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Kagurabachi 1

Couverture de Kagurabachi 1

Kagurabachi — Tome 1

Kagurabachi 1

Takeru Hokazono

Éditeur : Kana

Sortie originale : 14 février 2025

4/5

Après l’assassinat de son père et le vol de six sabres enchantés, Chihiro Rokuhira entreprend de retrouver les responsables du massacre. Armé d’une septième lame dont l’existence était tenue secrète, il affronte sorciers et organisations criminelles. Kagurabachi impressionne immédiatement par ses combats et son sens du cadrage, mais ce premier tome repose encore sur un héros et une intrigue assez conventionnels.

Une vengeance construite dans le sang

Chihiro devait devenir forgeron comme son père Kunishige, célèbre créateur de sabres enchantés. Leur quotidien paisible prend fin lorsqu’un groupe de sorciers assassine Kunishige et s’empare de ses créations.

Le jeune homme se lance alors dans une vengeance méthodique. Son objectif est double : éliminer les meurtriers de son père et récupérer des armes dont la puissance pourrait menacer la population.

Ce point de départ possède une efficacité immédiate, mais reste très familier. Le héros taciturne, le parent assassiné et les artefacts dispersés appartiennent aux fondations les plus classiques du manga d’action.

Une relation père-fils trop rapidement interrompue

Les premières pages présentent Kunishige comme un artisan excentrique, bienveillant et beaucoup plus bavard que son fils. Son humour apporte une légèreté bienvenue avant que le récit ne bascule dans la violence.

Cette relation donne un poids émotionnel à la quête de Chihiro. Les sabres ne sont pas de simples armes magiques : ils représentent le travail de son père et une responsabilité que le jeune homme estime avoir héritée.

Le tome consacre toutefois peu de temps à leur vie commune. La tragédie survient rapidement et repose sur une affection que le lecteur comprend davantage qu’il ne la ressent véritablement. Quelques scènes supplémentaires auraient rendu la transformation de Chihiro plus bouleversante.

Chihiro, un héros encore trop fermé

Chihiro possède une présence visuelle indéniable. Sa cicatrice, son expression constamment fermée et sa manière d’utiliser Enten construisent immédiatement une silhouette reconnaissable.

Sa froideur limite cependant son développement. Le héros agit avec détermination, protège les innocents et punit les criminels, mais laisse rarement apparaître une contradiction ou une faiblesse.

Takeru Hokazono suggère heureusement que cette attitude est une armure. Les souvenirs de son père et ses réactions face aux victimes montrent qu’il n’est pas seulement animé par la haine. Cette sensibilité devra être davantage développée pour qu’il dépasse son statut de vengeur efficace.

Des sabres enchantés prometteurs

La magie repose notamment sur des sabres auxquels les forgerons ont donné des pouvoirs particuliers. Enten permet à Chihiro de matérialiser différentes formes associées à des poissons rouges, créant un contraste original entre la délicatesse des apparitions et la violence des attaques.

Ce système évite les longues explications techniques. Les pouvoirs sont montrés en pleine action et deviennent compréhensibles grâce à leurs effets plutôt qu’à des commentaires interminables.

Le potentiel reste néanmoins largement inexploité. Les six autres lames sont encore entourées de mystère et le manga devra éviter que leur récupération ne devienne une simple succession de combats contre des propriétaires toujours plus puissants.

Un univers criminel très cinématographique

Kagurabachi mélange sorcellerie, sabres et organisations proches des yakuzas. Les affrontements se déroulent dans des rues, des voitures, des bâtiments et des repaires criminels qui donnent au récit une atmosphère de polar contemporain.

L’influence de films comme John Wick apparaît clairement dans la progression de Chihiro, capable de traverser des groupes entiers d’adversaires avec une violence rapide et maîtrisée.

Cette efficacité se fait parfois au détriment des antagonistes. Les premiers criminels sont surtout définis par leur cruauté et servent à démontrer la puissance du héros. Ils représentent une menace immédiate, mais rarement des personnages mémorables.

Une mise en scène déjà très assurée

Takeru Hokazono montre une véritable maîtrise du découpage. Les attaques surgissent au terme de silences bien placés, les changements d’échelle donnent du poids aux impacts et les grandes cases mettent efficacement en valeur les pouvoirs d’Enten.

Le dessin n’est pas toujours régulier. Certains visages paraissent sommaires et plusieurs décors manquent de détails lorsque le rythme s’accélère.

Les combats restent pourtant très lisibles. L’auteur sait exactement où diriger le regard et privilégie les images fortes plutôt que l’accumulation d’effets. Cette maîtrise visuelle constitue la qualité la plus évidente du volume.

Une popularité qui précède encore l’œuvre

Avant même sa publication française, Kagurabachi avait acquis une importante notoriété sur Internet. Cette popularité peut créer des attentes disproportionnées face à un premier tome qui remplit efficacement son rôle sans révolutionner le shōnen.

Le récit possède une identité visuelle, un système de pouvoirs prometteur et une direction claire. Il doit encore approfondir ses personnages, nuancer ses adversaires et surprendre au-delà de son point de départ.

Le phénomène paraît donc moins inexplicable qu’inachevé. Les qualités sont bien présentes, mais les prochains volumes devront démontrer que la série peut dépasser ses influences.

En résumé

Kagurabachi commence comme un manga de vengeance classique, porté par une mise en scène particulièrement efficace. Chihiro possède une silhouette forte et ses combats avec Enten produisent plusieurs images mémorables. Le héros reste encore trop fermé, la relation avec son père manque de développement et les premiers adversaires sont peu nuancés. Ce premier tome ne renouvelle pas encore le genre, mais il pose des bases solides et révèle un auteur doté d’un véritable sens de l’action.

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