Révélé avec Petiot, Peter Bruder fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs qui ont trouvé leur voie en partageant leurs créations sur les réseaux sociaux. Influencé aussi bien par le manga, le jeu vidéo que la bande dessinée franco-belge, il construit un univers mêlant humour, aventure et souvenirs d’enfance, avec l’envie constante de divertir ses lecteurs.
Vous expliquez vous être vraiment lancé dans le dessin pendant le confinement. Avec le recul, quel rôle cette période a-t-elle joué dans votre parcours créatif ?
J’ai beaucoup apprécié la période du confinement. C’était une période que j’ai aimée car, déjà, j’en avais marre de mon travail. J’étais employé dans une société de billetterie et cela ne m’épanouissait pas du tout. Je faisais ça depuis plusieurs années déjà, alors l’annonce du chômage partiel a été plus que bienvenue !
J’en ai profité pour me créer une routine et réfléchir à ce qui m’intéressait vraiment dans la vie. C’est là que le dessin est revenu. Je dessinais de temps en temps, mais pas vraiment de façon régulière avant cela. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que j’adorais ça et que je voulais en faire un métier. J’ai dessiné tous les jours et pris la décision de continuer dans cette voie.
Avant, j’avais aussi fait du théâtre et du stand-up, mais j’ai préféré m’orienter vers autre chose.
Le confinement m’a également permis de développer et de confirmer tous les thèmes que j’aime depuis l’enfance : l’humour, les jeux vidéo, la fantasy, l’adolescence, l’univers urbain et les thèmes de société actuels, en passant par le Moyen Âge. Je me suis rendu compte que si j’arrivais à gagner ma vie en parlant de tout cela, je serais sans doute le plus heureux du monde.
Le confinement a donc eu un rôle important dans mon processus créatif. Mon niveau en dessin n’était pas incroyable à l’époque (et il ne l’est toujours pas, même si c’est mieux aujourd’hui !) et il reste encore du chemin à parcourir, même si je pense avoir trouvé ma vocation.
Passer d’une pratique plus personnelle du dessin à la sortie d’une première BD représente une étape importante. Comment avez-vous vécu cette évolution ?
La création et la sortie de ma première BD, Petiot, m’ont d’abord rendu très heureux. C’est un sentiment agréable d’avoir son album entre les mains une fois terminé et de sentir que l’on a fait quelque chose de concret.

