Batman & Robin
Titre original : Batman & Robin
Avec : George Clooney, Arnold Schwarzenegger, Chris O’Donnell et Uma Thurman
Production / distribution : Warner Bros. et PolyGram Filmed Entertainment / Warner Bros.
Durée : 2 h 05
Adaptation : Comics
Sortie : 9 juillet 1997
Avec Batman & Robin, Joel Schumacher pousse jusqu’à l’absurde tout ce qui fragilisait déjà Batman Forever. Gotham devient un gigantesque catalogue de jouets, les personnages ne parlent plus qu’en slogans et chaque scène cherche à surpasser la précédente dans le mauvais goût. Tétons moulés sur les costumes, Bat-carte de crédit et avalanche de jeux de mots glacés : le résultat est tellement kitsch et raté qu’il a fini par devenir culte, mais certainement pas pour les raisons espérées.
Mr. Freeze veut recouvrir Gotham de glace
Le scientifique Victor Fries est victime d’un accident alors qu’il cherche un traitement pour sauver son épouse Nora, atteinte d’une maladie incurable. Désormais incapable de survivre sans être exposé à des températures extrêmement basses, il devient Mr. Freeze et vole des diamants pour alimenter son armure.
Batman et Robin tentent de l’arrêter, tandis que la botaniste Pamela Isley découvre les expériences menées par son collègue Jason Woodrue. Après avoir été exposée à différentes substances toxiques, elle renaît sous l’identité de Poison Ivy.
Accompagnée de Bane, elle rejoint Gotham et cherche à éliminer l’humanité pour permettre à la végétation de reprendre le contrôle de la planète. Elle profite également des tensions entre Batman et Robin pour tenter de briser leur alliance.
Gotham n’est plus une ville, mais un magasin de jouets
L’univers gothique imaginé par Tim Burton avait déjà été remplacé par les couleurs fluorescentes de Batman Forever. Cette fois, Joel Schumacher abandonne toute forme de retenue.
Gotham devient un assemblage de statues démesurées, de néons multicolores et de constructions impossibles. Ses habitants participent à des courses de motos suspendues au-dessus du vide et les forces de l’ordre semblent accepter que chaque intervention provoque la destruction d’un quartier entier.
Les décors ne servent jamais à créer une atmosphère. Ils sont conçus pour exposer les nouveaux véhicules, les costumes et les gadgets susceptibles de devenir des produits dérivés. La mise en scène ressemble parfois davantage à une publicité pour une gamme de jouets qu’à un véritable film.
Tout doit être montré avec insistance. La caméra s’arrête sur les ailes de la Batmobile, les accessoires des personnages et les nouvelles combinaisons portées pendant le dernier acte. L’univers de Batman disparaît derrière le besoin permanent de vendre son apparence.
George Clooney ne parvient jamais à devenir Batman
George Clooney possède naturellement le charme et l’assurance nécessaires pour incarner Bruce Wayne. Le scénario ne lui donne cependant aucune matière avec laquelle construire le personnage.
Son Bruce reste presque constamment souriant et semble étonnamment détendu face aux menaces qui s’abattent sur Gotham. La douleur, l’obsession et la solitude habituellement associées au héros sont pratiquement absentes.
Une intrigue autour de la maladie d’Alfred tente d’apporter un peu d’émotion. Bruce est confronté à la possible disparition de celui qui l’a élevé et comprend qu’il ne peut pas contrôler toutes les pertes. Mais cette idée reste isolée au milieu des plaisanteries et des séquences d’action.
Une fois le masque enfilé, George Clooney paraît encore plus absent. Son Batman ne dégage ni peur ni mystère. Il traverse les scènes comme un présentateur chargé d’enchaîner les attractions d’un spectacle dont il n’est jamais réellement le centre.
L’acteur a lui-même reconnu avec beaucoup d’autodérision l’échec du film, allant jusqu’à plaisanter sur le fait qu’il avait tué Batman. Il a depuis expliqué que cette expérience lui avait appris à ne plus accepter un projet uniquement parce qu’on lui proposait un rôle prestigieux. Vanity Fair a notamment rapporté ses commentaires très critiques sur le film et sa propre prestation.
