Death Note — Tome 12
Death Note 12
Éditeur : Kana
Sortie originale : 3 octobre 2008
Le dernier tome de Death Note concentre presque toute sa force dans la confrontation attendue entre Light et Near. Le piège imaginé autour du carnet se révèle extrêmement complexe, parfois même discutable dans ses détails, mais la chute de Kira offre à la série une conclusion aussi cruelle que cohérente.
Une confrontation construite sur l’attente
La rencontre dans l’entrepôt repose sur une idée très simple : Light et Near sont tous deux persuadés d’avoir anticipé le plan adverse. La tension ne vient donc pas de l’action, mais de l’attente du moment où les noms inscrits par Mikami devraient provoquer la mort des membres du SPK.
Tsugumi Ohba étire volontairement cette attente en multipliant les regards, les raisonnements et les comptes à rebours. Le procédé pourrait devenir artificiel, mais fonctionne grâce à tout ce que les volumes précédents ont préparé. Chaque seconde rapproche Light soit de son triomphe définitif, soit de sa destruction.
Le décor dépouillé renforce encore cette impression. Après les enjeux internationaux, les enlèvements et les opérations policières, la vérité se joue finalement dans un simple entrepôt, devant quelques témoins.
Le plan de Near n’est pas irréprochable
Near triomphe en comprenant que le carnet surveillé par Gevanni est un faux et qu’un autre Death Note est dissimulé dans une banque. Cette découverte dépend toutefois de l’initiative de Mikami après l’enlèvement de Takada.
La résolution repose donc moins sur la supériorité absolue de Near que sur une erreur commise par l’un des exécutants de Light. Elle dépend également du travail extrêmement rapide de Gevanni, capable de reproduire intégralement le véritable carnet avec une précision suffisante pour tromper Mikami.
Ce point constitue probablement la principale faiblesse du dénouement. Le mécanisme reste ingénieux, mais demande au lecteur d’accepter un exploit presque invraisemblable. Near reconnaît néanmoins lui-même qu’il n’aurait pas gagné sans l’intervention de Mello, ce qui évite de présenter sa victoire comme celle d’un génie infaillible.
Mello devient indispensable trop tardivement
Mello joue finalement un rôle décisif en provoquant la réaction qui permet de révéler le véritable carnet. Son action complète parfaitement la méthode de Near : l’un crée le désordre tandis que l’autre observe ses conséquences.
Cette complémentarité donne enfin tout son sens à la succession de L. Near et Mello ne pouvaient pas égaler leur prédécesseur séparément, mais leur action combinée parvient à dépasser Light.
Le scénario aurait cependant gagné à développer davantage cette relation au cours des tomes précédents. Mello disparaît presque aussitôt après avoir déclenché le retournement décisif. Son importance est intellectuellement satisfaisante, mais émotionnellement sous-exploitée.
Light perd enfin son masque
La meilleure réussite du tome reste la transformation de Light après l’échec de son plan. Le jeune homme calme, élégant et toujours maître de lui disparaît dès qu’il comprend que personne ne va mourir.
Ses justifications révèlent alors toute l’étendue de son délire. Light prétend encore avoir apporté la paix au monde, mais ne parvient plus à dissimuler son mépris, sa peur et son désir de survivre. Il n’est pas condamné parce que Near prononce un jugement moral : il se détruit lui-même en exposant publiquement ce qu’il est devenu.
Cette chute retire définitivement à Kira son apparence divine. Light termine comme un homme acculé, abandonné par ses alliés et incapable d’accepter sa défaite. Le contraste avec l’adolescent extrêmement sûr de lui du premier tome est remarquable.
Matsuda incarne la véritable réaction humaine
Matsuda a longtemps été présenté comme le membre le plus naïf de l’équipe. Sa réaction face aux aveux de Light possède donc une force particulière. Il ne raisonne ni comme Near ni comme L : il réagit à la trahison d’un homme qu’il admirait et à la mort de Soichiro.
Sa colère ramène le conflit à une dimension humaine. Derrière les carnets, les faux plans et les raisonnements complexes, Light a trompé son père et sacrifié de nombreuses personnes.
Matsuda devient ainsi l’un des personnages les plus importants du dénouement. Son geste est brutal, mais il exprime l’indignation que les analyses glaciales de Near ne pouvaient transmettre.
Ryuk referme parfaitement le récit
Ryuk avait annoncé dès le commencement qu’il inscrirait un jour le nom de Light dans son propre Death Note. Il tient simplement parole lorsque Kira n’est plus en mesure de le divertir.
Cette conclusion rappelle que Ryuk n’a jamais été l’ami de Light. Il était un observateur amusé, indifférent à sa justice comme à ses crimes. Light croyait manipuler tous ceux qui l’entouraient, mais n’a jamais possédé le moindre pouvoir sur celui qui lui avait remis le carnet.
L’épilogue montre pourtant que Kira survit comme croyance. Light disparaît, mais le besoin d’un dieu vengeur demeure. La série évite ainsi une conclusion trop rassurante : la mort de Kira ne supprime pas les frustrations qui avaient permis son ascension.
En résumé
Le tome 12 offre à Death Note une conclusion puissante et fidèle à ses thèmes. Le piège de Near repose sur quelques facilités, tandis que Mello aurait mérité un traitement plus développé. Ces réserves n’affaiblissent toutefois pas la remarquable chute de Light, enfin privé de son masque et ramené à sa condition humaine. Matsuda apporte l’émotion, Near la démonstration et Ryuk la sentence finale. Un dénouement imparfait dans sa mécanique, mais magistral dans ce qu’il révèle de Kira.
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