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Faire réfléchir sans cesser de divertir : entretien avec Nicolas Signarbieux

Interviews BD

Auteur et formateur, Nicolas Signarbieux développe avec Plastok un univers d’aventure foisonnant où humour, imaginaire et réflexion écologique cohabitent sans jamais écraser le plaisir du récit. Entre transmission, narration et création d’univers sur le long terme, il défend une bande dessinée accessible, vivante et profondément tournée vers le lecteur.

Avec Plastok, vous participez à un univers jeunesse qui mêle aventure, imaginaire et réflexion écologique. Comment construit-on un récit capable de sensibiliser sans jamais sacrifier le plaisir de lecture ?

Je crois que, quoi qu’il arrive, quel que soit notre propos, il faut d’abord penser au lecteur. On lui doit une vraie expérience de lecture, des émotions, du rythme, de la surprise, du plaisir. Dans Plastok, le propos écologique sert surtout la construction du monde et de l’univers, davantage que la trame narrative principale. Cela permet, à mon avis, de faire passer ce propos en second niveau de lecture. Et c’est selon moi de cette façon que le message passe le mieux. Mais Plastok n’est pas une revendication. Avec Maud, nous voulions raconter une aventure, pas imposer une idée. Même lorsque le livre exprime une forme d’anxiété écologique, il le fait par l’humour, l’ironie, le décalage. Et surtout, nous nous sommes fait plaisir. Nous avions envie de pirates, de samouraïs, de sorcières, d’insectes bagarreurs, de scènes d’action burlesques. Nous avions envie de rendre hommage à tous les récits d’aventure qui nous ont fait vibrer.

La bande dessinée jeunesse demande souvent un équilibre délicat entre accessibilité et profondeur. Comment avez-vous abordé cet équilibre dans votre travail sur Plastok ?

À vrai dire, nous ne nous sommes pas trop posé la question en ces termes. Et d’ailleurs, Plastok n’est pas réellement une « BD jeunesse », mais plutôt une BD grand public. Nous voulions vraiment nous adresser au plus grand nombre. Nous avons imaginé un monde original, peuplé d’insectes, ce qui n’est pas forcément évident au premier abord. Il fallait donc créer des points d’entrée simples, des archétypes de personnages lisibles, une trame d’aventure assez classique en apparence, un ton drôle et accessible. Mais tout cela nous permettait ensuite de surprendre le lecteur, de déplacer les attentes, et d’emmener l’histoire vers des choses plus étranges, plus profondes, parfois plus sombres. L’équilibre s’est sans doute trouvé là, dans ce mélange entre une porte d’entrée très simple et un univers qui se révèle peu à peu plus riche qu’il n’en a l’air.

Votre parcours relie enseignement, narration et création. En quoi votre expérience de formateur influence-t-elle votre manière de penser la structure d’un récit destiné à un jeune public ?

Mon parcours de formateur est essentiel dans ma pratique personnelle. Il m’oblige à structurer ma pensée pour pouvoir transmettre, à structurer mon processus créatif, à le remettre en question, à évoluer, et cela me fait beaucoup progresser. Quand je donne un cours, je transmets un savoir, mais j’apprends beaucoup aussi. Après, même si, dans le cadre de la sortie de Plastok, j’ai fait beaucoup d’ateliers scolaires en primaire et au collège, mon activité de formateur s’adresse surtout à des étudiants postbac en école d’art et de design, qui ne sont pas forcément un public « jeunesse ». Mais donner des cours, c’est un peu comme raconter des histoires, il faut être clair, vivant, parfois divertissant. Quand un cours est ennuyeux, je le vois très vite à la manière dont les étudiants décrochent. Ça m’apprend à essayer de garder l’attention, à ne pas perdre le fil, à rendre les choses accessibles sans les simplifier à l’excès. Et puis, très simplement, leur énergie, leurs références et leur regard sur le monde m’obligent à rester curieux. Ils m’aident à vieillir un peu moins vite.

Un style graphique qui claque !

Aujourd’hui, les enjeux environnementaux traversent de plus en plus la fiction. Selon vous, quel rôle la bande dessinée peut-elle jouer dans cette prise de conscience, notamment auprès des nouvelles générations ?

La BD, comme tous les arts, participe à faire évoluer les mentalités, à construire un narratif collectif. Chaque œuvre ajoute une petite pierre à l’édifice qu’est l’évolution des mentalités. La BD, en particulier, est un média populaire, donc un bon moyen de faire passer des messages, ou plutôt d’interroger des problématiques. Après, j’ai quand même la sensation que la prise de conscience est déjà là, surtout chez les nouvelles générations, qui ont davantage besoin qu’on leur apporte des solutions plutôt qu’on leur rabâche que tout va mal. C’est aussi pour cela que nous voulions que Plastok ne soit ni plombant ni moralisateur.

Travailler sur une série comme Plastok implique aussi une continuité d’univers sur plusieurs tomes. Comment maintient-on la progression narrative et l’évolution des personnages sur le long terme ?

Pour moi, le cœur d’un récit, c’est l’évolution, la transformation des personnages. Les péripéties et les effets scénaristiques ne sont là que pour soutenir, porter ou provoquer ces transformations. Dans le cas de Plastok, nous avons eu la chance de signer les trois tomes dès le début, avec l’assurance que l’histoire serait complète. Nous avons donc écrit ces trois tomes comme s’il s’agissait d’une seule BD, tout était, plus ou moins, prévu dès le départ.

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En tant qu’auteur publié chez Glénat, qu’avez-vous découvert sur les réalités éditoriales de la BD jeunesse actuelle, entre créativité, attentes du lectorat et positionnement en librairie ?

Plastok, ce sont mes premières vraies BD éditées, j’ai donc tout découvert sur les réalités éditoriales. Mais ce qui a été difficile pour Plastok, c’est le positionnement. Plastok est-elle une série ado-adulte ? Une série jeunesse ? En réalité, comme je le disais, c’est une série tout public. J’ai la sensation qu’une BD tout public, c’est formidable, car elle peut toucher beaucoup de monde. Et d’ailleurs, en festival, je rencontre autant des adultes et des ados que des enfants. Mais pour être bien placée en librairie, peut-être que le positionnement doit être plus tranché, plus clair. Je n’en suis pas non plus certain. En tout cas, Plastok a été, et est encore, beaucoup soutenue par les libraires, et je les remercie pour ça, car l’offre en librairie est extrêmement dense. Ce qui est drôle, c’est que certains placent Plastok en jeunesse et d’autres plutôt en BD ado-adulte.

Quel conseil donneriez-vous aujourd’hui à de jeunes auteurs souhaitant créer une bande dessinée à la fois personnelle, accessible et capable de porter un véritable propos ?

Le conseil que je donnerais, c’est d’abord de partir de soi, de parler de quelque chose de vraiment personnel. J’ai l’impression que c’est le meilleur moyen d’être étonnant et original. Mais ensuite, il faut s’assurer que cela intéressera les autres et placer le lecteur au centre du processus créatif. Une œuvre peut porter un propos fort, mais elle doit d’abord procurer des émotions.

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