Les tétons deviennent plus célèbres que le costume
Il est impossible d’évoquer Batman & Robin sans parler des fameux tétons moulés sur les costumes. Ils étaient déjà présents dans Batman Forever, mais Joel Schumacher leur accorde ici une importance presque cérémonielle.
La séquence d’habillage multiplie les gros plans sur les fesses, les torses et les entrejambes de Batman et Robin. La caméra détaille les costumes comme s’il s’agissait d’équipements sportifs particulièrement sophistiqués.
Le choix pourrait être défendu comme une relecture volontairement sensuelle et inspirée des statues grecques. Le véritable problème vient du décalage entre cette intention esthétique et le reste du film. Ces plans ne racontent rien sur les personnages et semblent seulement chercher à provoquer une réaction.
Les tétons sont finalement devenus le symbole du long métrage : une décision visuelle immédiatement reconnaissable, totalement inutile et exécutée avec un sérieux qui la rend encore plus ridicule.
Une Bat-carte de crédit achève toute dignité
Au cours d’une vente aux enchères organisée par Poison Ivy, Batman sort une carte de crédit portant son symbole afin de surenchérir face à Robin. Le film ajoute même qu’elle possède une validité permanente.
La scène résume parfaitement le problème général. Batman n’est plus un justicier mystérieux agissant dans l’ombre, mais une marque commerciale disposant de ses propres moyens de paiement.
Comment cette carte peut-elle exister sans révéler son identité ? Quelle banque a ouvert un compte au nom de Batman ? Qui règle les dépenses ? Le film ne cherche évidemment aucune réponse, puisqu’il souhaite uniquement placer un nouveau gag.
Cette Bat-carte est devenue l’un des éléments les plus célèbres du film. Comme les tétons, elle appartient désormais à son statut d’objet culte, mais demeure surtout le témoignage d’un scénario incapable de distinguer une plaisanterie amusante d’une idée qui détruit complètement son personnage.

Mr. Freeze enseveli sous les jeux de mots
Sur le papier, Mr. Freeze possède l’histoire la plus tragique du film. Victor Fries ne cherche pas initialement le pouvoir : il veut sauver Nora, son épouse maintenue en vie dans l’attente d’un traitement.
Cette motivation pouvait donner au récit une véritable émotion. Elle rapproche même Freeze de Batman, les deux hommes étant incapables d’accepter la perte d’une personne aimée.
Le scénario refuse pourtant d’exploiter sérieusement cette dimension. Arnold Schwarzenegger doit enchaîner les jeux de mots sur la glace, le froid, l’hiver et le gel à chacune de ses apparitions. Le personnage ne peut pratiquement pas prononcer une phrase sans transformer sa situation en plaisanterie.
L’acteur correspond parfaitement à l’ampleur physique du rôle et possède le charisme nécessaire pour incarner un adversaire imposant. Mais la mise en scène le traite comme une machine à slogans. Son drame personnel se retrouve constamment interrompu par une nouvelle formule destinée à faire rire.
La direction artistique n’arrange rien. Son armure gigantesque, ses lumières bleues et ses hommes de main jouant au hockey donnent à son repaire l’apparence d’un spectacle sur glace particulièrement coûteux.
Poison Ivy joue dans un autre numéro de cabaret
Uma Thurman semble être l’une des rares interprètes à avoir compris qu’aucune subtilité ne survivrait à la mise en scène. Elle transforme donc Poison Ivy en diva théâtrale, jouant chaque phrase comme une entrée sur scène.
Certaines de ses apparitions sont amusantes, précisément parce que l’actrice assume l’excès du projet. Sa démarche, ses regards et ses intonations correspondent à l’esthétique volontairement artificielle du film.
Mais le scénario réduit rapidement Pamela Isley à son pouvoir de séduction. Ses préoccupations écologiques deviennent le prétexte à un plan consistant à éliminer l’humanité, sans que le film s’intéresse véritablement aux raisons de sa colère.
