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La Légende de l’Ouest

Couverture de La Légende de l’Ouest

Lucky Luke — Tome 41

La Légende de l’Ouest

Patrick Nordmann, Morris et le studio Leonardo

Éditeur : Lucky Comics

Sortie originale : 24 janvier 2002

4/5

Buffalo Bill souhaite intégrer Lucky Luke à son célèbre spectacle, mais le cow-boy refuse de participer à la mise en scène de sa propre légende. L’impresario engage alors quatre acteurs pour incarner des Dalton devenus de généreux bandits au grand cœur. Furieux de découvrir cette version héroïque de leur histoire, les véritables frères s’évadent pour profiter eux-mêmes de leur nouvelle célébrité. L’album propose une satire réussie du spectacle et de la fabrication des mythes, malgré un dessin en perte de dynamisme.

Buffalo Bill réinvente l’Ouest

Le Wild West Show transforme les événements historiques en divertissement populaire. Les combats, les attaques de diligences et les célèbres hors-la-loi deviennent des attractions soigneusement répétées devant un public enthousiaste.

Buffalo Bill comprend que la vérité importe moins que la qualité du spectacle. Les Dalton réels étant peu séduisants, il les remplace par quatre beaux comédiens et leur invente une réputation de justiciers généreux.

Cette réécriture constitue la meilleure idée de l’album. La légende ne naît pas nécessairement des faits, mais de la version la plus spectaculaire et la plus facile à vendre.

Lucky Luke refuse sa propre célébrité

Buffalo Bill propose d’abord à Lucky Luke de jouer son propre rôle. Le cow-boy refuse immédiatement, fidèle à sa modestie et à son désir de poursuivre sa route sans devenir une attraction.

Cette réaction correspond parfaitement au personnage. Lucky Luke appartient déjà à la légende, mais ne cherche jamais à la contrôler ni à en tirer profit.

Son refus le place toutefois en retrait pendant une grande partie de l’aventure. Le héros observe le spectacle et poursuit les Dalton, tandis que ces derniers occupent presque entièrement le devant de la scène.

Les Dalton prisonniers de leur image

Les quatre frères découvrent avec stupéfaction qu’ils sont devenus des vedettes. Le public les admire, les journalistes les poursuivent et leurs imitateurs remportent un immense succès en déformant leurs crimes.

Joe ne supporte pas que son personnage soit présenté comme un bandit au grand cœur. Averell, au contraire, apprécie immédiatement les repas, les admiratrices et les avantages de la célébrité.

Le scénario exploite très bien leurs réactions opposées. Les Dalton veulent profiter de leur réputation tout en rétablissant leur véritable méchanceté, deux objectifs naturellement incompatibles.

Une satire du vedettariat

Lorsqu’ils lancent leur propre spectacle, les Dalton découvrent que la célébrité exige des concessions. Ils doivent sourire, répondre aux journalistes et satisfaire des admirateurs qui ne connaissent d’eux qu’une version entièrement fabriquée.

L’album se montre particulièrement juste sur la transformation des criminels en produits commerciaux. Leur apparence, leur histoire et même leur personnalité appartiennent désormais au public et aux professionnels du spectacle.

Cette satire dépasse largement le contexte du western. Elle évoque aussi les célébrités éphémères, la presse populaire et la confusion entre la personne réelle et son image médiatique.

Une histoire riche en gags

Patrick Nordmann paraît beaucoup plus à l’aise avec les Dalton que dans Le Prophète. Leurs comportements absurdes alimentent directement l’intrigue au lieu d’interrompre constamment sa progression.

La confrontation avec leurs doubles permet plusieurs jeux de miroir efficaces. Les acteurs sont plus beaux, plus courageux et plus populaires que les véritables bandits, ce qui nourrit continuellement la colère de Joe.

Quelques situations se répètent autour des admirateurs et des journalistes, mais le rythme reste soutenu. Les gags participent réellement au thème de l’album et ne ressemblent pas à de simples scènes de remplissage.

Le dernier album achevé par Morris

Le dessin de Morris conserve une grande lisibilité et la célèbre progression des silhouettes des Dalton reste parfaitement exploitée. Les spectacles de Buffalo Bill offrent également quelques scènes de foule réussies.

Les signes de fatigue graphique restent visibles. Certaines attitudes sont répétées et les personnages paraissent parfois figés, particulièrement dans les séquences très dialoguées.

L’album ne cherche pas à constituer un adieu officiel à Lucky Luke. Sa réflexion sur la légende et la transformation des personnages en icônes lui donne pourtant, involontairement, une dimension particulièrement appropriée pour conclure la période Morris.

En résumé

La Légende de l’Ouest transforme intelligemment les Dalton en vedettes d’un spectacle ayant entièrement réécrit leur histoire. La satire de la célébrité, de la presse et de la fabrication des mythes se révèle drôle et toujours pertinente. Lucky Luke reste assez effacé et le dessin montre une certaine fatigue, mais le scénario possède une cohérence et une énergie absentes de plusieurs albums précédents. Une conclusion imparfaite, mais digne et étonnamment bien choisie pour la dernière aventure achevée par Morris.

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