Absolute Wonder Woman — Tome 1
La Dernière Amazone
Éditeur : Urban Comics
Sortie originale : 30 mai 2025
Privée de Themyscira dès sa naissance, Diana est confiée à Circé et grandit dans les profondeurs de l’Enfer, loin des Amazones et de leur culture. Lorsqu’une créature gigantesque menace Gateway City, elle rejoint le monde des humains avec sa magie, son épée colossale et son inquiétant cheval ailé. Kelly Thompson et Hayden Sherman réinventent radicalement Wonder Woman sans trahir ce qui définit le personnage : sa compassion, son courage et son refus de considérer la violence comme une fatalité.
Une origine totalement bouleversée
L’univers Absolute repose sur une idée simple : retirer aux héros de DC les privilèges et les fondations qui les ont traditionnellement construits. Diana ne grandit donc pas sur Themyscira parmi les Amazones. Elle est abandonnée en Enfer, sous la responsabilité de Circé.
Cette modification aurait pu transformer Wonder Woman en guerrière sombre et cynique. Kelly Thompson prend intelligemment la direction opposée. Malgré un environnement hostile, Diana développe une profonde empathie et conserve le désir de protéger les autres.
La série démontre ainsi que l’héroïsme de Wonder Woman ne provient pas uniquement de son éducation amazone. Il appartient profondément à Diana, quelles que soient les circonstances de son enfance.
Circé devient une mère convaincante
Traditionnellement présentée comme une ennemie de Wonder Woman, Circé occupe ici la place d’une mère adoptive. D’abord réticente, elle finit par aimer l’enfant qui lui a été confiée et lui transmet ses connaissances magiques.
La relation entre les deux personnages constitue le véritable cœur émotionnel du volume. Circé reste dangereuse, fière et parfois inquiétante, mais son attachement à Diana ne paraît jamais artificiel.
Kelly Thompson évite de l’adoucir excessivement. Circé élève sa fille selon ses propres valeurs et lui offre des armes qui ne correspondent pas toujours à sa nature. Cette tension entre l’héritage de sa mère adoptive et l’identité encore inconnue de Diana promet de nourrir durablement la série.
Une Wonder Woman sombre sans devenir brutale
Cette nouvelle Diana chevauche un Pégase squelettique, pratique la sorcellerie et manie une épée capable d’atteindre des dimensions gigantesques. Son apparence semble beaucoup plus menaçante que celle de la Wonder Woman classique.
Pourtant, le personnage refuse constamment la facilité de la violence. Diana écoute, protège les civils et cherche à comprendre la créature qu’elle affronte avant de tenter de la détruire.
Ce contraste donne toute sa force à la réinvention. La noirceur appartient à son environnement, à ses armes et aux épreuves qu’elle traverse, mais pas à sa morale. Wonder Woman reste une héroïne de paix évoluant dans un monde qui semble avoir renoncé à cette possibilité.
Une menace spectaculaire mais peu caractérisée
Le Tétracide, créature gigantesque accompagnée de ses émissaires, donne immédiatement au récit une ampleur considérable. Son apparition transforme Gateway City en champ de bataille et oblige Diana à utiliser des pouvoirs de plus en plus impressionnants.
La créature fonctionne surtout comme une force catastrophique. Elle permet de révéler le courage de Diana, mais manque encore de personnalité et de motivations suffisamment développées pour devenir un antagoniste mémorable.
Cette faiblesse est compensée par les choix imposés à l’héroïne. Chaque tentative pour arrêter le monstre entraîne un sacrifice ou révèle une nouvelle facette de sa magie. L’affrontement devient ainsi plus intéressant par ce qu’il raconte de Diana que par son adversaire lui-même.
Hayden Sherman réinvente le spectaculaire
Le dessin de Hayden Sherman constitue l’un des principaux atouts de l’album. Les planches refusent régulièrement la composition traditionnelle et utilisent les formes, les couleurs et les ruptures de perspective pour traduire l’ampleur des pouvoirs.
Gateway City paraît minuscule face aux créatures qui l’envahissent. L’épée de Diana traverse les pages, tandis que les séquences infernales adoptent des décors plus organiques et oppressants.
Cette ambition visuelle peut parfois nuire à la lisibilité. Certaines scènes demandent un temps d’observation supplémentaire pour comprendre les déplacements ou l’enchaînement des actions. Cette exigence donne néanmoins à la série une identité bien plus forte qu’un découpage conventionnel.
Les couleurs de Jordie Bellaire jouent un rôle essentiel. Les rouges, les noirs et les teintes surnaturelles donnent à l’univers une atmosphère de fantasy horrifique sans effacer l’humanité des personnages.
Une transformation réussie du mythe
Le récit reprend plusieurs éléments essentiels de Wonder Woman en les modifiant profondément : le lien avec la mythologie grecque, le lasso, la relation avec Steve Trevor et le statut de dernière Amazone.
Ces transformations ne ressemblent jamais à de simples provocations. Chacune interroge ce qui peut être retiré ou modifié sans faire disparaître l’identité du personnage.
La réinvention du lasso est particulièrement intéressante. Il ne représente plus directement la vérité, mais la transformation et le sacrifice. Son utilisation souligne la différence entre les valeurs transmises par Circé et celles que Diana devra encore découvrir par elle-même.
Un premier tome presque entièrement convaincant
La Dernière Amazone réussit simultanément à introduire un nouvel univers, raconter l’enfance de Diana et proposer un affrontement spectaculaire. Le rythme reste soutenu malgré les nombreux retours dans le passé.
Le volume laisse naturellement plusieurs questions sans réponse, notamment sur les Amazones et les véritables raisons de leur disparition. Ces mystères donnent envie de poursuivre sans donner le sentiment que l’album ne serait qu’une longue introduction.
L’antagoniste principal manque de profondeur et certaines planches sont très chargées, mais ces limites restent mineures face à l’audace et à la cohérence de l’ensemble.
En résumé
Absolute Wonder Woman, tome 1 : La Dernière Amazone réussit une réinvention particulièrement ambitieuse de Diana. Son enfance auprès de Circé, son rapport à la magie et son esthétique de guerrière infernale renouvellent profondément le personnage sans sacrifier sa compassion. Kelly Thompson comprend que Wonder Woman ne se définit pas seulement par Themyscira ou ses accessoires, tandis que Hayden Sherman et Jordie Bellaire donnent à cette nouvelle mythologie une identité visuelle spectaculaire. Un excellent lancement et l’une des propositions les plus convaincantes de l’univers Absolute.
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