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Le Trésor du Petit Nicolas

Affiche de Le Trésor du Petit Nicolas

Le Trésor du Petit Nicolas

Réalisation : Julien Rappeneau

Avec : Ilan Debrabant, Jean-Paul Rouve, Audrey Lamy, Pierre Arditi

Production / distribution : Curiosa Films, IMAV Éditions, M6 Films / Warner Bros. Pictures France

Durée : 1 h 43

Adaptation : BD franco-belge

Sortie : 20 octobre 2021

3/5

Sept ans après Les Vacances du Petit Nicolas, la saga revient en 2021 avec une équipe entièrement renouvelée : Julien Rappeneau succède à Laurent Tirard, Ilan Debrabant devient Nicolas et Jean-Paul Rouve et Audrey Lamy incarnent ses parents. Ce troisième film choisit pourtant de rester dans le même univers rétro et de retrouver la bande de copains autour d’une histoire de déménagement.

Nicolas refuse de quitter ses copains

Le père de Nicolas obtient une promotion qui impose à toute la famille de quitter la ville pour s’installer dans le Sud. Pour les adultes, la nouvelle pourrait être réjouissante. Pour Nicolas, elle représente une catastrophe absolue : partir signifie abandonner Alceste, Clotaire, Eudes, Geoffroy, Agnan et tous les autres.

Avec ses copains, Nicolas se lance donc à la recherche d’un mystérieux trésor qui pourrait, selon leur logique, résoudre le problème et empêcher le déménagement. Le scénario retrouve ainsi l’un des mécanismes fondamentaux de Goscinny : un problème relativement ordinaire devient une affaire d’une importance considérable dès lors qu’il est observé à hauteur d’enfant.

L’enjeu est aussi plus touchant que celui des Vacances. Derrière la recherche du trésor se cache une peur très simple et universelle : celle de perdre ses amis et de voir son quotidien disparaître.

Ilan Debrabant trouve rapidement sa place

Après Maxime Godart puis Mathéo Boisselier, Ilan Debrabant devient le troisième Nicolas de la saga. Le changement fonctionne plutôt bien. Le jeune acteur possède l’innocence nécessaire et surtout cette capacité à prendre extrêmement au sérieux des raisonnements dont l’absurdité saute immédiatement aux yeux des adultes.

Son Nicolas apparaît légèrement différent de celui de Maxime Godart, mais chercher à reproduire exactement son interprétation aurait probablement été une erreur. Ilan Debrabant construit sa propre version tout en conservant l’essentiel : Nicolas reste un enfant ordinaire convaincu que ses préoccupations sont les plus importantes du monde.

Le film retrouve également la narration enfantine qui permet de confronter ce que Nicolas raconte à ce que le spectateur voit réellement. C’est toujours dans cet écart que l’humour de Goscinny fonctionne le mieux.

Le retour de la véritable bande fait beaucoup de bien

Contrairement aux Vacances du Petit Nicolas, le film retrouve Alceste, Clotaire, Eudes, Geoffroy et Agnan. Et cela change énormément de choses. Nicolas fonctionne particulièrement bien entouré de ces personnages dont quelques caractéristiques suffisent à provoquer des situations absurdes.

Les enfants élaborent ensemble des plans avec un sérieux imperturbable, se disputent, changent d’avis et proposent des solutions toujours plus compliquées à un problème qu’ils comprennent généralement de travers. Le film retrouve alors cette mécanique merveilleuse dans laquelle chacun parle avec une certitude absolue sans que personne n’écoute véritablement les autres.

La bande apporte surtout une énergie que le deuxième film avait partiellement perdue en remplaçant les copains habituels par ceux des vacances. Ici, on retrouve immédiatement la cour de récréation et le plaisir du groupe.

Jean-Paul Rouve compose un père très différent

Le changement le plus visible vient évidemment des parents. Jean-Paul Rouve succède à Kad Merad et propose un père plus effacé, presque lunaire par moments. Son interprétation fonctionne particulièrement bien dans cet univers où les adultes peuvent être aussi naïfs et maladroits que leurs enfants.

Le personnage reste obsédé par son travail et par la possibilité d’améliorer sa situation professionnelle, mais Rouve évite généralement d’en faire une caricature trop démonstrative. Sa manière de conserver son sérieux alors que les situations deviennent absurdes correspond assez bien au ton recherché.

Le changement de comédien est important, mais le père reste suffisamment proche de sa fonction originale pour que cette nouvelle incarnation soit rapidement acceptée.

Audrey Lamy apporte davantage d’énergie à la mère

Audrey Lamy succède de son côté à Valérie Lemercier. La comparaison est forcément délicate tant cette dernière avait marqué les deux premiers films. Lamy apporte une énergie différente, plus spontanée et contemporaine dans son jeu, même si les costumes et les décors continuent évidemment d’ancrer le personnage dans l’univers rétro de la série.

