Captain Biceps — Tome 8
L’Atomiseur
Éditeur : Glénat
Sortie originale : 1 avril 2026
Sept ans après L’Increvable, Captain Biceps ressort enfin les muscles. Et plutôt que de chercher à moderniser sagement leur héros, Zep et Tébo choisissent exactement l’inverse : pousser encore plus loin sa bêtise et l’envoyer se battre contre tout ce que la culture populaire compte de héros reconnaissables. Super-héros américains, mangas, jeux vidéo et multivers passent ainsi à la moulinette dans L’Atomiseur, huitième album d’une série qui assume plus que jamais son humour régressif. Glénat confirme d’ailleurs que ce retour intervient après une longue absence et fait voyager Biceps à travers différents univers.
Captain Biceps n’a absolument pas grandi
Il aurait été assez facile de profiter de ces sept années d’absence pour faire évoluer le personnage. Heureusement, Zep et Tébo n’en font rien. Captain Biceps reste ce colosse persuadé de représenter la justice alors que sa principale méthode de résolution des problèmes consiste toujours à taper dessus suffisamment fort.
Toute l’efficacité de la série vient de ce décalage. Biceps possède théoriquement les caractéristiques du super-héros parfait : une force phénoménale, un costume immédiatement reconnaissable et une confiance absolue en ses capacités. Il lui manque simplement l’intelligence, le discernement et parfois même une compréhension élémentaire de ce qui se passe autour de lui.
Le gag est évidemment répétitif, mais c’est précisément le principe. Comme dans les précédents albums, Zep et Tébo trouvent constamment de nouvelles manières de conduire leur héros vers une victoire aussi brutale que ridicule.
Le multivers devient un immense terrain de jeu
La meilleure idée de L’Atomiseur consiste à utiliser le multivers pour élargir les possibilités parodiques. L’éditeur annonce clairement la couleur : Captain Biceps traverse cette fois différents univers, avec des références allant de Marvel au manga en passant par Minecraft.
Zep et Tébo ne cherchent évidemment pas à construire une réflexion sophistiquée sur la saturation actuelle des univers de super-héros. Ils utilisent surtout cette mode comme prétexte pour envoyer Biceps affronter des personnages que le lecteur peut reconnaître en quelques secondes.
Et cela suffit. Le plaisir vient autant de la référence que de la manière dont elle est détournée. Captain Biceps n’a aucun respect pour les codes des univers qu’il traverse : tout finit ramené à sa logique primaire. Le procédé permet aussi à la série de retrouver une certaine fraîcheur après huit albums sans modifier sa formule.
Un humour parfaitement idiot — et parfaitement assumé
Il faut savoir dans quoi on met les pieds. Captain Biceps ne recherche ni la finesse ni le second degré particulièrement discret. L’humour est physique, absurde, potache et parfois volontairement crétin. Les personnages se font écraser, démonter ou expédier dans le décor avec une violence tellement exagérée qu’elle devient immédiatement cartoon.
Mais derrière cette apparente facilité, Zep maîtrise parfaitement le rythme du gag. Une situation est installée très rapidement, le lecteur comprend généralement où elle pourrait aller, puis la chute vient détourner cette attente ou simplement pousser l’absurdité beaucoup plus loin.
Tous les gags ne fonctionnent évidemment pas avec la même efficacité. Certains reposent surtout sur la référence et d’autres sont prévisibles. Mais l’album se lit avec une énergie constante et ne cherche jamais à devenir autre chose que ce qu’il est.
Tébo peut absolument tout se permettre
Le dessin constitue une grande partie de l’efficacité comique. Tébo possède un style particulièrement adapté à cette violence burlesque : corps élastiques, expressions grotesques, explosions, impacts démesurés et anatomies joyeusement maltraitées.
Captain Biceps lui-même est un gag graphique permanent. Son corps gigantesque surmonté d’une tête minuscule résume immédiatement le personnage : tout est dans les muscles, presque rien dans le cerveau.
Tébo maîtrise surtout admirablement le mouvement. Même lorsqu’une planche se transforme en chaos total, l’action reste parfaitement compréhensible. Les coups semblent traverser la page et les personnages peuvent littéralement se désintégrer pour les besoins d’une chute avant que tout recommence au gag suivant.
Une parodie qui a grandi avec son époque
Lorsque Captain Biceps débute en album en 2004, les super-héros n’occupent pas encore la place gigantesque qu’ils ont acquise depuis dans la culture populaire. La série revient donc en 2026 dans un environnement très différent. Glénat répertorie bien sept albums entre 2004 et 2019 avant ce huitième tome paru en 2026.
Marvel, les mangas, les jeux vidéo et les concepts de multivers font désormais partie d’une culture populaire largement partagée par le jeune public. Zep et Tébo peuvent donc multiplier les détournements sans avoir besoin de longues explications.
Cela donne paradoxalement une nouvelle pertinence à une série qui n’a presque pas changé. Captain Biceps appartient à une autre époque de la BD jeunesse, mais le monde autour de lui lui fournit aujourd’hui encore davantage de cibles.
Un retour sans révolution, mais avec beaucoup de plaisir
L’Atomiseur ne réinvente absolument pas Captain Biceps. Ceux qui trouvaient déjà la série trop bête, trop répétitive ou trop potache ne changeront probablement pas d’avis avec ce huitième album. La mécanique reste fondamentalement la même.
Mais vouloir transformer la série aurait sans doute été une erreur. Après sept années d’absence, Zep et Tébo retrouvent leur personnage avec une énergie étonnamment intacte. Le multivers renouvelle suffisamment les situations tandis que Tébo semble toujours prendre un plaisir immense à détruire graphiquement tout ce que Zep place devant son héros.
Il y a même quelque chose d’assez réjouissant à retrouver une BD jeunesse qui ne cherche pas à rendre son personnage plus profond qu’il ne l’est. Captain Biceps est idiot, violent, prétentieux et increvable. C’est exactement pour cela qu’il fonctionne.
En résumé
Avec L’Atomiseur, Zep et Tébo signent un retour qui ne cherche surtout pas à devenir raisonnable. Le multivers leur permet de multiplier les parodies de super-héros, mangas et jeux vidéo tout en conservant la mécanique historique de la série : quelques pages, une situation absurde, énormément de muscles et une chute généralement douloureuse.
La formule peut être répétitive et tous les gags ne frappent pas avec la même force, mais l’énergie du dessin de Tébo et l’efficacité de l’humour de Zep compensent largement ces limites. Vingt-deux ans après son premier album, Captain Biceps n’a donc toujours rien appris. Et c’est probablement la meilleure nouvelle possible.
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