Astérix — Tome 28
Astérix chez Rahàzade
Éditeur : Les Éditions Albert René
Sortie originale : 1 octobre 1987
Publié en 1987, Astérix chez Rahàzade conduit les héros jusqu’en Inde, où le chant d’Assurancetourix pourrait provoquer la pluie et sauver une princesse menacée. Albert Uderzo propose un album visuellement dépaysant et redonne enfin un rôle majeur au barde, mais l’intrigue très linéaire et l’accumulation des clichés limitent la portée de l’aventure.
Assurancetourix enfin indispensable
La meilleure idée de l’album consiste à transformer le défaut le plus célèbre d’Assurancetourix en qualité essentielle. Sa voix, habituellement insupportable pour les habitants du village, devient ici la seule solution possible.
Ce renversement permet au barde de quitter son rôle de souffre-douleur. Il participe réellement à l’aventure et démontre même un certain courage, sans cesser d’être une source de catastrophes comiques.
Uderzo exploite cependant très longuement le même gag. L’association entre le chant et la pluie amuse immédiatement, mais finit par perdre une partie de son efficacité à force d’être répétée.
Un voyage riche mais trop rapide
Le tapis volant permet de traverser Rome, la Grèce, la Perse et plusieurs régions d’Asie avant d’atteindre l’Inde. Cette succession de paysages offre une grande diversité visuelle.
Uderzo dessine avec soin les palais, les villes orientales, les déserts et la jungle. L’album possède ainsi une ampleur géographique rarement atteinte dans la série.
Ce voyage ressemble toutefois davantage à une série d’escales qu’à une véritable découverte des territoires traversés. Les lieux apparaissent le temps d’un gag avant d’être abandonnés, ce qui donne parfois l’impression d’un itinéraire précipité.
Une Inde de conte davantage que de réalité
L’Inde représentée par Uderzo mélange références religieuses, fakirs, tapis volants, éléphants et palais inspirés des Mille et Une Nuits. L’objectif est clairement de construire un univers merveilleux plutôt qu’un portrait historique cohérent.
Cette liberté offre des décors magnifiques et une atmosphère très différente des aventures gauloises. Elle entretient cependant une confusion entre plusieurs cultures orientales réunies dans un même imaginaire exotique.
Les noms et les comportements reposent également sur des clichés très appuyés. L’ensemble demeure généralement bienveillant, mais paraît moins précis et moins subtil que les voyages écrits par Goscinny.
Rahàzade reste trop passive
Rahàzade incarne une princesse digne et courageuse face à la menace qui pèse sur elle. Elle ne se réduit pas entièrement au rôle de jeune femme apeurée attendant ses sauveurs.
Le scénario ne lui offre pourtant presque aucune possibilité d’agir sur son propre destin. Elle demeure avant tout l’enjeu de la mission menée par les personnages masculins.
Son nom donne son titre à l’album, mais elle reste moins développée que le fakir Kiçàh ou le gourou Kiwoàlàh. Une participation plus active aurait renforcé l’intérêt émotionnel de l’aventure.
Un méchant inspiré d’Iznogoud
Kiwoàlàh cherche à devenir rajah à la place du rajah Cékouhaçà, dans une référence évidente à Iznogoud, créé par René Goscinny et Jean Tabary.
L’hommage est sympathique et le personnage remplit correctement son rôle. Ses motivations sont néanmoins exposées sans ambiguïté et ne réservent aucune véritable surprise.
Comme plusieurs adversaires créés par Uderzo seul, Kiwoàlàh se montre surtout méchant parce que le scénario a besoin d’un responsable clairement identifiable. Il manque de la complexité ou du pouvoir de manipulation des meilleurs ennemis de la série.
Une aventure trop dépendante du compte à rebours
La menace d’un sacrifice instaure une limite de temps censée maintenir la tension. Le principe donne au voyage une direction claire et justifie la nécessité d’avancer rapidement.
Le déroulement reste pourtant très prévisible. Chaque obstacle retarde les héros sans remettre réellement en question l’issue de leur mission, tandis que l’arrivée au dernier moment paraît programmée dès le début.
L’action est efficace et parfaitement lisible, mais la construction manque de surprise. Uderzo privilégie le spectacle, les péripéties et les jeux de mots au détriment d’une satire plus profonde.
En résumé
Astérix chez Rahàzade offre un voyage visuellement généreux et utilise intelligemment Assurancetourix en rendant son chant indispensable. Les décors indiens, le tapis volant et les nombreuses escales permettent à Uderzo de varier les situations. L’intrigue reste cependant mécanique, Rahàzade manque d’initiative et la représentation de l’Orient accumule des clichés parfois confus. Un album plaisant et dépaysant, mais davantage porté par son dépaysement que par la finesse de son écriture.
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