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Les 24 albums de Tintin du pire au meilleur : un classement qui ne fera pas l’unanimité

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Depuis sa première apparition en 1929, Tintin a parcouru le monde, traversé les époques et marqué l’histoire de la bande dessinée. Mais si certaines de ses aventures sont devenues des classiques incontournables, d’autres ont moins bien résisté au temps. Après avoir relu les 24 albums de la série, voici notre classement complet, du moins réussi au plus indispensable.

24. Tintin et l’Alph-Art

Sortie : 1986 (posthume, inachevé)

L’idée : Tintin enquête dans le milieu de l’art contemporain, entre faux gourous, fausses avant-gardes et vraies manipulations.

Le bon :
C’est sans doute l’album le plus frustrant de toute la série, mais aussi l’un des plus fascinants à regarder “par-dessus l’épaule” d’Hergé. On y sent une curiosité intacte, une envie de déplacer Tintin vers un univers plus moderne, plus ironique, plus venimeux aussi. Le sujet de l’art contemporain lui allait très bien : il y avait là de quoi faire un grand album sur l’illusion, le snobisme, la valeur fabriquée et le marché du faux.

Le mauvais :
Mais enfin, il faut être honnête : ce n’est pas un album achevé. On n’est pas devant une aventure pleinement construite, mais devant une promesse. Or une promesse, aussi stimulante soit-elle, ne se juge pas comme une œuvre accomplie. On devine des pistes, des intentions, des idées de mise en scène, mais il manque l’essentiel : le tempo, les respirations, les transitions, la mécanique d’Hergé en action. Impossible de le classer autrement qu’au fond, non par nullité, mais parce qu’il reste à l’état de chantier.

Anecdote :
Le site officiel rappelle qu’il s’agit du 24e titre de la collection et qu’il se compose d’un matériau très fragmentaire : quelques planches crayonnées, des dizaines de planches esquissées, des notes et des éléments de scénario. Le récit devait plonger Tintin dans le monde de l’art contemporain et des sectes.

23. Tintin au Congo

Sortie : 1931

L’idée : Envoyé au Congo pour un reportage, Tintin traverse une Afrique coloniale fantasmée, accumulant les péripéties dans un monde vu depuis Bruxelles, et rien que depuis Bruxelles.

Le bon :
On peut lui reconnaître une chose : il témoigne frontalement d’une époque, sans filtre. Il montre un Hergé encore brut, pas encore l’auteur immense qu’il deviendra, mais déjà soucieux de fabriquer de l’aventure, du mouvement, des gags visuels. Pour qui s’intéresse à la généalogie de Tintin, l’album a une valeur documentaire réelle.

Le mauvais :
Mais sur le plan de la lecture, c’est extrêmement difficile aujourd’hui. Les stéréotypes racistes, la vision paternaliste, la représentation des Africains comme silhouettes infantiles ou serviles plombent tout. Même en essayant de le lire “dans son contexte”, le malaise demeure. Et à cela s’ajoute un vrai problème de récit : Tintin y est moins pris dans une aventure que promené de scène en scène. Le livre ressemble encore à une succession d’épisodes plutôt qu’à une histoire construite.

Anecdote :
Le site officiel de Tintin classe lui-même l’album parmi les premiers titres de la série et le replace dans les débuts du personnage, quand l’univers d’Hergé était encore largement façonné par les représentations dominantes de l’époque.

22. Tintin au pays des Soviets

Sortie : 1930

L’idée : Tintin part en URSS et met au jour les mensonges, les manipulations et la violence du régime soviétique.

Le bon :
Il y a quelque chose de très vivant dans cet album. Tout y va vite, parfois trop, mais vite. Les poursuites, les déguisements, les renversements, les cascades : on voit naître un héros d’action. Cette énergie première conserve un vrai charme. On sent la jubilation du feuilleton.

Le mauvais :
En revanche, c’est de la propagande à ciel ouvert. L’album ne cherche jamais à comprendre : il accuse, il caricature, il charge. C’est frontal, schématique, souvent grossier. Le dessin n’a pas encore atteint sa plénitude, et surtout le récit n’a pas encore cette élégance qui fera toute la différence plus tard. On lit un embryon de Tintin, pas encore Tintin dans sa forme magistrale.

