Lucky Luke — Tome 23
Les Dalton courent toujours
Éditeur : Dupuis
Sortie originale : 1 janvier 1964
Publié en 1964, Les Dalton courent toujours rassemble deux récits initialement conçus pour la presse quotidienne. René Goscinny et Morris y retrouvent l’excellente dynamique des quatre frères, mais le format inhabituel produit un album moins cohérent que leurs aventures précédentes. Les gags fonctionnent, tandis que l’intrigue donne parfois l’impression de recycler une formule désormais bien connue.
Une amnistie immédiatement détournée
La première histoire débute lorsqu’un nouveau président des États-Unis proclame une amnistie générale. Les Dalton retrouvent ainsi légalement la liberté, au grand désespoir du directeur du pénitencier et de Lucky Luke.
Cette situation est particulièrement amusante parce qu’elle empêche le héros d’intervenir immédiatement. Les quatre frères n’ont encore commis aucun nouveau crime et doivent être considérés comme des citoyens ordinaires.
Goscinny détourne efficacement l’idée de réinsertion. Les Dalton ne cherchent jamais réellement à changer : ils profitent de leur libération pour préparer le cambriolage d’une banque en creusant un tunnel depuis le bâtiment voisin.
Lucky Luke toujours un coup d’avance
Lucky Luke comprend immédiatement le projet des Dalton et fait déplacer la banque avant l’arrivée de leur tunnel. À la place du coffre-fort, les quatre frères débouchent directement dans le bureau du shérif.
Le gag est très efficace, mais il montre aussi les limites du rapport de force. Lucky Luke connaît tellement bien ses adversaires qu’il peut prévoir leurs décisions avant même qu’ils ne les prennent.
Les Dalton ne représentent donc presque jamais une menace crédible. L’intérêt repose entièrement sur la manière dont leurs plans vont se retourner contre eux, et non sur la possibilité de les voir réussir.
Deux histoires réunies artificiellement
L’album rassemble Les Dalton courent toujours, récit de douze pages, et Les Dalton sur le sentier de la guerre, aventure plus longue de trente-deux pages.
Les deux parties s’enchaînent autour de la même fuite, mais leur différence de format reste perceptible. La première ressemble à une introduction très rapide, tandis que la seconde multiplie les étapes pour atteindre la longueur nécessaire.
Cette origine éditoriale donne à l’ensemble un rythme irrégulier. Certaines péripéties sont expédiées en quelques cases, alors que d’autres occupent plusieurs pages sans réellement faire progresser la poursuite.
Les Dalton restent irrésistibles
Joe et Averell dominent une nouvelle fois les échanges. Joe imagine des plans qu’il considère brillants, avant que la naïveté d’Averell ou l’intervention de Lucky Luke ne les fasse échouer.
La colère de Joe devient presque une conclusion automatique à chaque scène. Cette répétition reste drôle grâce à la précision des dialogues, même si elle commence à rendre les réactions des personnages prévisibles.
William et Jack conservent leur fonction de « chœur grec ». Ils commentent les décisions de Joe et les erreurs d’Averell, sans bénéficier d’une véritable intrigue personnelle.
Une seconde partie aux représentations datées
Dans Les Dalton sur le sentier de la guerre, les quatre frères cherchent à utiliser un conflit avec une tribu amérindienne pour échapper à Lucky Luke et à la justice.
Goscinny tente surtout de créer des malentendus et des renversements d’alliance. Les Dalton se montrent incapables de comprendre les conséquences de leurs propres manipulations et finissent naturellement par perdre le contrôle de la situation.
La représentation des peuples autochtones reste toutefois prisonnière des clichés du western de l’époque. Les personnages sont principalement définis par leur langage caricatural, leurs coutumes simplifiées et leur fonction dans la poursuite. Cette dimension a nettement moins bien vieilli que l’humour consacré aux Dalton.
Morris assure une excellente lisibilité
Le découpage devait s’adapter à une publication en bandes quotidiennes. Morris construit donc de nombreuses séquences courtes se terminant par un gag ou un petit rebondissement.
Cette contrainte renforce la lisibilité, mais produit aussi une narration très découpée. L’histoire progresse par unités successives plutôt que par grandes scènes spectaculaires.
Le dessin reste néanmoins d’une grande efficacité. Les réactions en chaîne des quatre frères, leurs alignements et leurs disputes sont mis en scène avec une précision désormais parfaitement maîtrisée.
Un album de transition
Après Sur la piste des Dalton et Les Dalton dans le blizzard, ce nouveau retour du quatuor manque d’un élément véritablement inédit. L’amnistie constitue une excellente idée, mais elle n’est développée que dans la partie la plus courte.
La seconde histoire retrouve une poursuite plus conventionnelle, avec changements de décor, alliances provisoires et nouvelle capture finale. Le plaisir demeure, mais la surprise s’atténue.
L’album ressemble ainsi davantage à un complément consacré aux Dalton qu’à une aventure essentielle de la série.
En résumé
Les Dalton courent toujours contient de très bons gags, notamment autour de l’amnistie et du tunnel creusé vers la banque. La dynamique entre Joe et Averell reste excellente et le dessin de Morris conserve toute son efficacité. Mais la réunion de deux récits de longueurs différentes fragilise l’ensemble, tandis que la seconde partie recycle plusieurs situations et repose sur des représentations aujourd’hui datées. Un album plaisant, mais mineur dans la grande période Goscinny-Morris.
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