Spirou et Fantasio — Tome 56
La Mort de Spirou
Éditeur : Dupuis
Sortie originale : 6 août 2022
Avec un titre aussi définitif, La Mort de Spirou ne pouvait que susciter la curiosité. Ce 56e tome marque surtout l’arrivée d’une nouvelle équipe créative, qui entraîne Spirou et Fantasio dans les profondeurs marines tout en renouant avec l’histoire de la série.
Un titre provocateur, mais pas seulement
La disparition annoncée de Spirou sert évidemment d’accroche. L’album commence pourtant comme une aventure presque traditionnelle : Spirou et Fantasio profitent de quelques jours de repos lorsqu’un phénomène inquiétant attire leur attention. Leur enquête les conduit sous la mer, où ils retrouvent Korallion, la cité immergée découverte dans Spirou et les Hommes-bulles.
Le scénario ne cherche donc pas à effacer le passé. Il s’en sert pour installer une aventure capable d’être comprise par de nouveaux lecteurs tout en multipliant les références à destination des connaisseurs.
Une critique écologique bien intégrée
Derrière l’expédition sous-marine apparaît un sujet très contemporain : l’exploitation des océans. Pollution, tourisme industriel et appropriation des espaces naturels nourrissent une intrigue qui oppose la préservation d’un milieu fragile aux ambitions économiques de quelques personnages.
Le propos reste accessible et ne transforme jamais l’album en démonstration militante. L’écologie naît directement des décors et des événements. Certaines intentions manquent toutefois de subtilité, notamment lorsque les antagonistes expriment trop clairement leur avidité.
Un duo légèrement déséquilibré
Spirou conserve son courage, sa curiosité et son besoin presque instinctif d’intervenir lorsqu’un danger menace les autres. Fantasio demeure plus impulsif et comique, mais il semble parfois réduit au rôle de partenaire maladroit.
Cette différence sert le rythme et produit quelques scènes amusantes, sans retrouver complètement la complicité qui a fait la force du duo dans ses meilleures aventures. Les personnages secondaires, nombreux, occupent parfois l’espace au détriment de leur relation.
Olivier Schwartz donne une identité forte à l’album
Le dessin constitue la grande réussite de La Mort de Spirou. Olivier Schwartz reprend l’élégance de la ligne claire tout en lui apportant une énergie très personnelle. Les personnages sont expressifs, les mouvements fluides et les décors sous-marins particulièrement riches.
Korallion bénéficie d’une architecture rétrofuturiste qui correspond parfaitement à l’univers de Spirou. Les couleurs renforcent la profondeur des paysages aquatiques et rendent les scènes d’exploration aussi séduisantes que lisibles. L’héritage graphique de Franquin reste perceptible, mais Schwartz ne se contente pas de l’imiter.
Une relance prometteuse, mais incomplète
Benjamin Abitan et Sophie Guerrive installent de nombreuses idées : le retour de Korallion, la crise traversée par les éditions Dupuis, les transformations du métier de reporter et la menace pesant sur Spirou. Cette abondance donne du rythme à l’album, mais limite parfois le développement de certaines pistes.
Surtout, le récit se termine sans résoudre véritablement son principal enjeu. Ce choix renforce l’impact du titre et donne immédiatement envie de lire la suite, mais il empêche aussi l’album de fonctionner comme une aventure totalement autonome.
En résumé
La Mort de Spirou réussit l’essentiel : proposer une nouvelle direction sans renier l’histoire de la série. L’intrigue écologique reste parfois un peu appuyée et Fantasio manque encore de profondeur, mais le dessin remarquable d’Olivier Schwartz, l’univers sous-marin et l’audace du dénouement en font une relance convaincante.
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