Anecdote :
Le site officiel situe bien cet album comme le tout premier de la série, ce qui explique aussi sa place particulière : il a une importance historique immense, mais une tenue artistique encore vacillante.

21. Tintin en Amérique

Sortie : 1932

L’idée : Tintin débarque à Chicago, affronte les gangsters, croise Al Capone et s’enfonce dans une Amérique de carton-pâte, entre violence urbaine et mythologie de la frontière.

Le bon :
C’est un album énergique, nerveux, parfois très drôle. Hergé y trouve un terrain de jeu naturel : l’Amérique du crime, de la vitesse, de la brutalité. Tintin y devient plus solide, plus combatif, plus immédiatement héroïque.

Le mauvais :
Le problème, c’est que l’album tourne un peu à vide. Il aligne les péripéties, les arrestations, les fuites, les pièges, mais sans véritable architecture. On se souvient de morceaux, pas d’un ensemble. Il y a du mouvement, mais pas encore de grande construction. C’est un Tintin spectaculaire, pas encore un grand Tintin.

Anecdote :
Sa place dans la chronologie officielle, juste après les Soviets et le Congo, dit bien quelque chose : c’est encore le temps des albums d’élan, avant la grande maturité narrative.

20. Les Cigares du pharaon

Sortie : 1934

L’idée : Une découverte archéologique entraîne Tintin dans une vaste affaire de trafic, de poison, de complot et de faux-semblants.

Le bon :
On sent enfin l’ambition s’élargir. Hergé ne se contente plus d’empiler les rebondissements : il commence à penser une aventure plus enveloppante, plus mystérieuse, plus internationale. Il y a des images superbes, des idées d’atmosphère, des séquences presque hallucinées.

Le mauvais :
Mais l’ensemble reste très heurté. Les épisodes s’enchaînent parfois comme dans un rêve fiévreux, sans toujours trouver une logique limpide. C’est grisant, mais encore désordonné. On admire le bouillonnement, moins la maîtrise.

Anecdote :
Le site officiel rappelle que l’album fait suivre Tintin à travers une aventure particulièrement foisonnante, avec poison qui rend fou, maharadjah menacé et savoureux déraillement romanesque.

19. L’Oreille cassée

Sortie : 1937

L’idée : Le vol d’une statuette entraîne Tintin au San Theodoros, où se jouent dictature, guerre absurde et intérêts pétroliers.

Le bon :
Ici, Hergé gagne en densité politique. Le décor sud-américain n’est pas qu’exotique : il devient satirique. On commence à sentir l’auteur plus attentif aux conflits du monde, à leurs masques et à leurs cynismes. L’album est riche, mouvementé, traversé par une vraie noirceur.

Le mauvais :
Il n’est pourtant jamais totalement harmonieux. On a parfois l’impression de lire deux ou trois albums entremêlés : une enquête sur un fétiche, une satire politique, un récit d’aventure tropicale. Le tout est stimulant, mais un peu déséquilibré.

Anecdote :
Le site officiel a récemment rappelé que le conflit de l’album s’inspirait de la guerre du Gran Chaco, transposée sous les noms fictifs de San Theodoros et Nuevo Rico.

18. Tintin et les Picaros

Sortie : 1976

L’idée : Tintin retourne au San Theodoros pour aider la Castafiore et se retrouve au milieu d’une révolution qui ressemble à une simple permutation du pouvoir.

Le bon :
Album tardif, donc album désabusé. Hergé n’y croit plus vraiment aux épopées héroïques ni aux grands changements de régime. C’est même ce qui fait le prix du livre : cette ironie froide, presque amère, qui montre des révolutions interchangeables et des chefs qui se ressemblent tous.

Le mauvais :
Mais ce désenchantement coûte cher à l’album en plaisir immédiat. Tintin y semble moins ardent, moins central, presque détaché. L’aventure a perdu une partie de son souffle, et le lecteur, une partie de son vertige.

Anecdote :
Le site officiel donne 1976 comme date de parution et le place tout à la fin de la série achevée, juste avant l’inachevé Alph-Art. Rien d’étonnant à ce que l’album ait ce parfum de fin de parcours.

