MiklMayer.fr

Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

Affiche de Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

Réalisation : Amandine Fredon, Benjamin Massoubre

Voix VF : Alain Chabat, Laurent Lafitte, Simon Faliu

Production / distribution : On Classics (Mediawan), Bidibul Productions / BAC Films

Durée : 1 h 22

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 12 octobre 2022

5/5

Après plusieurs adaptations en prises de vues réelles, Le Petit Nicolas revient au cinéma en 2022 sous une forme beaucoup plus inattendue. Amandine Fredon et Benjamin Massoubre choisissent l’animation, mais surtout de raconter simultanément les aventures de Nicolas et l’histoire de ses deux créateurs, René Goscinny et Jean-Jacques Sempé. Une idée qui permet au film de retrouver la simplicité de l’œuvre originale tout en lui donnant une profondeur nouvelle.

Le Petit Nicolas rencontre ses créateurs

Le film ne cherche pas à construire une grande aventure artificielle autour de Nicolas. Il retrouve au contraire la structure fragmentée de l’œuvre : les copains, l’école, les disputes, les bêtises, les parents et toutes ces petites catastrophes qui paraissent immenses lorsqu’on les regarde avec les yeux d’un enfant.

Mais ces histoires sont intégrées à un second récit. Nicolas sort symboliquement de ses dessins pour rencontrer Goscinny et Sempé, les interroger sur sa naissance et découvrir progressivement leurs propres histoires. Le personnage dialogue ainsi avec ceux qui l’ont imaginé, créant un pont particulièrement élégant entre fiction et réalité.

C’est une excellente idée parce qu’elle évite de transformer une nouvelle fois Le Petit Nicolas en comédie familiale traditionnelle. Le film parle autant de Nicolas que de la manière dont une œuvre naît, grandit et finit parfois par survivre à ceux qui l’ont créée.

Enfin le trait de Sempé peut véritablement vivre à l’écran

Visuellement, le film est une merveille. Plutôt que de chercher à moderniser Nicolas ou à donner du volume à son univers, l’animation travaille directement à partir de l’esthétique de Sempé. Les traits restent fins, les couleurs ressemblent à des aquarelles et les décors conservent volontairement de grands espaces blancs.

Cette simplicité est trompeuse. L’animation parvient à mettre les dessins en mouvement sans donner l’impression de les trahir. Les personnages restent immédiatement reconnaissables et le Paris du film possède cette douceur légèrement idéalisée qui correspond parfaitement aux illustrations originales.

C’est surtout une approche qui comprend quelque chose d’essentiel : Sempé n’avait pas besoin d’être rendu plus spectaculaire pour devenir cinématographique. Ses dessins possédaient déjà leur rythme, leur poésie et leur manière très particulière de regarder le monde.

L’humour de Goscinny retrouve sa simplicité

Le même respect se retrouve dans l’écriture. Le film ne cherche pas constamment à augmenter les enjeux ou à transformer chaque gag en gigantesque séquence comique. Les disputes entre Nicolas et ses copains peuvent rester dérisoires, parce qu’elles sont précisément gigantesques à leurs yeux.

Alceste pense toujours principalement à manger, Agnan reste le chouchou de la maîtresse, Clotaire continue d’être dernier et Eudes préfère régler les problèmes avec ses poings. Ces caractères très simples deviennent immédiatement drôles lorsqu’ils se confrontent les uns aux autres.

Après tant d’adaptations de BD persuadées qu’il faut amplifier le matériau original pour le rendre cinématographique, cette retenue fait énormément de bien. Le Petit Nicolas comprend que Goscinny savait déjà parfaitement faire rire et qu’il n’était pas nécessaire d’ajouter une couche de surenchère.

Alain Chabat était presque une évidence pour Goscinny

Alain Chabat prête sa voix à René Goscinny et le choix fonctionne remarquablement. Il n’essaie pas de fabriquer une imitation démonstrative de l’auteur : il lui apporte une chaleur, une malice et une douceur qui correspondent parfaitement au ton général du film.

Il y a également quelque chose d’assez beau à entendre Chabat incarner Goscinny. Lui-même auteur de comédies et grand admirateur de son œuvre, il avait déjà adapté son écriture avec Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre. Sa présence possède donc presque naturellement une dimension supplémentaire.

Laurent Lafitte adopte un registre différent pour Jean-Jacques Sempé, plus posé et mélancolique. Les deux voix permettent immédiatement de distinguer les personnalités sans transformer leurs auteurs en caricatures. Simon Faliu, enfin, donne à Nicolas toute l’innocence nécessaire. Le trio constitue véritablement le cœur du film.

