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L’Amour, c’est pô propre…

Couverture de L’Amour, c’est pô propre…

Titeuf — Tome 2

L’Amour, c’est pô propre…

Zep

Éditeur : Glénat

Sortie originale : 25 août 1993

4/5

Publié en 1993, L’Amour, c’est pô propre… développe les interrogations de Titeuf sur les filles, les baisers et la sexualité. Zep affine la personnalité de son héros et enrichit son entourage, mais conserve un dessin encore irrégulier et un humour parfois plus provocateur que véritablement subtil.

L’amour comme une énigme incompréhensible

Titeuf ne considère pas encore l’amour comme un sentiment. Pour lui, il s’agit plutôt d’un ensemble de gestes mystérieux qu’il faudrait reproduire correctement : embrasser, « rouler une pelle » ou comprendre l’utilité d’un préservatif.

Les enfants accumulent les informations sans parvenir à les relier entre elles. Un mot entendu pendant un cours ou une conversation familiale devient rapidement la base d’une théorie absurde.

Zep trouve ici l’un des mécanismes essentiels de la série. Titeuf ne fait pas rire parce qu’il ne sait rien, mais parce qu’il tente de combler son ignorance avec une logique étonnamment inventive.

L’éducation sexuelle entre silence et confusion

Les cours consacrés au corps mettent en évidence la gêne des adultes. Ils utilisent des termes scientifiques ou des explications prudentes qui ne répondent pas toujours aux véritables questions des élèves.

Titeuf et ses copains cherchent alors leurs réponses ailleurs, avec des résultats inévitablement catastrophiques. Le téléphone rose, les préservatifs ou les photographies cachées des parents sont interprétés sans le moindre contexte.

Cet humour très direct pouvait paraître audacieux en 1993. Il conserve une certaine efficacité, même si quelques plaisanteries reposent davantage sur le vocabulaire sexuel que sur une véritable construction comique.

Un groupe de personnages qui prend forme

Manu confirme sa place de meilleur ami et de partenaire privilégié des raisonnements de Titeuf. Jean-Claude, Dumbo et plusieurs autres élèves commencent également à donner une identité collective à la cour de récréation.

Les surnoms reposent souvent sur une particularité physique ou un défaut. Cette cruauté enfantine correspond au ton de la série, mais certaines caricatures paraissent aujourd’hui moins innocentes.

Zep reste néanmoins attentif aux enfants marginalisés. Titeuf peut participer aux moqueries, puis se montrer solidaire lorsqu’il comprend que quelqu’un souffre réellement. Cette contradiction empêche le héros de devenir simplement méchant ou cynique.

Des adultes toujours observés de travers

Les parents, la maîtresse et les autres adultes apparaissent comme les représentants d’un monde rempli de règles incompréhensibles. Ils demandent aux enfants d’être honnêtes tout en leur cachant constamment certaines réalités.

Titeuf repère ces incohérences sans être capable de les analyser. Ses mauvaises interprétations révèlent parfois, involontairement, le malaise ou l’hypocrisie des grandes personnes.

L’album ne possède pas encore la dimension sociale des tomes suivants, mais quelques histoires annoncent déjà cette évolution. La famille, la religion et les difficultés du quotidien commencent à dépasser le simple cadre scolaire.

Une formule comique mieux maîtrisée

Par rapport au premier tome, les gags sont plus lisibles et les chutes mieux préparées. Zep sait davantage exploiter les dialogues, les silences et les réactions des personnages.

Certaines séquences s’étendent sur plusieurs pages, notamment autour d’un anniversaire, ce qui apporte un peu de continuité. L’auteur commence ainsi à dépasser la stricte accumulation de situations indépendantes.

La qualité reste inégale. Plusieurs planches reposent sur une idée très mince, tandis que d’autres trouvent déjà l’équilibre entre humour, observation et tendresse qui fera la réussite de la série.

Un dessin encore brut mais plein d’énergie

Le trait de Zep demeure assez nerveux et les proportions des personnages ne sont pas toujours stables. L’univers graphique est reconnaissable, mais n’a pas encore atteint sa forme définitive.

Cette maladresse relative participe aussi au charme de l’album. Les personnages semblent constamment en mouvement et les expressions exagérées renforcent l’impression d’une enfance turbulente.

La mise en page reste simple, mais l’auteur progresse nettement dans la manière d’organiser le regard et de faire tomber ses chutes au bon moment.

En résumé

L’Amour, c’est pô propre… consolide les fondations de Titeuf. Les interrogations sur les sentiments et la sexualité donnent naissance à plusieurs excellents malentendus, tandis que la cour de récréation commence à devenir un véritable univers collectif. Le dessin reste irrégulier et certains gags ont vieilli, notamment dans leur manière de caricaturer les autres enfants. Un deuxième tome encore imparfait, mais plus maîtrisé et déjà très proche de l’identité classique de la série.

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