La dernière aventure de Tintin

17. L’Île Noire

Sortie : 1938

L’idée : Après une agression mystérieuse, Tintin remonte la piste d’un trafic de fausse monnaie jusqu’en Écosse, où une île réputée maudite cache bien autre chose qu’un monstre.

Le bon :
Voilà un album d’ambiance. Brumes, landes, train, avion, château, bête effrayante : tout fonctionne dans l’imaginaire. Hergé sait installer une menace et donner à l’enquête une vraie couleur gothique.

Le mauvais :
Malgré tout, l’album est parfois plus séduisant par son climat que par sa charpente. On retient davantage l’image de la fameuse île que la profondeur de l’intrigue. C’est un très bon Tintin de surface, un peu moins un grand Tintin de composition.

Anecdote :
Le site officiel rappelle qu’il s’agit de la première apparition du docteur Müller dans la série, futur visage récurrent du danger chez Hergé.

16. Le Crabe aux pinces d’or

Sortie : 1941

L’idée : Une enquête sur un trafic de drogue conduit Tintin en mer, puis dans le désert, et surtout vers sa rencontre décisive avec le capitaine Haddock.

Le bon :
L’album vaut d’abord pour cette apparition immense : Haddock entre dans Tintin comme un orage. Avec lui, l’univers s’élargit brutalement. La série gagne un contrepoint, une faille, une voix, un corps. Dès lors, Tintin n’est plus seul dans sa perfection : il a face à lui un homme fatigué, excessif, magnifique.

Le mauvais :
Pris isolément, pourtant, le récit reste moins riche que ce qu’il produit pour la suite. Il y a une part de classicisme un peu mécanique dans l’intrigue. On aime l’album pour sa naissance historique plus que pour sa perfection propre.

Anecdote :
Le site officiel et la chronologie générale situent bien cet album comme celui où la saga bascule vers sa grande période grâce à l’arrivée d’Haddock.

15. Le Sceptre d’Ottokar

Sortie : 1939

L’idée : Un vol en apparence anodin mène Tintin en Syldavie, où se prépare un coup d’État fasciste.

Le bon :
C’est l’un des albums les plus politiquement tranchants d’Hergé. Sous le déguisement de la Syldavie et de la Bordurie, c’est bien la montée des fascismes européens qui se profile. Le récit est fluide, tendu, précis. Tintin y retrouve toute sa dignité de héros clair dans un monde qui s’assombrit.

Le mauvais :
L’album impressionne davantage par son intelligence et son efficacité que par son émotion. On le respecte énormément ; on l’aime parfois un peu moins passionnément que les sommets plus humains de la série.

Anecdote :
Le site officiel présente explicitement l’album comme un récit visant l’Allemagne de l’époque à travers la fiction syldave, preuve du degré de lucidité politique d’Hergé à la veille de la guerre.

14. Vol 714 pour Sydney

Sortie : 1968

L’idée : Une escale imprévue entraîne Tintin, Haddock et Tournesol dans un enlèvement aérien, puis dans un récit de manipulation, de science-fiction et d’étrangeté pure.

Le bon :
Album bizarre, donc attachant. Il a quelque chose d’hypnotique. On y retrouve l’envie de décaler Tintin, de l’emmener vers un terrain plus trouble, plus contemporain, plus paranoïaque. Le milliardaire Carreidas, le décor insulaire, le surgissement du fantastique : tout cela a une saveur singulière.

Le mauvais :
Mais justement : le livre donne aussi l’impression de déborder son propre cadre. Sa résolution laisse un goût d’échappatoire plus que d’accomplissement. On sort du volume un peu fasciné, un peu frustré, comme après un rêve qui refuse de se laisser interpréter.

13. Tintin au pays de l’or noir

Sortie : 1950

L’idée : Des sabotages pétroliers, un Moyen-Orient sous tension, de vieux ennemis, des routes brûlantes et un album qui hésite avec bonheur entre l’espionnage et la farce.

Le bon :
C’est un Tintin très agréable à relire. Il a du mouvement, de l’humour, une vraie mobilité géographique et un sens délicieux du chaos. L’album paraît parfois moins célébré que d’autres, mais il est remarquablement vivant.

