Batman — One-shot
Batman: Killing Joke
Éditeur : Urban Comics
Sortie originale : 29 mars 1988
Publié en 1988, Batman: Killing Joke est devenu l’un des récits les plus célèbres consacrés au Joker. En quelques dizaines de pages, Alan Moore et Brian Bolland explorent les ressemblances entre Batman et son ennemi, tout en proposant une possible origine au criminel.
Une seule mauvaise journée
Le Joker s’échappe de l’asile d’Arkham avec l’intention de démontrer qu’une journée suffisamment traumatisante peut faire basculer n’importe quel homme dans la folie. Pour prouver sa théorie, il décide de s’attaquer au commissaire Gordon et à sa famille.
Alan Moore construit moins une aventure spectaculaire qu’un affrontement psychologique. Batman et le Joker apparaissent comme deux hommes profondément marqués par leur passé, mais ayant choisi des chemins opposés. L’un tente d’imposer un ordre au chaos, tandis que l’autre cherche à prouver que toute morale peut s’effondrer.
Le récit conserve volontairement une part de mystère autour des souvenirs du Joker. Cette origine n’est qu’une version possible de son passé, racontée par un personnage qui ne semble plus lui-même capable de distinguer la réalité de ses propres inventions.
Une noirceur qui montre aussi ses limites
Killing Joke reste particulièrement violent, moins par ce qu’il montre que par la manière dont le Joker cherche à humilier et à briser ses victimes. Cette brutalité donne encore aujourd’hui une véritable puissance à l’album.
Le traitement de Barbara Gordon constitue néanmoins sa principale faiblesse. Son agression sert surtout à faire souffrir son père et à provoquer Batman, sans que le récit s’intéresse réellement à son point de vue. Ce choix a mal vieilli et empêche l’histoire d’être aussi irréprochable que sa réputation pourrait le laisser penser.
Le dessin exceptionnel de Brian Bolland
Brian Bolland donne au Joker une présence inquiétante à travers ses expressions, ses gestes et son sourire. Son découpage joue habilement avec les transitions entre le présent et les souvenirs, renforçant l’impression d’un passé qui continue de hanter le personnage.
La précision du dessin et la mise en scène particulièrement maîtrisée contribuent largement à l’efficacité du récit. Plusieurs images de l’album sont d’ailleurs devenues indissociables de la représentation moderne du Joker.
En résumé
Court, sombre et remarquablement construit, Batman: Killing Joke demeure une confrontation psychologique majeure entre Batman et le Joker. Son influence reste considérable et le dessin de Brian Bolland conserve toute sa force.
Le traitement de Barbara Gordon constitue cependant une réserve importante. L’album reste incontournable pour comprendre l’évolution du Joker, sans être pour autant exempt de défauts.