Le couple fonctionne néanmoins. Le film développe encore les préoccupations des parents, mais celles-ci restent davantage connectées à l’intrigue principale que dans Les Vacances du Petit Nicolas. Le déménagement concerne tout le monde et peut donc être observé simultanément depuis le point de vue des adultes et celui de Nicolas.

Cette cohérence permet d’éviter une trop grande dispersion du récit.

Le trésor reste finalement un prétexte

Le titre pourrait laisser imaginer une véritable chasse au trésor, mais celle-ci reste volontairement à l’échelle du Petit Nicolas. Le film n’essaie heureusement pas de transformer les personnages en aventuriers ni de fabriquer artificiellement un grand spectacle.

Le trésor est avant tout l’idée autour de laquelle les enfants peuvent construire leurs plans. Ce qui compte réellement n’est pas ce qu’ils vont trouver, mais la raison pour laquelle Nicolas cherche désespérément une solution : il ne veut tout simplement pas quitter ses copains.

Cette simplicité rapproche le film de Goscinny. Les enjeux paraissent gigantesques pour les enfants et relativement dérisoires pour les adultes, sans que le récit ne se moque jamais véritablement de Nicolas. Pour lui, perdre sa bande représente réellement la fin du monde.

Une mise en scène toujours très rétro

Julien Rappeneau conserve l’esthétique installée par Laurent Tirard. Les couleurs sont vives, les décors extrêmement soignés et la France représentée ressemble davantage à une image idéalisée des années 1950-1960 qu’à une véritable reconstitution historique.

Ce choix assure une continuité étonnante malgré le renouvellement complet du casting. Le spectateur retrouve immédiatement la maison, l’école, les rues et les costumes qui définissent cette version cinématographique du Petit Nicolas.

L’ensemble peut parfois sembler presque trop propre et artificiel, mais cette artificialité possède une véritable cohérence. Comme dans les précédents films, il ne s’agit pas vraiment de montrer la France d’autrefois mais celle dont Nicolas pourrait se souvenir une fois devenu adulte.

Une comédie plus sage que véritablement inventive

Le film retrouve plusieurs qualités du premier volet, mais aussi sa prudence. Julien Rappeneau respecte tellement l’univers de Goscinny et Sempé qu’il ose finalement assez peu s’en éloigner. La réalisation reste classique et le récit suit une trajectoire relativement prévisible.

Certains gags sont également plus appuyés que dans les textes originaux. Le passage au cinéma impose toujours d’étirer des situations que Goscinny pouvait résoudre en quelques pages, et toute la finesse de son écriture n’est évidemment pas retrouvée.

Mais après un deuxième épisode qui se dispersait davantage dans les histoires d’adultes, ce retour à quelque chose de plus simple fait du bien. Le Trésor du Petit Nicolas ne cherche pas à être une énorme comédie : il laisse régulièrement les enfants et leurs dialogues porter le film.

Une histoire sur l’amitié avant tout

C’est finalement ce qui permet à ce troisième épisode de trouver sa personnalité. Le premier film reposait sur la peur de Nicolas d’être remplacé par un petit frère, le deuxième sur ses vacances et un improbable mariage, tandis que celui-ci s’intéresse directement à son attachement à sa bande.

Cette idée convient particulièrement bien au personnage. Les copains passent leur temps à se disputer et à se battre, mais l’idée de ne plus les voir devient immédiatement insupportable. C’est une représentation très juste de l’amitié enfantine : intense, chaotique et capable de transformer une séparation hypothétique en tragédie.

Le film trouve alors une émotion simple sans chercher à devenir mélodramatique. Derrière les gags et la recherche du trésor, Nicolas découvre surtout la valeur de ce quotidien qu’il considérait jusque-là comme parfaitement normal.

Un troisième film qui ne retrouve pas le succès des précédents

Sorti en 2021 dans un contexte cinématographique évidemment très différent de celui des deux premiers volets, Le Trésor du Petit Nicolas connaît une carrière beaucoup plus modeste avec environ 550 000 entrées en France. Le changement intégral de casting et les sept années écoulées depuis le précédent film ont également rendu cette troisième aventure moins événementielle.

Cela ne reflète pourtant pas complètement ses qualités. Sans retrouver la fraîcheur du film de 2009, ce troisième volet est portant plus équilibré que Les Vacances du Petit Nicolas. Le retour des copains et une intrigue recentrée sur Nicolas permettent de renouer davantage avec ce qui faisait fonctionner la première adaptation.

En résumé

Le Trésor du Petit Nicolas survit plutôt bien au renouvellement complet de son casting. Ilan Debrabant trouve sa place, Jean-Paul Rouve et Audrey Lamy forment des parents convaincants et le retour de la bande redonne au film une véritable énergie. Une aventure très classique, mais tendre et suffisamment proche de la logique enfantine de Goscinny pour fonctionner.

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