Le mauvais :
Il reste toutefois un peu composite. On sent qu’il a été repris, remanié, réorienté. Cela lui donne une texture particulière, intéressante, mais pas toujours parfaitement organique.

Anecdote :
Le site officiel explique que la prépublication de cette aventure a été brutalement interrompue par la guerre le 9 mai 1940, puis reprise huit ans plus tard. Haddock, Tournesol et Moulinsart n’existaient pas encore dans la première version, ce qui a obligé Hergé à réintégrer ces éléments dans la refonte publiée en 1950, puis encore modifiée en 1971.

Mais comment Haddock est-il arrivé là ? On cherche encore !

12. L’Étoile mystérieuse

Sortie : 1942

L’idée : Une météorite menace la Terre, puis déclenche une course scientifique en mer vers une île formée par sa chute.

Le bon :
Album très fort en sensations. Hergé y marie l’aventure et l’inquiétude cosmique. Les images ont une étrangeté saisissante, presque fantastique. La rivalité scientifique donne une tension particulière au livre, très différente des complots plus habituels.

Le mauvais :
Il reste toutefois chargé d’ombres historiques et d’éléments qui le rattachent très nettement à son moment de création. Cela n’annule pas sa puissance, mais cela complique sa lecture et lui retire un peu d’universalité.

11. Le Trésor de Rackham le Rouge

Sortie : 1944

L’idée : Après avoir découvert le secret de la Licorne, Tintin, Haddock et Tournesol partent chercher le trésor du pirate Rackham le Rouge.

Le bon :
C’est peut-être l’album le plus “aventure confortable” de la série : embarquement, bateau, plongée, trésor, science appliquée, humour de groupe. Tout est là pour procurer un plaisir limpide. Il y a moins de mystère que dans le volume précédent, mais plus de chaleur.

Le mauvais :
Justement, il souffre un peu de passer après un sommet d’énigme. Il conclut très bien, mais surprend moins. On le lit avec bonheur, pas forcément avec le même frisson.

10. Les 7 Boules de cristal

Sortie : 1948

L’idée : Des savants revenus du Pérou sont frappés les uns après les autres par une malédiction mystérieuse.

Le bon :
Rarement Hergé aura été aussi fort dans l’angoisse. L’album est un chef-d’œuvre de menace rampante. Le rythme, la construction du mystère, l’usage des silences, la sensation d’un péril qui avance sans visage : tout cela est admirable. C’est du pur récit de hantise populaire.

Le mauvais :
Il souffre seulement de ne pas être une fin. C’est un album d’installation magistrale, mais dont l’accomplissement appartient au suivant. Pris seul, il reste volontairement suspendu.

9. Le Temple du Soleil

Sortie : 1949

L’idée : Tintin et Haddock traversent l’Amérique du Sud pour sauver Tournesol, prisonnier des descendants des Incas.

Le bon :
Ici, l’aventure reprend toute sa verticalité. Périple, altitude, danger, sacrifice, soleil, rituel : Hergé retrouve la grandeur romanesque de l’épreuve. L’album paye admirablement les promesses des 7 Boules de cristal.

Le mauvais :
Isolé du diptyque, il perd forcément un peu. C’est un sommet, mais un sommet en réponse. Il gagne presque tout à être relu en tandem avec le volume précédent.

8. Coke en stock

Sortie : 1958

L’idée : En aidant un émir renversé, Tintin découvre une affaire bien plus vaste, qui mène au trafic d’êtres humains.

Le bon :
Album ample, touffu, ambitieux. Il brasse politique internationale, satire du commerce, aventure maritime et critique extrêmement dure de la traite moderne. C’est un Tintin plus vaste que sa simple intrigue. Il y a là une densité morale et romanesque qui impressionne.

Le mauvais :
Sa richesse le rend aussi un peu moins immédiatement lisible que d’autres. C’est un album que l’on admire parfois davantage qu’on ne le “dévore”.

7. Objectif Lune

Sortie : 1953

L’idée : Tournesol convoque Tintin et Haddock en Syldavie pour participer au plus fou des projets : envoyer une fusée sur la Lune.