La réalisation de cette BD m’a permis d’aborder le métier d’auteur de bande dessinée de façon plus professionnelle et de me rendre compte que c’est un véritable travail, qui demande de la rigueur et du temps.
J’ai hâte d’en réaliser d’autres et d’évoluer aussi bien en dessin qu’en scénario.
Petiot possède une énergie et une identité visuelle très marquées. Comment est né cet univers ?
Petiot est né d’une envie de raconter des gags d’enfance, mais aussi de m’amuser à développer un univers fantastique un peu loufoque.
J’ai commencé par créer le personnage en m’inspirant de références que j’adore : Dragon Ball, Titeuf, Kid Paddle ou encore Hé Arnold !
Pour les histoires, je me suis inspiré de mon enfance et de certaines choses qui me sont arrivées ou que j’ai entendues, que j’ai ensuite romancées pour construire un gag à chaque page. Je me suis aussi inspiré de thèmes qui me tiennent à cœur, de blagues ou de situations qui me font rire.
J’ai adopté un style simple et minimaliste afin de l’adapter à mon niveau actuel et de ne pas partir sur des cases trop compliquées à réaliser. J’aime également les personnages au style cartoon plutôt que réaliste.
Votre style semble très spontané et vivant. Avez-vous cherché dès le départ à développer une identité graphique forte ou est-ce quelque chose qui s’est construit naturellement ?
C’est quelque chose qui s’est construit naturellement. Je ne sais pas vraiment dessiner de façon réaliste et je préfère aborder un style cartoon. Je trouve plus intéressant de modifier la réalité, puisque nous avons déjà ce côté réaliste présent chaque jour dans nos vies.
Selon moi, la bande dessinée est faite pour sortir du réel, le caricaturer et singer la vie telle que nous la percevons.
J’ai aussi très envie de refaire certaines pages, car mon niveau a évolué entre les premières et les dernières. Certaines planches ne me plaisent plus du tout aujourd’hui !
Quelles sont vos principales influences artistiques ?
J’ai grandi avec les mangas et les jeux vidéo. Cela m’a construit en tant qu’adulte et m’a énormément apporté.
Mes références principales sont Titeuf de Zep, Dragon Ball de Toriyama, Hunter x Hunter de Togashi, GTO de Fujisawa, Naruto de Kishimoto, Les Métabarons de Jodorowsky, le travail de Moebius en général, ainsi que les BD de Lewis Trondheim, notamment Ralph Azham.
J’apprécie également beaucoup l’auteur Salch, que je trouve très drôle, ainsi que les mangas Berserk et Blame!.
Je pense que tout cela m’a énormément influencé. L’enfance en général, dont je garde de très bons souvenirs, m’inspire également beaucoup. J’ai fait beaucoup de bêtises et fréquenté plusieurs écoles différentes. Les thèmes de l’amitié et de la bande de copains me parlent énormément.
Je suis aussi très marqué par les années 90-2000 et ma prochaine BD sera un hommage à cette époque.
Les jeux vidéo occupent également une place importante dans mes influences : Final Fantasy, Dark Souls, The Legend of Zelda ou encore Hollow Knight m’ont beaucoup marqué. J’aime les univers mystérieux qui ne donnent pas forcément toutes les réponses.
Certains romans m’ont aussi profondément marqué, notamment Hypérion de Dan Simmons, ainsi que les œuvres de Camus et Kafka.
Il me reste encore énormément de choses à découvrir.
Les réseaux sociaux permettent désormais à de nombreux artistes de se faire connaître rapidement. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle manière de montrer son travail ?
Je trouve que les réseaux sociaux sont très pratiques pour montrer son travail, former une communauté et faire des rencontres.
Mais il faut les utiliser intelligemment, car il est facile de sombrer dans des contenus stupides et chronophages. Le téléphone, d’une manière générale, nous prend trop de temps. J’essaie d’ailleurs de l’utiliser de moins en moins.

Le mien est constamment en mode silencieux et sans vibration. Je trouve que c’est un objet assez angoissant, même s’il peut être très pratique pour payer, utiliser le GPS ou gérer ses mails à distance.
Aujourd’hui, voyez-vous la bande dessinée comme une passion, un projet de vie ou comme un véritable métier à temps plein à construire sur la durée ?
Je vois cela comme un métier et parfois comme une passion, selon les périodes.
J’ai essayé beaucoup de choses dans ma vie et, à ce jour, c’est ce que je trouve le plus agréable pour gagner ma vie. On est maître du jeu, on n’a pas de patron, on travaille quand on veut et où on veut (en général !) et surtout, on peut développer son propre univers.
Le principal inconvénient, c’est que le dessin est une pratique très gourmande en temps et pas suffisamment rémunératrice. Il faut donc bien organiser sa vie autour de cela et essayer d’être le plus en forme possible.
Après cette première BD, avez-vous déjà d’autres projets ou univers que vous aimeriez explorer ?
Oui, je suis en train d’écrire une prochaine BD qui sera, je pense, une histoire complète se déroulant dans les années 90-2000. Ce sera une histoire d’adolescents avec une quête épique en banlieue parisienne.
Je réalise également actuellement une BD pour une entreprise de cosmétique.
J’ai aussi beaucoup d’autres envies que je développerai lorsque j’aurai davantage de temps. J’aimerais notamment écrire une histoire mettant en scène un clochard, ainsi qu’un récit racontant les aventures de jeunes voyous au Moyen Âge.

Enfin, qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent avant tout de votre travail et de votre univers ?
J’ai envie de divertir et d’amuser les lecteurs. Si cela fonctionne, c’est que j’ai bien fait mon travail.
J’aimerais que le lecteur prenne du plaisir et ne pense à rien d’autre durant sa lecture.
Je compte continuer à m’améliorer et à me perfectionner afin de réussir cela le plus souvent possible dans mes futurs projets.


