Lucky Luke — Tome 21
Daisy Town
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 1 janvier 1983
Publié en album en 1983, Daisy Town occupe une place particulière dans la série Lucky Luke. Adapté du film d’animation sorti en 1971, le récit rassemble en une seule aventure la fondation d’une ville, l’arrivée des bandits, les Dalton, les affrontements avec les peuples autochtones et la ruée vers l’or. Une sorte de condensé humoristique du western, efficace mais plus décousu qu’un album traditionnel.
Une ville construite au milieu de nulle part
Une caravane découvre une petite marguerite au cœur d’un territoire désertique et décide d’y fonder Daisy Town. La ville grandit à une vitesse impressionnante, attirant des commerçants, des familles, mais aussi tous les desperados de la région.
Lorsque Lucky Luke arrive sur place, les rues sont déjà livrées aux criminels. Après avoir rétabli l’ordre avec sa facilité habituelle, il accepte de devenir le shérif de cette ville encore fragile.
Une origine idéale pour Lucky Luke
Même s’il ne raconte pas réellement la jeunesse du héros, Daisy Town fonctionne comme une excellente introduction à son univers. Lucky Luke apparaît dans son rôle le plus emblématique : celui d’un justicier solitaire qui civilise l’Ouest avant de repartir vers de nouvelles aventures.
Le récit explique également avec beaucoup d’humour comment naissent les villes du Far West. Chaque nouvelle construction attire immédiatement le métier correspondant, du croque-mort au journaliste, tandis que la civilisation semble toujours avancer en même temps que la violence.
Les Dalton dans une forme éclatante
L’arrivée des Dalton donne à l’histoire sa partie la plus dynamique. Les quatre frères tentent de prendre le contrôle de Daisy Town, mais leurs méthodes se retournent rapidement contre eux. Joe affiche son habituelle soif de vengeance, tandis qu’Averell reste principalement préoccupé par son prochain repas.
Leur affrontement avec Lucky Luke reprend tous les éléments attendus de la série sans apporter beaucoup de nouveauté. L’efficacité comique du quatuor demeure néanmoins intacte et plusieurs séquences comptent parmi les moments les plus amusants de l’album.
Un scénario pensé comme un film
L’histoire avance par grandes séquences successives plutôt qu’autour d’une intrigue unique. La création de la ville, le mandat de Lucky Luke, l’arrivée des Dalton puis la menace d’un conflit s’enchaînent comme différents épisodes d’un même spectacle.
Cette construction donne beaucoup de rythme à l’ensemble, mais elle rend également le scénario moins fluide que les meilleurs albums écrits directement pour la bande dessinée. Certains passages semblent résumer rapidement une action pensée pour l’écran, tandis que les transitions manquent parfois de naturel.
Une représentation de l’Ouest qui a vieilli
L’album reprend les codes caricaturaux du western classique, notamment dans sa représentation des peuples autochtones. Ces personnages sont utilisés comme une menace que les Dalton peuvent manipuler et plusieurs gags reposent sur des stéréotypes aujourd’hui très datés.
Ce traitement doit être replacé dans le contexte du film de 1971, mais il demeure l’un des aspects les moins convaincants de l’histoire. La satire des colons, présentés comme opportunistes et prêts à abandonner leur ville dès qu’une nouvelle richesse apparaît, apporte heureusement un regard plus critique sur la conquête de l’Ouest.
Un graphisme fidèle à l’univers de Morris
Visuellement, Daisy Town reprend le style épuré et immédiatement lisible de Morris. Les rues de la ville, les duels et les scènes collectives utilisent des compositions simples, conçues pour rendre l’action aussi claire que possible.
L’origine cinématographique reste perceptible dans certaines attitudes et dans le découpage. Les personnages possèdent une gestuelle très animée, mais l’ensemble paraît parfois moins détaillé et moins spontané que les albums directement imaginés pour le papier.
En résumé
Daisy Town est un divertissement généreux qui réunit presque tous les ingrédients de Lucky Luke dans une seule histoire. Son rythme, les Dalton et sa vision humoristique de la naissance d’une ville en font une excellente porte d’entrée dans la série. Sa construction épisodique et certaines représentations très datées l’empêchent toutefois d’atteindre le niveau des meilleurs albums de Morris et Goscinny.
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