Le bon :
Voici l’un des plus beaux paris de la série : faire du préparatif une aventure en soi. L’album est technique, oui, mais jamais stérile. Il transforme la logistique, la science, l’espionnage industriel et l’attente en matière romanesque. Tournesol y prend une ampleur formidable.

Le mauvais :
Il demande au lecteur d’accepter son tempo. Ceux qui attendent de l’action immédiate peuvent le trouver trop explicatif. Mais ce serait lui reprocher ce qui fait précisément sa singularité.

Anecdote :
Le site officiel explique qu’Hergé s’est énormément documenté pour l’aventure lunaire, notamment auprès de Bernard Heuvelmans et du professeur Alexandre Ananoff. Il existait même un premier scénario, abandonné, avant que l’auteur ne trouve la bonne forme du récit.

6. On a marché sur la Lune

Sortie : 1954

L’idée : Après la préparation, le départ. Tintin et ses compagnons quittent la Terre, affrontent l’apesanteur, le sabotage, la peur et la perspective du vide.

Le bon :
Visionnaire est un mot qu’on emploie trop vite ; ici, il n’est pas usurpé. Hergé réussit à faire de la conquête spatiale une aventure presque crédible avant qu’elle n’advienne réellement. L’album a de la grandeur, du suspense, des séquences inoubliables. Il met aussi les personnages face à une autre échelle, cosmique.

Le mauvais :
On peut lui trouver une certaine froideur, un côté expérimental qui tient parfois le cœur à distance. Mais quelle maîtrise.

5. Les Bijoux de la Castafiore

Sortie : 1963

L’idée : À Moulinsart, rien ne doit arriver. Donc tout arrive : ou plutôt tout semble arriver. Le château devient scène de théâtre, de télévision, de malentendus, de rumeurs et d’erreurs.

Le bon :
Chef-d’œuvre d’intelligence. Hergé vide son Tintin de son carburant traditionnel — voyage, exotisme, poursuite, mystère monumental — pour voir ce qu’il reste. Et ce qu’il reste est immense : une mécanique de comédie, un art du contretemps, une science des personnages, une musique du gag. C’est l’album de la fausse piste, de l’infime détail, du vacarme sans événement. Un huis clos devenu sommet.

Le mauvais :
Il peut paraître mineur à ceux qui lisent Tintin pour l’élan exotique. Mais c’est justement le piège : croire qu’il s’y passe peu, alors qu’il s’y passe énormément, à un niveau plus subtil.

Anecdote :
Le site officiel place clairement l’album dans la période tardive de la série, celle où Hergé pousse de plus en plus loin les variations de ton et d’architecture. Rien que sa couverture, centrée sur la performance et la mise en scène médiatique, annonce déjà cet album presque anti-aventure.

4. Le Secret de La Licorne

Sortie : 1943

L’idée : Une maquette de navire mène à une énigme ancienne, à des parchemins dispersés et à la légende d’un trésor.

Le bon :
Probablement l’album le plus parfaitement construit de la série. Tout s’y emboîte. L’aventure, l’enquête, le passé, la généalogie symbolique d’Haddock, les révélations progressives : c’est une horlogerie. Hergé y est souverain, absolument souverain.

Le mauvais :
À ce niveau, on ne parle plus de défauts, plutôt de nuances. Il est peut-être un peu moins bouleversant que les albums les plus intimes, mais il est quasiment irréprochable.

3. Tintin au Tibet

Sortie : 1960

L’idée : Convaincu que Tchang est vivant malgré le crash de son avion, Tintin part dans l’Himalaya à sa recherche.

Le bon :
C’est le plus pur. Le plus nu. Le plus beau peut-être. Ici, pas de machination géopolitique, pas de trésor, pas de cynisme mondain : seulement la fidélité à un ami. Tintin au Tibet touche à quelque chose de presque spirituel. L’album ne raconte pas seulement une recherche ; il raconte une certitude intérieure contre le monde entier. Et il le fait avec une simplicité bouleversante.

