Death Note — Tome 10
Death Note 10
Éditeur : Kana
Sortie originale : 6 juin 2008
Le dixième tome de Death Note recentre l’affrontement sur Light et Near, désormais lancés dans une bataille pour le contrôle de l’enquête et de l’opinion publique. Le scénario retrouve la primauté du raisonnement, mais pousse parfois sa complexité jusqu’à l’épuisement.
Near se rapproche dangereusement de Light
Near ne dispose pas de preuves suffisantes pour accuser Light, mais il comprend progressivement que le nouveau L et Kira pourraient être une seule personne. Cette intuition redonne au récit une tension intellectuelle plus proche de celle des premiers tomes.
Le problème vient de la rapidité avec laquelle Near formule certaines conclusions. Là où L avançait par expériences, provocations et observations successives, son héritier paraît parfois parvenir directement à la bonne hypothèse. Son raisonnement demeure cohérent, mais semble davantage guidé par les besoins du scénario.
Near commence néanmoins à construire sa propre identité. Son calme absolu ne traduit pas seulement un détachement émotionnel : il devient une arme lui permettant de pousser Light à la faute sans lui révéler exactement ce qu’il sait.
Light prisonnier de son double rôle
Light occupe toujours la position idéale de Kira dirigeant l’enquête contre Kira. Pourtant, cette situation devient progressivement un piège. Chaque information qu’il transmet ou retient risque désormais de confirmer les soupçons de Near.
Cette fragilité renouvelle efficacement le personnage. Light ne manque ni d’intelligence ni de ressources, mais il ne peut plus agir aussi librement qu’auparavant. Il doit conserver la confiance de l’équipe japonaise tout en protégeant Misa et en anticipant les initiatives de Near.
Le scénario multiplie cependant les monologues explicatifs. Chaque personnage analyse ce que les autres savent, ce qu’ils pensent savoir et ce qu’ils pourraient déduire. Cette précision est fascinante, mais ralentit fortement la lecture et donne parfois l’impression que l’intrigue refuse de laisser la moindre place à l’interprétation.
Une critique efficace du pouvoir médiatique
Demegawa transforme le soutien à Kira en véritable spectacle télévisé. Il exploite la peur, la colère et le désir de participer à un événement historique sans mesurer les risques encourus.
L’attaque contre le quartier général du SPK illustre parfaitement cette manipulation des foules. Les sympathisants de Kira pensent défendre une justice nouvelle, mais se comportent comme une masse facilement orientable par les images et les discours.
La réponse de Near, qui disperse de l’argent pour détourner les manifestants, est aussi cynique qu’efficace. Elle résume la vision particulièrement sombre du manga : les convictions collectives peuvent disparaître dès qu’une récompense plus immédiate se présente. La satire manque de nuance, mais conserve une véritable force.
Misa réduite au rang d’instrument
Misa demeure indispensable au fonctionnement du plan de Light, mais elle n’existe presque plus en dehors de lui. Son attachement, ses yeux de dieu de la mort et sa notoriété sont employés comme des ressources stratégiques.
Cette réduction du personnage devient particulièrement frustrante. Misa avait introduit une énergie imprévisible dans la série ; elle se contente désormais d’obéir et d’attendre les décisions de Light.
Le traitement reste cohérent avec le mépris que celui-ci lui porte, mais le scénario semble lui-même perdre tout intérêt pour son personnage. Sa présence rappelle surtout que Light considère même ses plus proches alliés comme parfaitement remplaçables.
Mikami offre une relance prometteuse
La décision de Light de confier le pouvoir de Kira à une nouvelle personne ouvre une perspective particulièrement dangereuse. Il ne cherche plus seulement un exécutant : il doit trouver quelqu’un partageant suffisamment son idéologie pour agir sans instructions permanentes.
Teru Mikami apparaît alors comme un reflet radicalisé de Light. Sa conception inflexible de la justice le rend crédible en disciple de Kira, mais également difficile à contrôler. En déléguant son pouvoir, Light protège son identité tout en créant une nouvelle source d’incertitude.
Cette arrivée constitue la meilleure promesse du volume. Elle permet enfin de sortir du duel parfois trop théorique entre Light et Near en introduisant un personnage susceptible de modifier concrètement leur équilibre.
Un dessin précis face à une intrigue très dense
Takeshi Obata parvient encore à donner du rythme à des chapitres dominés par les dialogues. Les expressions de Light révèlent discrètement sa nervosité, tandis que le visage presque immobile de Near entretient son caractère insaisissable.
La mise en scène de la foule et du siège du SPK apporte une ampleur bienvenue. Malgré cela, les nombreuses conversations téléphoniques, réunions et réflexions intérieures produisent une certaine monotonie visuelle. Même l’élégance d’Obata ne peut entièrement alléger un scénario aussi chargé.
En résumé
Le tome 10 de Death Note retrouve un affrontement intellectuel passionnant et approfondit la dimension politique de Kira. La manipulation médiatique menée par Demegawa offre une satire efficace, tandis que l’arrivée de Mikami prépare une relance très prometteuse. Le volume souffre toutefois de raisonnements excessivement expliqués, de déductions parfois trop rapides chez Near et d’une mise à l’écart regrettable de Misa. Un tome intelligent et important, mais dont la densité limite parfois le plaisir de lecture.
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