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Le Petit Spirou

Affiche de Le Petit Spirou

Le Petit Spirou

Réalisation : Nicolas Bary

Avec : Sacha Pinault, Pierre Richard, François Damiens, Natacha Régnier

Production / distribution : Les Films du Cap, Les Partenaires / La Belle Company

Durée : 1 h 26

Adaptation : BD franco-belge

Sortie : 27 septembre 2017

3/5

Après avoir longtemps existé dans l’ombre de son célèbre aîné, Le Petit Spirou arrive au cinéma en 2017 sous la direction de Nicolas Bary. Adaptée de la série créée par Tome et Janry, cette comédie choisit de raconter le moment où Spirou découvre que sa famille le destine à devenir groom, alors que lui préférerait profiter de son enfance et déclarer ses sentiments à Suzette. Le résultat est imparfait et nettement plus sage que la BD, mais possède suffisamment de tendresse et de fantaisie pour ne pas trahir complètement son univers.

Une véritable histoire pour relier les gags

Comme beaucoup de séries humoristiques construites autour d’histoires courtes, Le Petit Spirou pose un problème évident au cinéma : comment transformer une succession de gags en récit de près d’une heure et demie ? Le scénario imagine donc que Spirou doit prochainement intégrer l’école des grooms, conformément à une longue tradition familiale.

Cette intrigue sert surtout de prétexte pour parler du passage de l’enfance vers un avenir déjà décidé par les adultes. Spirou voudrait encore profiter de ses copains et surtout de Suzette, tandis que sa famille considère presque son futur comme une évidence. C’est simple, mais suffisamment solide pour relier les différentes péripéties.

Le film trouve ainsi un meilleur équilibre que certaines adaptations de BD humoristiques : les gags restent présents sans donner constamment l’impression d’être artificiellement juxtaposés.

Sacha Pinault compose un Petit Spirou attachant

Sacha Pinault fonctionne bien dans le rôle principal. Avec ses cheveux roux et son uniforme rouge, la ressemblance graphique est immédiatement reconnaissable, mais le film évite heureusement de réduire son interprétation au costume.

Son Spirou possède la malice nécessaire sans devenir une caricature de garnement. Sa relation avec Suzette apporte également beaucoup de douceur au récit et permet de retrouver cette manière qu’avait la BD de regarder les préoccupations sentimentales des enfants avec beaucoup de sérieux.

Le personnage est néanmoins assagi. La BD de Tome et Janry pouvait être nettement plus irrévérencieuse, parfois même assez féroce dans son observation des adultes. Le film préfère une version beaucoup plus consensuelle.

Une bande d’enfants qui fonctionne bien

Vertignasse, Cassius et les autres camarades permettent de retrouver l’importance du groupe dans la BD. Les enfants possèdent chacun suffisamment de personnalité pour que Spirou ne porte pas seul toute la comédie.

Le film comprend surtout une chose essentielle : à cet âge, une déclaration amoureuse, une punition ou une humiliation devant les copains peuvent représenter des événements absolument considérables. Les adultes voient de petites histoires d’enfants là où eux vivent de véritables aventures.

Cette perspective permet aux meilleures scènes de fonctionner sans avoir besoin de pousser systématiquement les situations vers la catastrophe.

Pierre Richard apporte beaucoup de tendresse

Pierre Richard est probablement le choix de casting le plus évident et le plus efficace. Son Grand-Papy possède naturellement cette fantaisie et cette capacité à conserver une âme d’enfant qui correspondent parfaitement à l’univers du Petit Spirou.

Il représente surtout une forme d’alternative aux adultes qui veulent déjà décider de l’avenir du garçon. Là où certains personnages incarnent les règles, les traditions et les obligations, Grand-Papy comprend beaucoup mieux les préoccupations de Spirou.

François Damiens fonctionne également très bien en Monsieur Mégot, professeur de sport autoritaire et excessif. Le personnage est naturellement caricatural, mais Damiens évite généralement de transformer chacune de ses apparitions en numéro personnel.

Les adultes conservent quelque chose de la BD

Natacha Régnier, Gwendolyn Gourvenec, Philippe Katerine ou encore Armelle complètent une galerie d’adultes volontairement hauts en couleur. Nicolas Bary cherche clairement à reproduire le regard légèrement moqueur que les enfants portent sur eux.

C’est important puisque l’humour du Petit Spirou repose beaucoup sur ce renversement : les enfants ne sont pas nécessairement les personnages les plus absurdes. Les adultes possèdent leurs obsessions, leurs contradictions et leurs ridicules.

Le film en conserve quelque chose, même si tout est considérablement adouci pour rester dans les limites d’une comédie familiale.

Une BD beaucoup plus irrévérencieuse que le film

C’est probablement là que l’adaptation perd le plus de personnalité. Tome et Janry avaient fait du Petit Spirou une série capable de parler de l’école, de la religion, de l’autorité, des premiers émois amoureux ou de la curiosité des enfants avec un humour parfois particulièrement insolent.

Nicolas Bary reprend les personnages et l’imagerie, mais élimine une grande partie de ce mordant. Certains éléments sont encore présents, notamment autour de l’abbé Langelusse ou de Monsieur Mégot, mais ils deviennent beaucoup moins provocateurs.

Le film gagne ainsi en accessibilité familiale ce qu’il perd en singularité. On reconnaît Le Petit Spirou, mais dans une version plus propre et plus sage que celle des albums.

Un univers visuel plutôt réussi

Visuellement, le film fait un choix intéressant. Les costumes, les décors et certaines couleurs rappellent clairement la BD sans chercher à transformer chaque plan en reproduction littérale d’une case.

L’univers possède ainsi une légère dimension intemporelle. On n’est jamais totalement dans le réalisme, mais pas davantage dans un monde artificiellement cartoonesque. Cette approche convient plutôt bien au personnage.

Nicolas Bary privilégie également une réalisation assez dynamique sans tomber dans la surenchère permanente. Le film reste modeste, mais conserve une véritable identité visuelle.

Une adaptation imparfaite mais plutôt respectueuse

Le Petit Spirou n’est donc ni une transposition parfaite de Tome et Janry ni une grande comédie française. Certaines situations sont prévisibles, plusieurs personnages restent superficiels et l’humour a été considérablement assagi.

Mais contrairement à Les Aventures de Spirou et Fantasio, sorti quelques mois plus tard, on sent ici une volonté réelle de construire le film autour de la personnalité de son héros plutôt que d’utiliser simplement une licence connue pour fabriquer une comédie familiale générique.

Le film comprend au moins ce qui rend le Petit Spirou attachant : derrière les bêtises et l’uniforme se trouve surtout un enfant qui regarde avec incompréhension les adultes compliquer un monde qui lui paraît beaucoup plus simple.

En résumé

Le Petit Spirou adoucit beaucoup l’irrévérence de Tome et Janry, mais conserve la tendresse, les personnages et une partie de la fantaisie de la BD. Sacha Pinault est attachant et Pierre Richard particulièrement bien choisi, pour une adaptation familiale modeste mais plutôt sympathique.

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