Poison Ivy passe alors une grande partie du récit à provoquer une rivalité amoureuse entre Batman et Robin. Une adversaire capable de contrôler la végétation devient l’instrument d’une dispute adolescente entre deux héros.
Même lorsqu’une interprète semble jouer avec le kitsch du film, l’écriture ne lui offre rien d’autre qu’une succession de poses, de baisers empoisonnés et de répliques appuyées.
Bane subit la pire transformation
Le traitement de Bane constitue peut-être la plus grande trahison envers les comics. Le personnage original est un stratège particulièrement intelligent, capable de découvrir l’identité de Batman, de l’épuiser méthodiquement puis de lui briser la colonne vertébrale.
Dans Batman & Robin, Bane est réduit à une brute presque incapable de parler. Il suit Poison Ivy, transporte des objets et frappe les héros lorsqu’elle le lui ordonne.
Toute son intelligence, sa volonté et sa capacité à élaborer un plan ont disparu. Il ne reste qu’un homme gonflé artificiellement par une substance verte et utilisé comme garde du corps.
Le film ne se contente pas de simplifier le personnage pour l’intégrer à son intrigue. Il retire précisément tout ce qui faisait de Bane un adversaire différent des autres ennemis de Batman.

Batman et Robin se disputent comme des adolescents
La relation entre Bruce et Dick aurait pu constituer le centre du film. Robin cherche à sortir de l’ombre de son mentor, tandis que Batman peine à faire confiance à son partenaire et à accepter qu’il prenne des risques.
Le scénario transforme ce désaccord en succession de disputes répétitives. Dick reproche constamment à Bruce de vouloir tout contrôler, puis agit seul avant de se retrouver en difficulté.
Poison Ivy utilise son pouvoir pour amplifier leur rivalité, mais le conflit existait déjà de manière artificielle. Bruce refuse de faire confiance à Robin tout en l’emmenant combattre les criminels les plus dangereux de Gotham.
Chris O’Donnell ne dispose donc presque jamais d’une véritable évolution. Robin se montre imprudent, jaloux et facilement manipulable jusqu’au moment où le scénario décide qu’il a compris la valeur du travail en équipe.
Le film prétend raconter la naissance d’une famille, mais ses personnages ressemblent davantage à des collègues contraints de partager les mêmes véhicules.
Batgirl arrive sans véritable construction
Alicia Silverstone incarne Barbara Wilson, présentée comme la nièce d’Alfred plutôt que comme la fille du commissaire Gordon. Ce changement pourrait fonctionner s’il permettait de renforcer la relation avec le majordome.
Barbara découvre effectivement certains secrets d’Alfred, mais sa transformation en Batgirl arrive avec une facilité déconcertante. Un costume complet semble l’attendre dans la Batcave, conçu pour une héroïne dont Batman ignorait encore l’existence.
Elle rejoint immédiatement le combat final sans entraînement ni réelle préparation. Son introduction paraît moins motivée par l’histoire que par la volonté d’ajouter un personnage et une nouvelle figurine à la gamme.
Alicia Silverstone se retrouve ainsi enfermée dans un rôle presque impossible à défendre. Le scénario ne lui donne ni origine convaincante, ni progression, ni relation suffisamment développée avec Batman et Robin.
Même l’émotion autour d’Alfred devient un mécanisme scénaristique
La maladie d’Alfred représente le seul élément réellement humain du film. Michael Gough retrouve la douceur et la dignité qu’il apportait déjà au personnage dans les épisodes précédents.
Les scènes entre Alfred et Bruce laissent entrevoir un film différent, consacré à la peur de perdre un père adoptif et à la difficulté de construire une famille. Elles fonctionnent parce qu’elles ralentissent enfin le rythme et permettent aux personnages de parler sans lancer une plaisanterie.
Mais le scénario relie artificiellement sa maladie à celle de Nora Fries. Mr. Freeze possède justement le traitement nécessaire pour le sauver, ce qui permet de résoudre l’intrigue avec une facilité presque miraculeuse.
Même la possible mort d’Alfred devient donc un rouage mécanique destiné à forcer la réconciliation entre les héros et leur adversaire.
