univers, on l’adapte. Il y a une charte graphique et scénaristique très claire à respecter. À partir de là, tout le travail consiste à jouer avec l’ADN du personnage.
Dans notre cas, on a imaginé qu’il envahissait littéralement la BD : les cases, les bulles, les décors… On s’est amusés avec les codes du médium lui-même. C’est cette idée qu’on a proposée à Ubisoft, et c’est ce qui a fait qu’on a été retenus.
Vous passez de l’humour jeunesse à quelque chose de plus adulte. Est-ce une écriture différente ?
Pas vraiment. La mécanique d’écriture reste la même. Ce qui change, c’est surtout le public.
Dans l’humour jeunesse, il y a des choses qu’on ne peut pas dire ou montrer, donc on adapte. Mais la structure du gag, le rythme, la manière de construire une chute… tout ça reste identique. On est sur la même technicité, simplement avec des degrés différents selon ce qu’on veut raconter.

Qu’est-ce qui fait qu’une collaboration fonctionne ?
C’est avant tout une question d’alchimie, et ça ne s’explique pas complètement. Il faut des échanges, une dynamique qui se crée naturellement. Par exemple, avec certains auteurs que je connais depuis longtemps, on partage les mêmes références, la même envie de raconter des choses.
À l’inverse, quand les visions divergent trop, ça devient compliqué. Si chacun veut emmener le projet dans une direction différente, la collaboration peut vite se fragiliser.
Est-ce que votre manière d’écrire a évolué avec le temps et les formats ?
J’ai surtout une manière d’écrire que j’utilise depuis le début. J’aime notamment placer des éléments que je vais réutiliser plus tard. On retrouve ça dans les gags, mais aussi dans les histoires plus longues. C’est une technique que j’applique un peu partout, même dans d’autres projets comme des escape games.
Ce qui m’intéresse, c’est de surprendre le lecteur, de l’emmener sur de fausses pistes, et de créer une émotion à la fin. Avant, c’était surtout le gag. Aujourd’hui, j’essaie davantage de varier, d’aller vers des choses plus douces, plus empathiques.

Qu’est-ce qui fait qu’une idée devient une série plutôt qu’un simple gag ?
Pour moi, tout part du pitch. C’est une phrase qui résume l’univers et qui permet de générer plein d’histoires. Par exemple, Apocaline, c’est l’histoire d’une petite diablesse, fille de Satan, qui est gentille, et les deux ne se comprennent pas. Cette opposition crée une mécanique qui peut produire énormément de situations.
Si le pitch est fort et clair, il peut intéresser les éditeurs, les libraires, et les lecteurs. Aujourd’hui, c’est essentiel : une bonne idée doit pouvoir se résumer simplement et donner envie immédiatement.