Le mauvais :
On ne peut lui reprocher que ce qui fait sa grâce : son refus du spectaculaire classique. Ceux qui veulent une aventure “chargée” y verront moins de densité événementielle. Ceux qui aiment Tintin comme une aventure de l’âme y verront un sommet.

Anecdote :
Le site officiel le présente comme une pure histoire d’amitié, sans véritable méchant, centrée sur la recherche désespérée de Tchang. C’est une définition très juste : le livre se distingue précisément par l’effacement du conflit traditionnel au profit de la fidélité.

Une aventure marquante et profondément humaine

2. L’Affaire Tournesol

Sortie : 1956

L’idée : Tournesol est enlevé parce qu’il détient une invention capable de bouleverser l’équilibre du monde. Tintin et Haddock se lancent à sa poursuite entre espionnage, frontière et guerre froide.

Le bon :
Chef-d’œuvre total. Tendu, drôle, politique, vif, impeccable. Hergé transforme une affaire de savant kidnappé en thriller international d’une efficacité redoutable. La Bordurie y devient plus qu’un décor : un régime, une pression, un climat. Et le tandem Tintin-Haddock y atteint une forme d’évidence parfaite.

Le mauvais :
Sincèrement, très peu. On pourrait dire qu’il est moins émotionnel que Tibet, moins fondateur que Le Lotus bleu. Mais comme machine à aventure adulte, difficile de faire mieux.

1. Le Lotus bleu

Sortie : 1936

L’idée : Tintin poursuit les trafiquants d’opium jusqu’en Chine, où il découvre un pays réel, un contexte politique brûlant, et surtout la nécessité de désapprendre ses préjugés.

Le bon :
Le voilà, le grand basculement. Le moment où Tintin cesse d’être seulement un héros de feuilleton pour devenir une œuvre véritablement adulte. Hergé se documente, regarde, écoute, corrige son regard. Le monde entre dans Tintin autrement. L’album gagne en justesse, en humanité, en gravité. Et parce qu’il apprend, Tintin devient plus grand. C’est cela, le miracle du Lotus bleu : un récit d’aventure qui raconte aussi l’éducation morale de son propre héros.

Le mauvais :
Très peu de choses. On peut encore sentir, ici ou là, les traces du feuilleton et de ses emballements. Mais ce sont des détails. L’essentiel est ailleurs : dans cette métamorphose artistique et éthique.

Anecdote :
Le site officiel souligne que l’album permet à Tintin de se lier d’amitié avec Tchang, rencontre décisive qui lui fait perdre ses derniers préjugés. Une autre page récente du site insiste sur le travail avec le Chinois Zhang Chongren et sur la transformation morale que cela implique pour l’œuvre. C’est exactement pour cela que Le Lotus bleu domine ce classement : ce n’est pas seulement un grand album, c’est le moment où la série change de nature.

Les albums qui restent hors du top 5… mais tout près

Il y a dans Tintin plusieurs albums qui pourraient très légitimement remonter selon l’angle adopté. Les 7 Boules de cristal est sans doute le plus grand album d’angoisse. Objectif Lune et On a marché sur la Lune sont les plus visionnaires. Le Secret de La Licorne est peut-être le plus parfait dans sa construction. Et Les Bijoux de la Castafioreest celui qui supporte le mieux les relectures, parce qu’il cesse d’être seulement une aventure pour devenir une œuvre sur le bruit, l’erreur, le regard et la scène. Ces nuances, au fond, disent la grandeur de la série.

Bilan

Classer Tintin, c’est accepter une petite injustice permanente. On compare des albums de jeunesse, des albums de guerre, des albums de maturité, un album inachevé, des récits d’aventure pure, des thrillers politiques, des huis clos comiques et des quêtes presque spirituelles. La série n’est pas homogène, et c’est sa force.

Les moins bons albums sont souvent ceux où Hergé regarde encore le monde avec des œillères ou avec une mécanique narrative insuffisamment mûre. Les meilleurs sont ceux où il ouvre son dessin, son regard et son récit : Le Lotus bleu, L’Affaire Tournesol, Tintin au Tibet, Le Secret de La Licorne, Les Bijoux de la Castafiore. Là, Tintin cesse d’être seulement une icône patrimoniale. Il redevient une œuvre vivante.

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