Derrière l’enfance heureuse, des histoires beaucoup plus douloureuses

C’est là que le film prend une dimension que l’on n’attendait pas forcément d’une adaptation du Petit Nicolas. En racontant les parcours de Goscinny et Sempé, il révèle ce qui se cache derrière cette représentation si heureuse de l’enfance.

Le contraste est particulièrement fort. Nicolas vit dans un monde où les plus grands drames consistent à recevoir une punition, se disputer avec un copain ou craindre la réaction de ses parents. Ses créateurs ont connu des réalités autrement plus difficiles. Pourtant, de leurs expériences naîtra l’un des univers enfantins les plus lumineux de la littérature française.

Le film ne cherche jamais à écraser Nicolas sous cette gravité. Il conserve constamment son équilibre entre humour et émotion. Mais lorsqu’on revient ensuite aux petites aventures du garçon, elles semblent presque différentes : on comprend davantage ce que cette enfance idéalisée pouvait représenter pour ses auteurs.

Un film sur l’amitié autant que sur Le Petit Nicolas

La relation entre Goscinny et Sempé occupe naturellement une place centrale. Le film raconte leur rencontre et la complémentarité entre deux artistes qui ne pratiquent pas le même métier mais vont parvenir ensemble à créer un personnage parfaitement cohérent. Le texte de l’un semble avoir toujours appartenu au dessin de l’autre.

Cette partie aurait facilement pu devenir une biographie scolaire. Elle ne l’est jamais, notamment grâce au principe consistant à utiliser Nicolas comme interlocuteur. Le petit garçon pose les questions que le spectateur pourrait lui-même poser à ses créateurs et permet de conserver une légèreté constante.

Il devient presque leur enfant commun. Et lorsque cette idée prend progressivement toute sa dimension, le film dépasse largement le simple hommage patrimonial.

Une émotion qui ne force jamais vraiment le spectateur

Plus le récit avance, plus une certaine mélancolie apparaît. L’enfance ne dure pas éternellement, les auteurs vieillissent et derrière l’insouciance de Nicolas existe forcément le passage du temps. Le film aborde cette idée avec une étonnante délicatesse.

C’est précisément parce que la première partie nous a fait rire avec des choses minuscules que les passages plus émotionnels fonctionnent aussi bien. Le film ne change pas brutalement de personnalité pour devenir sérieux : la mélancolie était déjà présente discrètement derrière les aquarelles et les souvenirs.

Le Petit Nicolas devient alors quelque chose de beaucoup plus grand que son personnage. Nicolas appartient toujours à Goscinny et Sempé, mais il appartient également aux générations d’enfants qui l’ont découvert après eux.

Une adaptation qui comprend qu’être fidèle ne signifie pas recopier

C’est peut-être la plus grande réussite du film. Il ne raconte pas une histoire précise écrite par Goscinny et illustrée par Sempé, et pourtant il semble profondément fidèle à leur œuvre.

La fidélité vient ici du ton : la simplicité des situations, le regard porté sur l’enfance, l’humour jamais cynique, les dessins volontairement épurés et cette tendresse qui n’empêche jamais les personnages d’être ridicules. Les réalisateurs ont expliqué avoir cherché à rendre hommage aux auteurs sans tomber dans la caricature, le calque ou l’hagiographie.

C’est exactement ce que réussit le film. Il ne transforme pas Le Petit Nicolas pour lui donner artificiellement les dimensions d’un grand spectacle. Il se met au contraire au niveau de l’œuvre et trouve du cinéma à l’intérieur de sa simplicité.

Une reconnaissance amplement méritée

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes en 2022, le film remporte ensuite le Cristal du long métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy. Il sera également nommé au César du meilleur film d’animation.

Son parcours en salles restera pourtant relativement modeste, avec environ 340 000 entrées en France. C’est presque paradoxal pour une adaptation aussi réussie d’un personnage aussi populaire. Mais sa véritable réussite se situe ailleurs : avoir trouvé une manière nouvelle de raconter Le Petit Nicolas sans jamais chercher à le réinventer artificiellement.

En résumé

Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? réussit quelque chose de rare : respecter profondément une œuvre tout en proposant un véritable regard nouveau sur elle. Magnifique visuellement, drôle, tendre et progressivement bouleversant, le film célèbre autant Nicolas que l’amitié et le talent de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR