Après des mois de tensions, de polémiques et de procédures judiciaires, l’avenir du Festival de la bande dessinée d’Angoulême semble enfin se dessiner. Ce mercredi 14 octobre 2026, le tribunal judiciaire d’Angoulême a rejeté l’ensemble des demandes formulées par 9e Art+ et l’association historique du FIBD. Une décision qui ouvre définitivement la voie, sauf nouveau rebondissement judiciaire, à l’organisation d’un festival renouvelé dès janvier 2027. Mais après une crise sans précédent, Angoulême doit désormais reconquérir la confiance du monde de la bande dessinée.
C’est une décision particulièrement attendue dans le monde de la bande dessinée. Mercredi 14 octobre, le tribunal judiciaire d’Angoulême a débouté l’association historique du Festival international de la bande dessinée et son ancien prestataire, 9e Art+, dans leur procédure contre l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA) et le groupe Morgane.
Les anciens organisateurs dénonçaient notamment des faits de concurrence déloyale et de parasitisme. Ils estimaient avoir été injustement écartés au profit d’une nouvelle structure et demandaient l’annulation de l’appel à projets lancé pour organiser le festival à partir de 2027. Ils réclamaient également 300 000 euros de dommages et intérêts.
La justice n’a retenu aucun de ces arguments. Elle a notamment estimé que les conditions permettant de caractériser une concurrence déloyale ou un parasitisme n’étaient pas réunies. Le nouveau festival devant disposer de sa propre identité, le risque de confusion avec la manifestation historique a également été écarté.
Les deux plaignants ont été condamnés à verser chacun 4 000 euros à l’ADBDA et 3 000 euros au groupe Morgane au titre des frais de procédure. Pour 9e Art+, placée en liquidation judiciaire en mai dernier, ces sommes seront inscrites à son passif.

Une crise qui avait provoqué l’annulation du Festival 2026
Pour comprendre l’importance de cette décision, il faut revenir sur les événements qui ont progressivement ébranlé l’une des plus grandes manifestations consacrées à la bande dessinée.
Depuis plusieurs années, la gestion du Festival d’Angoulême faisait l’objet de critiques concernant son fonctionnement, sa transparence et la place accordée aux auteurs. La crise s’était considérablement aggravée en 2025, notamment après les révélations entourant le licenciement d’une salariée de 9e Art+ ayant porté plainte pour un viol présumé survenu pendant l’édition 2024.
Les appels au boycott s’étaient multipliés parmi les auteurs et autrices, avant de gagner une partie importante des maisons d’édition. Les partenaires publics avaient également remis en question leur soutien financier.
Face à cette contestation grandissante, l’édition 2026 avait finalement été annulée. Une situation impensable quelques années auparavant pour un rendez-vous qui constituait, depuis plus d’un demi-siècle, l’une des principales vitrines internationales du neuvième art.
En janvier 2026, le Grand Off, porté par des acteurs locaux et des professionnels de la bande dessinée, avait néanmoins permis de maintenir une présence culturelle à Angoulême. Une manière de rappeler que la ville pouvait continuer à célébrer la BD, même sans son festival officiel.
Le groupe Morgane peut désormais préparer Angoulême 2027
Avec cette décision judiciaire, l’ADBDA et le groupe Morgane disposent désormais d’un horizon beaucoup plus dégagé.
Sélectionné en avril 2026, le groupe Morgane, notamment connu pour son implication dans les Francofolies de La Rochelle et le Printemps de Bourges, doit organiser les cinq prochaines éditions du nouveau festival.
Le projet est porté par Céline Bagot, fondatrice du Pop Women Festival de Reims, et Marie Parisot, ancienne directrice marketing de Dargaud. Leur mission sera de construire une manifestation capable de retrouver une ambition internationale tout en répondant aux critiques qui ont contribué à la chute de l’ancienne organisation.
L’édition 2027 est annoncée du 27 au 31 janvier. Les premières grandes orientations du programme doivent être présentées le 3 novembre à Angoulême, avant une nouvelle conférence de presse prévue le 1er décembre à Paris.
Pour les organisateurs, le calendrier reste serré. Il faudra convaincre les éditeurs, mobiliser les auteurs, retrouver des partenaires et proposer une programmation suffisamment attractive pour ramener le public.

Une victoire judiciaire, mais pas encore une victoire pour la bande dessinée
Si cette décision représente incontestablement un succès pour l’ADBDA et Morgane, elle ne règle pas toutes les difficultés auxquelles le Festival d’Angoulême doit faire face.
Car le problème n’était pas uniquement juridique. La crise a mis en lumière des interrogations beaucoup plus profondes sur la gouvernance des grands événements culturels, la représentation des auteurs et la place accordée aux enjeux économiques.
Le nouveau festival devra donc démontrer qu’il ne s’agit pas simplement de remplacer un organisateur par un autre, mais bien de repenser le fonctionnement de la manifestation.
Quelle place sera accordée aux auteurs indépendants ? Comment les différentes formes de bande dessinée, du manga à la BD franco-belge en passant par les comics et la création alternative, seront-elles représentées ? Le festival parviendra-t-il à concilier ses ambitions commerciales avec sa vocation culturelle ?
Autant de questions auxquelles les prochains mois devront apporter des réponses concrètes.

Angoulême peut-il retrouver sa place de capitale mondiale de la BD ?
Au-delà du conflit entre les structures organisatrices, c’est surtout l’image d’Angoulême qui se trouve aujourd’hui en jeu.
Pendant des décennies, le festival a contribué à faire de cette ville un rendez-vous incontournable pour les lecteurs, les éditeurs et les créateurs du monde entier. Son annulation en 2026 a constitué un véritable choc pour le secteur, mais elle a aussi révélé une volonté de changement.
Le nouveau projet bénéficie désormais d’une occasion rare : celle de repartir sur des bases différentes, sans avoir à reproduire systématiquement les habitudes et les choix de ses prédécesseurs.
Encore faudra-t-il transformer cette opportunité en réussite.
Car si la justice vient de trancher le conflit entre les organisateurs, le véritable verdict sera celui des auteurs, des éditeurs et du public en janvier 2027.
Et cette fois, Angoulême n’aura probablement pas droit à une nouvelle erreur.


