Luuna — Tome 3
Dans les traces d’Oh-Mah-Ah
Éditeur : Soleil
Sortie originale : 27 octobre 2004
Toujours prisonnière de sa malédiction, Luuna cherche désormais une solution auprès d’Oh-Mah-Ah, une créature légendaire que peu d’humains peuvent prétendre avoir rencontrée. Ce troisième tome replace la quête de la jeune Paumanok au centre du récit, entre exploration spirituelle, poursuites mouvementées et humour volontiers débridé.
Luuna reprend enfin l’initiative
Après les événements du Crépuscule du lynx, Luuna ne se contente plus de subir la présence des deux loups qui se disputent son âme. Elle part activement à la recherche d’Oh-Mah-Ah, convaincue que cet être mystérieux pourrait l’aider à maîtriser la créature violente qui s’empare d’elle certaines nuits.
Ce changement rend l’héroïne plus déterminée. Sa quête devient personnelle, presque urgente, car chaque nouvelle transformation menace autant ceux qu’elle rencontre que sa propre identité. L’album entretient efficacement cette inquiétude : Luuna ignore encore ce qu’elle accomplit lorsqu’elle perd le contrôle, mais comprend que le temps joue contre elle.
Le récit reste néanmoins fidèle à une structure d’aventure assez classique. La recherche de la créature devient rapidement une succession de rencontres, d’obstacles et de fausses pistes. L’ensemble progresse clairement, même si certaines étapes semblent surtout destinées à retarder la confrontation attendue.
Oh-Mah-Ah, une légende volontairement insaisissable
Le principal intérêt de ce tome réside dans la figure d’Oh-Mah-Ah. Présenté comme une créature presque mythologique, il évoque autant le Sasquatch des légendes nord-américaines qu’un esprit protecteur intimement lié à la nature.
Crisse évite heureusement d’en faire un simple guérisseur chargé de résoudre la malédiction de Luuna. Oh-Mah-Ah conserve une dimension imprévisible et ambiguë. Sa rencontre oblige la jeune femme à affronter ses propres peurs plutôt qu’à recevoir une solution miraculeuse.
Cette approche permet au scénario de poursuivre son exploration de la dualité. Le loup noir ne représente pas seulement un ennemi extérieur : il incarne aussi une violence que Luuna doit apprendre à reconnaître. L’idée est intéressante, même si elle demeure encore esquissée. Le troisième tome apporte des réponses, mais conserve suffisamment de mystère pour prolonger la quête.
Une aventure plus drôle, parfois au détriment de la tension
Les Pipintus occupent une place importante dans cet épisode. Leurs disputes, leurs maladresses et leur tendance à transformer le moindre danger en numéro burlesque apportent une légèreté bienvenue. Leur présence empêche l’album de devenir trop sombre et entretient son orientation jeunesse.
Cet humour possède cependant un revers. Certaines scènes dramatiques perdent une partie de leur force parce qu’une plaisanterie survient presque immédiatement. La menace représentée par le loup noir demeure réelle, mais le lecteur ressent parfois moins fortement ses conséquences.
Le problème ne vient pas des gags eux-mêmes, souvent efficaces, mais de leur accumulation. L’album hésite ainsi entre le conte initiatique inquiétant et l’aventure comique. Cette alternance fait partie de l’identité de la série, mais elle manque encore légèrement de fluidité dans ce troisième volet.
Nicolas Keramidas fait vivre un territoire hostile
Le dessin de Nicolas Keramidas reste l’un des grands atouts de Luuna. Son trait très animé convient aussi bien aux scènes d’action qu’aux réactions exagérées des personnages comiques. Les créatures possèdent des silhouettes immédiatement reconnaissables, tandis que Luuna conserve une présence forte, même au milieu des environnements les plus chargés.
Le décor aride de cet album permet également de renouveler l’univers visuel. Les teintes chaudes, les étendues minérales et les formations rocheuses créent une atmosphère très différente des forêts des premiers épisodes. Cette palette donne au voyage une véritable sensation d’épreuve physique.
Les transformations et les affrontements profitent d’une mise en scène dynamique. Keramidas privilégie le mouvement et l’expressivité plutôt qu’un réalisme rigoureux. Cette souplesse graphique rapproche parfois la série du dessin animé, sans lui faire perdre son identité de bande dessinée d’aventure.
Les couleurs de Nob accompagnent efficacement ces variations. Les tonalités orangées dominantes renforcent la chaleur et l’hostilité du paysage, tandis que les scènes nocturnes retrouvent les contrastes inquiétants associés à la malédiction.
Une étape importante, mais pas encore décisive
Dans les traces d’Oh-Mah-Ah fait avancer l’intrigue principale plus nettement que le tome précédent. Luuna comprend mieux la nature de son combat et cesse d’attendre passivement qu’un événement extérieur décide de son destin.
Pour autant, l’album demeure une étape intermédiaire. La malédiction n’est évidemment pas résolue, et certaines révélations servent surtout à préparer les épisodes suivants. Le milieu du récit connaît également quelques ralentissements, notamment lorsque la recherche d’Oh-Mah-Ah se transforme en longue poursuite.
Le tome trouve toutefois un équilibre satisfaisant entre progression narrative, dépaysement et spectacle. Il consolide surtout Luuna comme héroïne : courageuse, vulnérable et consciente que la victoire passera probablement par l’acceptation d’une partie d’elle-même.
En résumé
Dans les traces d’Oh-Mah-Ah recentre efficacement la série sur la malédiction de Luuna. La quête de la créature légendaire offre de beaux décors, plusieurs scènes d’action réussies et une réflexion encore légère, mais prometteuse, sur la part d’ombre de l’héroïne.
L’humour très présent affaiblit parfois la tension, tandis que la narration connaît quelques longueurs. Malgré cela, le dynamisme du dessin de Nicolas Keramidas et l’évolution de Luuna font de ce troisième tome une aventure solide et visuellement généreuse.
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