XIII — Tome 18
La Version irlandaise – The Kelly Brian Story
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 13 novembre 2007
Avec La Version irlandaise, Jean Van Hamme propose un album particulier dans l’histoire de XIII. Alors que la série approche de sa conclusion, le scénariste choisit de revenir sur les origines de son héros, bien avant les événements du Jour du soleil noir. Accompagné cette fois par Jean Giraud au dessin, il explore la jeunesse de Jason Mac Lane, ses engagements politiques et les circonstances qui l’ont entraîné dans une existence faite de violence et de faux-semblants. Un récit qui privilégie la tragédie humaine à l’action spectaculaire.
Un retour aux origines qui change la perspective
Depuis le premier album, XIII repose sur une interrogation fondamentale : qui se cache derrière cet homme amnésique retrouvé sur une plage ? Au fil des aventures, Jean Van Hamme a multiplié les identités, les révélations et les contradictions apparentes. La Version irlandaise propose une approche différente en remontant le temps pour raconter une partie essentielle de l’histoire de Jason Mac Lane.
Le récit s’intéresse à ses racines irlandaises, à son environnement familial et aux événements qui ont progressivement façonné son caractère. Plutôt que de multiplier les rebondissements autour d’une nouvelle conspiration, le scénariste cherche à comprendre comment un jeune homme peut être entraîné dans des conflits qui le dépassent. Cette orientation apporte une dimension plus intime à la série et donne davantage de consistance à un personnage longtemps défini par son absence de souvenirs.
L’Irlande du Nord, un contexte politique déterminant
L’un des grands intérêts de l’album réside dans son ancrage historique. Jean Van Hamme replace une partie du parcours de Jason dans le contexte des tensions qui ont déchiré l’Irlande du Nord, entre nationalisme, loyalisme, violence politique et affrontements communautaires. Cette toile de fond permet d’aborder des enjeux sensiblement différents de ceux des grandes conspirations américaines développées dans les précédents tomes.
Le scénario montre comment les convictions, les appartenances et les rivalités peuvent peser sur les trajectoires individuelles. Les personnages évoluent dans un univers où les engagements politiques se mêlent aux histoires personnelles, parfois jusqu’à rendre toute réconciliation impossible. Van Hamme évite de transformer cette période en simple décor exotique : elle constitue l’un des moteurs du drame et explique plusieurs choix déterminants dans la vie du futur XIII.
Jason Mac Lane, un personnage enfin plus humain
L’amnésie a longtemps fait de XIII un héros essentiellement défini par ses capacités : excellent tireur, combattant redoutable et survivant presque impossible à éliminer. La Version irlandaise permet de découvrir un personnage plus vulnérable, confronté à des dilemmes personnels et à des événements dont il ne maîtrise pas toujours les conséquences.
Cette évolution constitue l’une des principales réussites du volume. Le lecteur ne suit plus seulement un homme cherchant à découvrir son passé, mais un individu dont les décisions ont progressivement construit une identité complexe. Les relations affectives, les fidélités et les trahisons occupent une place importante, donnant au récit une tonalité plus mélancolique que celle des albums précédents. Cette humanisation renforce rétrospectivement plusieurs aspects de la série.
Un scénario dense qui privilégie les révélations
Jean Van Hamme conserve son goût pour les intrigues élaborées, mais adapte ici son écriture à la nature particulière du récit. Les événements s’enchaînent sur une période plus étendue, permettant de comprendre les différentes étapes qui conduisent Jason vers le destin que les lecteurs lui connaissent.
Cette construction présente néanmoins quelques limites. Le scénario doit apporter de nombreuses informations tout en établissant des liens avec une mythologie devenue particulièrement complexe. Certains passages paraissent donc chargés en explications, et plusieurs événements s’enchaînent rapidement. L’album demande également une bonne connaissance des volumes précédents pour mesurer toute la portée de ses révélations. Mais cette densité reste largement compensée par l’intérêt des informations apportées sur le passé du héros.
Jean Giraud, une interprétation graphique singulière
Le changement de dessinateur constitue évidemment l’une des particularités majeures de La Version irlandaise. En remplaçant exceptionnellement William Vance, Jean Giraud apporte une sensibilité graphique différente à l’univers de XIII. Son trait, plus souple et parfois plus épuré, privilégie l’atmosphère et les expressions plutôt que le réalisme minutieux auquel la série a habitué ses lecteurs.
Cette différence peut surprendre au premier abord. Les personnages ne possèdent pas exactement les mêmes traits et certaines scènes semblent moins détaillées que dans les albums précédents. Mais Giraud apporte une véritable personnalité à ce récit tourné vers le passé. Son sens de la composition, son attention aux ambiances et sa maîtrise des mouvements donnent aux scènes dramatiques une intensité particulière. L’ensemble possède une identité visuelle qui distingue clairement cet épisode du reste de la série.
Un album indispensable, mais atypique
La Version irlandaise occupe une place singulière dans la saga. Il ne s’agit ni d’une aventure classique de XIII ni d’une simple parenthèse destinée à prolonger artificiellement la série. L’album répond à plusieurs interrogations importantes et permet de mieux comprendre les origines d’un personnage dont l’identité constitue le principal mystère depuis le début.
Son approche plus historique, son rythme parfois contemplatif et son changement de dessinateur pourront toutefois dérouter certains lecteurs. Ceux qui apprécient avant tout les poursuites, les fusillades et les grandes conspirations retrouveront moins systématiquement ces ingrédients. En revanche, les amateurs de récits construits autour des personnages et de leurs motivations découvriront un volume particulièrement intéressant, qui enrichit considérablement la lecture de l’ensemble.
En résumé
Avec La Version irlandaise, Jean Van Hamme et Jean Giraud proposent l’un des albums les plus singuliers de XIII. En explorant les origines de Jason Mac Lane dans le contexte des tensions irlandaises, le récit apporte une profondeur nouvelle au héros et éclaire plusieurs éléments essentiels de son parcours. Malgré une narration parfois dense et un style graphique qui tranche avec celui de William Vance, ce dix-huitième tome constitue une étape importante dans la résolution du grand mystère de la série. Un album ambitieux, plus humain et plus mélancolique, qui mérite pleinement sa place dans la saga.
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