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Pok-Ta-Pok

Couverture de Pok-Ta-Pok

Luuna — Tome 4

Pok-Ta-Pok

Crisse, Nicolas Keramidas et Nob

Éditeur : Soleil

Sortie originale : 25 janvier 2006

3/5

Privée de son totem blanc, Luuna demeure plus vulnérable que jamais à l’influence d’Unkui. Pour espérer échapper définitivement au loup noir, elle doit désormais traverser la mer de sable et rejoindre les shamans du Sud. Mais son voyage la conduit vers un peuple dont le destin se décide au cours d’un jeu ancestral aussi spectaculaire que dangereux : le Pok-Ta-Pok.

Luuna face aux conséquences de sa quête

Ce quatrième tome reprend directement après les événements de Dans les traces d’Oh-Mah-Ah. La disparition du loup blanc bouleverse profondément l’équilibre de Luuna. La jeune femme ne possède plus cette force protectrice capable de contenir son double maléfique et se retrouve entièrement exposée à l’emprise d’Unkui.

Cette évolution aurait pu permettre au scénario d’explorer plus profondément son deuil, sa culpabilité et sa peur de perdre définitivement le contrôle. Les premières pages empruntent bien cette direction et installent une Luuna plus fragile, mais également plus déterminée à poursuivre sa route.

Crisse choisit cependant de rapidement déplacer l’attention vers une nouvelle aventure. Pour atteindre les shamans susceptibles de la libérer, l’héroïne doit traverser un territoire inconnu et se retrouve mêlée aux coutumes d’une autre civilisation. La quête personnelle demeure présente, mais elle passe progressivement au second plan.

Le Pok-Ta-Pok, un détour spectaculaire

Le titre fait référence à un jeu de balle rituel pratiqué par plusieurs civilisations mésoaméricaines. Dans l’album, le Pok-Ta-Pok devient le cœur d’une confrontation dont l’issue dépasse largement la simple victoire sportive.

L’idée possède un véritable potentiel. En associant l’univers spirituel de Luuna à une pratique historique spectaculaire, Crisse élargit son imaginaire au-delà des seules légendes nord-amérindiennes. Les règles, les costumes et la dimension cérémonielle du jeu donnent à l’album une identité immédiatement reconnaissable.

Pourtant, cette partie occupe une place si importante qu’elle finit par détourner le récit de son enjeu principal. Le lecteur attend de voir comment Luuna affrontera la disparition du loup blanc et l’influence grandissante d’Unkui. Il assiste finalement à une longue épreuve collective dont l’issue semble parfois déconnectée de son combat intérieur.

Le Pok-Ta-Pok reste divertissant, mais donne au tome l’allure d’une parenthèse au moment où la série semblait prête à approfondir sa mythologie.

Une héroïne moins centrale qu’auparavant

Luuna conserve naturellement un rôle déterminant, mais elle ne domine plus entièrement son propre récit. Les nouveaux personnages, les adversaires et les participants au jeu rituel occupent une grande partie de l’album. Les Pipintus profitent eux aussi de plusieurs séquences comiques qui allègent fortement l’atmosphère.

Cette construction renforce l’aspect choral de l’aventure, au risque de rendre Luuna plus passive. Elle avance toujours vers son objectif, mais se retrouve entraînée dans des événements qui ne dépendent pas directement de ses décisions.

Le contraste est particulièrement visible après le troisième tome, dans lequel elle avait enfin repris l’initiative. Ici, sa progression repose davantage sur les rencontres et les obligations imposées par son voyage. La série ne perd pas son fil conducteur, mais elle le relâche suffisamment pour produire une impression de ralentissement.

Les conséquences de la mort du totem blanc auraient également mérité davantage d’espace. Cette disparition constitue un bouleversement majeur, pourtant son impact émotionnel reste relativement limité une fois l’action lancée.

Nicolas Keramidas transforme le jeu en spectacle

Si le scénario se montre moins concentré, le dessin de Nicolas Keramidas demeure particulièrement énergique. Le Pok-Ta-Pok lui offre un terrain idéal pour multiplier les mouvements, les chocs et les expressions exagérées. Les corps se tordent, les personnages bondissent et les cases semblent parfois incapables de contenir toute l’agitation du jeu.

Cette énergie rend les longues séquences sportives faciles à suivre. Malgré le nombre de participants et la rapidité des actions, la narration graphique reste lisible. Les cadrages variés évitent la monotonie et donnent au lecteur l’impression d’assister à un véritable affrontement.

Les décors prolongent également le dépaysement amorcé dans le tome précédent. Après les territoires sauvages et la mer de sable, l’architecture et les costumes évoquent désormais les civilisations précolombiennes. La série s’éloigne ainsi progressivement de son inspiration initiale pour construire un monde plus largement nourri par les cultures du continent américain.

Les couleurs chaudes accompagnent efficacement cette évolution. Les rouges, les ocres et les tonalités solaires renforcent la violence du climat comme celle de l’épreuve. Visuellement, Pok-Ta-Pok compte parmi les albums les plus animés de la première partie de la série.

Une aventure plaisante, mais un récit principal en attente

Ce quatrième tome n’est pas dépourvu de qualités. Son univers s’enrichit, son rythme reste soutenu et plusieurs scènes témoignent d’une véritable ambition visuelle. Le jeu rituel apporte aussi une originalité bienvenue par rapport aux affrontements plus traditionnels des albums précédents.

Le problème vient surtout de sa place dans la série. Après la conclusion dramatique du troisième tome, le lecteur pouvait attendre une exploration plus intime de Luuna et une accélération de sa lutte contre Unkui. Pok-Ta-Pok préfère repousser cette confrontation pour développer une aventure presque autonome.

Le résultat se lit avec plaisir, mais laisse une sensation d’inachevé. La quête avance géographiquement plus que psychologiquement. Luuna se rapproche des shamans du Sud, sans pour autant progresser réellement dans la compréhension ou la maîtrise de sa malédiction.

En résumé

Pok-Ta-Pok propose une aventure énergique et visuellement généreuse, portée par un jeu rituel spectaculaire et par le dessin toujours très expressif de Nicolas Keramidas. Le changement de civilisation renouvelle efficacement les décors et permet à l’univers de Luuna de continuer à s’étendre.

Ce quatrième tome marque toutefois un ralentissement dans la quête principale. La disparition du totem blanc et la menace d’Unkui auraient mérité une exploration plus profonde. Divertissant mais moins intense que les précédents, l’album ressemble davantage à une étape de transition qu’à un véritable tournant.

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