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Tintin et les Picaros

Couverture de Tintin et les Picaros

Les Aventures de Tintin — Tome 23

Tintin et les Picaros

Hergé

Éditeur : Casterman

Sortie originale : 1 janvier 1976

3/5

Publié en 1976, Tintin et les Picaros est la dernière aventure de Tintin entièrement achevée par Hergé. Le retour au San Theodoros offre une satire politique désabusée et quelques excellentes scènes comiques, mais le manque de rythme et la passivité inhabituelle du héros en font un album moins marquant que les grands classiques de la série.

Un prétendu complot venu de Moulinsart

Bianca Castafiore, Irma, Wagner ainsi que Dupond et Dupont sont arrêtés au San Theodoros. Le régime du général Tapioca les accuse d’avoir organisé un complot avec le capitaine Haddock, le professeur Tournesol et Tintin.

Haddock et Tournesol décident de se rendre à Tapiocapolis pour défendre leurs amis. Tintin, conscient qu’il s’agit probablement d’un piège, refuse d’abord de les accompagner avant de les rejoindre. Tous trois se retrouvent bientôt mêlés à la rivalité entre Tapioca et le général Alcazar, qui prépare une nouvelle révolution depuis la jungle.

Un Tintin plus hésitant et moins héroïque

Le changement du personnage apparaît dès les premières pages. Tintin porte désormais un jean, se déplace à moto et semble moins enthousiaste à l’idée de partir à l’aventure. Il refuse même initialement de suivre Haddock, comportement difficilement imaginable dans les premiers albums.

Cette évolution peut être comprise comme un signe de maturité ou de lassitude. Elle rend le héros plus humain, mais le prive également d’une partie de son énergie. Tintin passe une grande partie du récit à observer, attendre ou accompagner les événements plutôt qu’à les provoquer.

Une révolution réduite à un changement de décor

Hergé porte un regard particulièrement pessimiste sur la politique du San Theodoros. Alcazar ne paraît ni plus démocrate ni plus soucieux de la population que Tapioca. Tous deux cherchent avant tout à occuper le palais présidentiel et à donner leur nom à la capitale.

Les premières et dernières pages montrent que la pauvreté demeure malgré le changement de régime. Les uniformes et les portraits du dirigeant sont remplacés, mais la vie des habitants reste identique. Cette conclusion constitue l’une des idées les plus fortes et les plus amères de l’album.

Des retrouvailles parfois trop nombreuses

L’histoire rassemble de nombreux personnages connus : la Castafiore, Séraphin Lampion, Alcazar, le colonel Sponsz, Ridgewell, les Arumbayas et même Pablo. Ces retours donnent à l’album l’apparence d’un dernier rassemblement de l’univers de Tintin.

Ils encombrent cependant une intrigue déjà assez lente. Certains personnages ne jouent qu’un rôle limité, tandis que les longues séquences dans la villa puis dans la jungle retardent véritablement le début de l’action. L’album peine ainsi à retrouver le suspense de L’Affaire Tournesol ou de Tintin au Tibet.

Haddock assure l’essentiel de la comédie

Le capitaine Haddock demeure le personnage le plus vivant de l’aventure. Victime d’un traitement inventé à son insu par Tournesol, il ne supporte plus la moindre goutte d’alcool. Ses tentatives répétées pour boire deviennent l’un des principaux ressorts comiques du récit.

Ses colères face aux provocations du régime et aux maladresses de Séraphin Lampion apportent également une énergie qui manque parfois à Tintin. Tournesol, toujours imperméable aux tensions environnantes, complète efficacement ce trio comique.

Un dessin maîtrisé, mais moins spontané

Les Studios Hergé livrent des décors précis et particulièrement détaillés. Tapiocapolis, la villa surveillée et les paysages de la jungle bénéficient d’une remarquable lisibilité. Le carnaval final permet également de multiplier les couleurs, les costumes et les clins d’œil visuels.

L’ensemble paraît néanmoins plus figé que dans les grands albums de la série. Certaines attitudes manquent de naturel et le découpage privilégie de longues conversations au détriment du mouvement. La maîtrise technique reste évidente, mais la spontanéité des aventures précédentes s’est atténuée.

En résumé

Tintin et les Picaros contient une réflexion politique intelligente sur les révolutions qui remplacent un dirigeant sans améliorer la vie du peuple. Haddock, Alcazar et le carnaval offrent plusieurs moments réjouissants, mais l’intrigue progresse lentement et Tintin semble étrangement distant. Un dernier album achevé intéressant et désabusé, sans retrouver pleinement la force des meilleures aventures d’Hergé.

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