Happy Books — Tome 1
Happy Sex
Éditeur : Delcourt
Sortie originale : 14 octobre 2009
Couples installés, premières rencontres, fantasmes, maladresses, pannes, complexes ou habitudes qui finissent par tuer toute spontanéité : avec Happy Sex, Zep s’intéresse à la sexualité adulte en conservant ce qui fait depuis longtemps la force de son humour, l’observation des comportements humains. Loin d’un récit érotique traditionnel, l’album enchaîne les situations courtes pour montrer tout ce que le sexe peut avoir de drôle, d’embarrassant et parfois franchement ridicule. Publié en 2009, l’album était vendu sous blister et présenté comme réservé aux adultes.
Le sexe débarrassé de son glamour
Zep s’amuse surtout à confronter les fantasmes à la réalité. Dans Happy Sex, les corps ne fonctionnent pas toujours comme prévu, les partenaires ne désirent pas forcément la même chose au même moment et une situation supposée excitante peut basculer en quelques secondes dans le ridicule.
C’est précisément là que l’album trouve son meilleur ressort comique. L’auteur ne cherche pas à idéaliser la sexualité et encore moins à la rendre mystérieuse. Il préfère observer les petits arrangements, les mensonges, les complexes et les incompréhensions qui accompagnent l’intimité. Le sexe devient finalement un comportement humain comme un autre, donc une source presque inépuisable de gags.
Un humour très adulte, mais rarement gratuitement provocateur
Le dessin est explicite et certaines situations sont particulièrement crues. Pourtant, Happy Sex ne donne jamais réellement l’impression de chercher le scandale. La nudité et les pratiques sexuelles sont avant tout utilisées comme matière humoristique.
Zep se moque aussi bien des hommes que des femmes, des célibataires que des couples installés. Personne n’est véritablement épargné, mais personne n’est non plus désigné comme cible permanente. C’est cette absence de jugement qui permet à l’album de rester léger malgré un sujet qui aurait facilement pu devenir vulgaire ou répétitif.
L’humour a naturellement un peu vieilli sur certaines planches, notamment parce que notre manière de parler du sexe et des relations a évolué depuis 2009. Mais beaucoup de situations restent efficaces parce qu’elles reposent davantage sur les comportements que sur la provocation.
Du Titeuf pour les adultes ?
La comparaison est inévitable tant le dessin de Zep reste immédiatement reconnaissable. On retrouve les déformations, les expressions très appuyées et ce talent pour résumer une émotion en quelques traits. Mais le changement de public permet évidemment à l’auteur d’aller beaucoup plus loin.
Il existe pourtant une vraie continuité avec Titeuf. Dans les deux cas, Zep observe les rapports humains à travers le sexe : chez l’enfant, celui-ci représente un monde mystérieux dont on parle sans vraiment le comprendre ; dans Happy Sex, les adultes sont supposés avoir compris comment tout cela fonctionne, mais se révèlent finalement presque aussi perdus.
Cette inversion est probablement l’une des idées les plus amusantes de l’album.
Une galerie de comportements humains
Contrairement à une série traditionnelle, Happy Sex ne repose pas sur des personnages auxquels le lecteur s’attache progressivement. Zep privilégie une galerie d’hommes et de femmes servant chacun une situation particulière. Delcourt présente d’ailleurs l’album comme une observation humoristique de la diversité des comportements dans l’intimité.
Cette construction offre une grande liberté et permet de passer rapidement d’une situation à une autre. Elle entraîne néanmoins une certaine inégalité : quelques gags font immédiatement mouche tandis que d’autres reposent sur une chute beaucoup plus attendue.
Sur une soixantaine de planches, la mécanique finit donc parfois par se voir. Mais le dessin extrêmement expressif de Zep permet souvent de sauver une idée assez simple par un regard, une posture ou une expression parfaitement trouvée.
Plus observateur que provocateur
C’est finalement ce qui distingue Happy Sex de nombreuses BD humoristiques consacrées au même sujet. Derrière les corps nus et les situations explicites, Zep continue surtout son travail d’observation sociale. Le désir peut être spontané, mécanique, tendre, égoïste, maladroit ou complètement raté, parfois tout cela à quelques minutes d’intervalle.
L’album rappelle ainsi que les adultes ne deviennent pas soudainement sûrs d’eux dès qu’il est question de sexualité. Ils conservent leurs complexes, leurs peurs et leurs contradictions. Zep exagère évidemment tout cela pour provoquer le rire, mais suffisamment de vérité demeure derrière la caricature pour que certaines situations paraissent étrangement familières.
En résumé
Happy Sex est une BD beaucoup plus maligne que son concept pourrait le laisser penser. Zep utilise la sexualité comme un formidable terrain d’observation des comportements humains et montre surtout combien l’intimité peut faire disparaître toutes les certitudes et toutes les postures.
L’ensemble est forcément inégal et certaines plaisanteries ont davantage vieilli que d’autres, mais la majorité des situations fonctionne encore grâce au sens de l’observation et à l’expressivité du dessin. L’album est cru, parfois très explicite, mais rarement vulgaire gratuitement.
Une déclinaison adulte de l’humour de Zep, dans laquelle le sexe devient finalement un prétexte pour rappeler que nous sommes tous un peu ridicules lorsque nous essayons de ne pas l’être.
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