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Akira 3

Couverture de Akira 3

Akira — Tome 3

Akira 3

Katsuhiro Otomo

Éditeur : Glénat Manga

Sortie originale : 28 mars 2018

5/5

Le troisième tome d’Akira transforme la recherche du mystérieux enfant en lutte ouverte pour le contrôle de Néo-Tokyo. Kaneda et Kei tentent de protéger Akira, tandis que l’armée, les révolutionnaires et les disciples de Lady Miyako veulent s’en emparer. Katsuhiro Otomo élargit considérablement son récit sans sacrifier son rythme, jusqu’à une conclusion apocalyptique d’une puissance exceptionnelle.

Akira enfin au centre de l’histoire

Longtemps réduit à un nom et à une menace abstraite, Akira devient ici une présence bien réelle. Otomo prend pourtant le contrepied de ce que le lecteur pouvait attendre : l’enfant ne paraît ni monstrueux ni particulièrement menaçant.

Son silence et son absence presque totale de réaction le rendent encore plus inquiétant. Akira ressemble à un être dont les pouvoirs ont effacé la personnalité, comme si une force gigantesque avait pris la place de l’enfant qu’il était autrefois.

Tout le monde cherche à le contrôler, mais personne ne semble réellement s’intéresser à lui. Il devient une arme, un symbole politique ou un objet de culte selon les ambitions de ceux qui l’approchent. Cette passivité apparente renforce paradoxalement sa puissance dans le récit.

Une ville paralysée par les ambitions

La recherche d’Akira révèle les fractures politiques de Néo-Tokyo. L’armée veut éviter une nouvelle catastrophe, le gouvernement refuse de reconnaître la gravité de la situation et les révolutionnaires espèrent utiliser l’enfant pour renverser le pouvoir.

Otomo ne présente pourtant aucun camp comme véritablement vertueux. Nezu dénonce la corruption des institutions tout en se montrant lui-même prêt à trahir et à sacrifier ses alliés. Les responsables politiques, quant à eux, continuent leurs querelles alors que la ville menace de disparaître.

Cette absence de figure providentielle donne au manga une vision particulièrement sombre du pouvoir. Chacun pense pouvoir maîtriser Akira, mais tous ne font qu’accélérer une catastrophe qu’ils ne comprennent pas.

Le colonel gagne en profondeur

Présenté initialement comme le représentant brutal de l’armée, le colonel devient progressivement l’un des personnages les plus raisonnables du récit. Il connaît la puissance d’Akira et comprend que les procédures habituelles ne suffiront pas à contenir le danger.

Son coup de force ne fait pas de lui un héros démocratique, mais il apparaît presque logique face à l’aveuglement du gouvernement. Otomo construit ainsi un personnage ambigu, autoritaire mais sincèrement déterminé à empêcher la destruction de Néo-Tokyo.

Cette complexité évite l’opposition trop simple entre une armée malveillante et des révolutionnaires courageux. Tous les camps possèdent leurs raisons, leurs contradictions et leur part de responsabilité.

Kaneda et Kei deviennent un véritable duo

Privé de la confrontation directe avec Tetsuo pendant une grande partie du tome, Kaneda trouve une nouvelle place auprès de Kei. Son humour et son insouciance contrastent avec la détermination de la jeune résistante.

Leur relation conserve une certaine légèreté, mais Kaneda commence enfin à dépasser son rôle de séducteur arrogant. La nécessité de protéger Akira fait apparaître son courage et sa capacité d’improvisation.

Kei demeure néanmoins le personnage le plus solide du duo. Plus lucide et plus engagée, elle empêche Kaneda de traiter la situation comme une nouvelle aventure. Chiyoko apporte également une présence physique et une efficacité remarquables, au point de voler parfois la vedette aux protagonistes.

Une action dense mais parfaitement lisible

Ce troisième tome multiplie les factions, les poursuivants et les changements de décor. La narration aurait facilement pu devenir confuse, mais Otomo conserve une maîtrise impressionnante de l’espace et du mouvement.

Les courses-poursuites utilisent toute l’architecture de Néo-Tokyo : rues, canaux, immeubles, installations militaires et résidences privées deviennent les éléments d’un immense champ de bataille. Le dessinateur permet toujours au lecteur de comprendre où se trouvent les personnages et ce qui les menace.

Cette virtuosité a cependant une contrepartie. Le rythme très soutenu laisse peu de temps pour développer les nouvelles disciples de Lady Miyako, dont certaines ressemblent davantage à des instruments du scénario qu’à des personnages complets.

Une catastrophe annoncée depuis le début

Depuis le premier tome, toute la série repose sur la peur de voir se reproduire la destruction de Tokyo. Otomo ne se contente pas d’évoquer cette menace : il construit patiemment un enchaînement de décisions politiques, de trahisons et d’erreurs qui la rend presque inévitable.

La dernière partie atteint une ampleur graphique exceptionnelle. La destruction n’est pas représentée comme un simple spectacle destiné à impressionner, mais comme l’effondrement brutal d’une ville que le manga a pris le temps de rendre crédible.

Cette conclusion clôt brillamment la première grande phase de l’histoire tout en bouleversant complètement son univers. La suite ne pourra plus revenir à la guerre de bandes et aux expériences clandestines des premiers volumes.

En résumé

Le troisième tome d’Akira élargit remarquablement l’intrigue politique tout en plaçant enfin l’enfant mystérieux au centre du récit. Le colonel gagne en complexité, Kaneda et Kei forment un duo plus convaincant et la lutte entre les différentes factions bénéficie d’une mise en scène exceptionnelle. Quelques nouveaux personnages manquent de développement, mais la montée vers la catastrophe est d’une efficacité redoutable. Un volume charnière qui fait définitivement basculer la série dans une dimension monumentale.

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