Astérix — Tome 37
Astérix et la Transitalique
Éditeur : Les Éditions Albert René
Sortie originale : 19 octobre 2017
Publié en 2017, Astérix et la Transitalique entraîne les Gaulois dans une grande course de chars à travers la péninsule italienne. Jean-Yves Ferri et Didier Conrad proposent une aventure dynamique, riche en personnages et en décors. L’album confirme les progrès de la nouvelle équipe, même si l’accumulation de concurrents et de références finit parfois par encombrer le récit.
Une course parfaitement adaptée à Astérix
L’idée d’une compétition traversant toute l’Italie fournit au scénario une structure simple et efficace. Chaque étape apporte un nouveau décor, une difficulté supplémentaire ou une rencontre avec un autre équipage.
Cette mécanique rappelle autant les grandes courses automobiles que le Tour de France. Ferri détourne les départs médiatisés, les supporters, les accidents, les tricheries et les rivalités nationales avec une belle efficacité.
L’intrigue ne réserve pas énormément de surprises, mais son rythme soutenu évite la plupart des longueurs. Contrairement au Papyrus de César, dont la deuxième partie manquait parfois d’élan, cet album conserve une énergie presque constante.
L’Italie ne se limite pas à Rome
La meilleure idée du scénario consiste à rappeler que les habitants de l’Italie antique ne sont pas tous romains. Les différents peuples rencontrés tiennent à leur identité et supportent difficilement la domination politique exercée par César.
Ferri retrouve ainsi l’un des thèmes historiques de la série : l’opposition entre une puissance centralisatrice et des peuples refusant de perdre leur autonomie. Les Gaulois découvrent qu’ils ne sont pas les seuls à résister à Rome.
Cette diversité permet également de dépasser l’image habituelle de l’Italie dans Astérix. La péninsule devient un territoire vivant, composé de langues, de cultures et de traditions régionales différentes.
Une accumulation de clichés efficace mais limitée
Chaque étape offre son lot de spécialités culinaires, d’accents et de références à l’Italie contemporaine. Les auteurs s’amusent avec la circulation, les monuments, la mode, le tourisme et la passion sportive.
Plusieurs caricatures sont réussies, notamment parce qu’elles apparaissent rapidement et ne ralentissent pas trop la course. Certaines références restent cependant très attendues et donnent parfois l’impression d’un inventaire touristique.
Les meilleurs albums de voyage utilisaient les stéréotypes pour développer une satire complète d’un pays. Ici, la vitesse du parcours empêche souvent d’approfondir les régions traversées. L’Italie est richement représentée, mais rarement observée au-delà de quelques signes immédiatement reconnaissables.
Coronavirus, adversaire très voyant
Le champion masqué Coronavirus constitue un rival efficace pour Astérix et Obélix. Son nom a évidemment acquis une résonance totalement imprévue après 2020, mais il désignait à l’origine un pilote mystérieux chargé d’assurer la victoire de Rome.
Le personnage possède une véritable présence graphique et apporte à la compétition l’adversaire principal dont elle avait besoin. Son identité réelle n’est toutefois pas très difficile à deviner, ce qui limite le suspense construit autour de son masque.
À travers lui, Ferri critique surtout les compétitions organisées pour glorifier le pouvoir. César veut une victoire romaine non pour la beauté du sport, mais pour imposer l’image d’une Italie entièrement soumise à Rome.
Trop de concurrents, pas assez de personnages
La course réunit des équipages venus de nombreuses régions du monde connu. Cette diversité permet de multiplier les jeux de mots et les incidents, tout en donnant aux planches une animation permanente.
Elle constitue aussi l’une des limites de l’album. La plupart des concurrents sont définis par une seule caractéristique et disparaissent après quelques cases. Ils fonctionnent comme des silhouettes comiques davantage que comme de véritables personnages secondaires.
L’ensemble évoque parfois une galerie de caricatures lancée à toute vitesse. La lecture reste plaisante, mais peu de nouvelles figures possèdent la personnalité nécessaire pour rejoindre durablement les meilleurs seconds rôles de la série.
Astérix et Obélix forment une véritable équipe
La compétition remet efficacement en valeur la complémentarité des deux héros. Astérix dirige l’équipage et analyse les dangers, tandis qu’Obélix fournit sa force, son enthousiasme et une grande partie de l’humour.
Leur participation à la course repose moins sur la potion magique que sur leur capacité à improviser. Cette situation évite que leur victoire éventuelle paraisse complètement acquise dès le départ.
Obélix bénéficie particulièrement du scénario. Ses réactions face aux concurrents, à la nourriture et aux différentes cultures lui offrent davantage d’espace que dans plusieurs albums précédents.
Didier Conrad gagne encore en assurance
Le dessin de Didier Conrad se montre particulièrement adapté aux scènes de course. Les chars semblent rapides, les accidents restent lisibles et les changements de décor donnent à l’album une véritable ampleur.
Les paysages, les architectures et les foules permettent également de distinguer les différentes étapes. Conrad respecte toujours le style d’Uderzo, mais son dessin paraît plus libre et plus naturel que dans Astérix chez les Pictes.
La densité de certaines planches peut fatiguer légèrement la lecture. Elle correspond néanmoins à l’ambition spectaculaire d’une aventure fondée sur le mouvement et la compétition.
En résumé
Astérix et la Transitalique confirme la progression de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. La course de chars offre un rythme soutenu, une grande variété visuelle et une satire intéressante de la compétition utilisée comme instrument politique. L’album rappelle également avec intelligence que l’Italie antique ne se réduisait pas à Rome. L’accumulation de concurrents et de clichés régionaux limite parfois la profondeur du récit, mais cette aventure dynamique compte parmi les réussites les plus solides de la reprise.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.