Une avalanche d’action sans le moindre poids
Courses sur des statues, fusées, véhicules transformables, bombes glacées et télescope géant : Batman & Robin ne manque jamais d’action. Pourtant, aucune séquence ne produit de véritable tension.
Les personnages semblent invulnérables et les lois physiques changent en fonction des besoins du plan. Batman et Robin surfent dans les airs, chutent de hauteurs considérables et utilisent instantanément le gadget correspondant à chaque danger.
La caméra privilégie systématiquement les poses et les gros plans sur les équipements. Les combats ne racontent rien et ne révèlent aucune personnalité. Ils servent uniquement à déplacer les héros vers le prochain décor.
La musique d’Elliot Goldenthal participe à cette agitation permanente. Elle accompagne fidèlement la démesure du film, mais ne peut donner de cohérence à un spectacle qui refuse toute pause.
Tellement raté qu’il est devenu culte
Avec le temps, Batman & Robin a trouvé un public capable de l’apprécier comme une comédie involontaire ou comme une version moderne de la série avec Adam West.
Il est difficile de ne pas rire devant certains jeux de mots de Mr. Freeze, la Bat-carte de crédit ou les costumes anatomiquement très détaillés. Le film possède une énergie et un mauvais goût tellement assumés qu’il devient presque fascinant.
Ce statut culte ne doit cependant pas être confondu avec une réhabilitation artistique. Le long métrage est amusant lorsqu’on cesse d’attendre une histoire cohérente ou une adaptation respectueuse de Batman. On le regarde pour constater jusqu’où une production aussi coûteuse a pu pousser l’absurde.
Il appartient à cette catégorie particulière de films dont les défauts sont devenus plus célèbres que les qualités. Batman & Robin divertit aujourd’hui comme monument du kitsch, et non comme aventure réussie du Chevalier noir.

Le film qui a fait couler sa propre suite
Avant la sortie, Warner Bros. envisageait déjà un cinquième épisode à nouveau réalisé par Joel Schumacher. Le projet, généralement appelé Batman Unchained ou Batman Triumphant, devait notamment introduire l’Épouvantail.
La réception critique et les résultats décevants de Batman & Robin ont mis fin à ces plans. La première saga cinématographique commencée par Tim Burton en 1989 s’est donc achevée sur ce film. Le projet de suite a été abandonné, et Batman n’est revenu au cinéma dans une aventure indépendante qu’en 2005 avec Batman Begins. Den of Geek revient sur ce cinquième film annulé, tandis que Chris O’Donnell a lui-même décrit la production comme précipitée et chaotique dans un témoignage rapporté par People.
George Clooney n’avait donc pas complètement tort lorsqu’il plaisantait sur le fait d’avoir tué Batman. Il serait néanmoins injuste de lui en attribuer seul la responsabilité. L’échec provient d’un projet entièrement construit autour des produits dérivés, d’un scénario incohérent et d’une mise en scène incapable de poser la moindre limite.
En résumé
Batman & Robin ne rate pas seulement son adaptation de Batman : il échoue dans presque tous les domaines. George Clooney ne dispose d’aucune matière pour construire Bruce Wayne, Mr. Freeze est enseveli sous les jeux de mots, Poison Ivy devient une séductrice de cabaret, Bane est privé de son intelligence et Batgirl apparaît sans véritable préparation.
Joel Schumacher transforme Gotham en catalogue de jouets fluorescent et filme les costumes avec davantage d’attention que les personnages. Les tétons moulés, les gros plans anatomiques et la Bat-carte de crédit ont logiquement fini par devenir les véritables vedettes du film.
Il reste quelques scènes touchantes avec Alfred et une démesure capable de provoquer des rires. Cela ne suffit pas à sauver un long métrage dont le principal mérite est d’avoir atteint un niveau de mauvais goût assez spectaculaire pour devenir culte.
Après lui, la suite prévue a été abandonnée et Batman a dû attendre huit ans avant de retrouver le cinéma. Rarement un film aura aussi efficacement détruit la saga qu’il devait prolonger.
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