MiklMayer.fr

Les Dalton en cavale

Affiche de Les Dalton en cavale

Les Dalton en cavale

Réalisation : Morris, William Hanna, Joseph Barbera, Ray Patterson

Voix VF : Jacques Thébault, Pierre Trabaud, Jacques Balutin, Gérard Hernandez, Pierre Tornade

Production / distribution : Gaumont, France 3, Hanna-Barbera, Dargaud / Gaumont

Durée : 1 h 21

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 14 décembre 1983

3/5

En 1983, Les Dalton en cavale ramène Lucky Luke au cinéma avec les Dalton au premier plan. Mais derrière son statut de troisième long métrage animé consacré au cow-boy se cache une particularité essentielle : il ne s’agit pas réellement d’une aventure conçue pour le cinéma. Le film assemble trois épisodes de la série produite avec Hanna-Barbera, adaptés de Les Dalton dans le blizzard, Ma Dalton et Les Dalton se rachètent. Le plaisir de retrouver les personnages et plusieurs excellentes histoires de Morris et Goscinny demeure, mais ce procédé de compilation empêche forcément l’ensemble d’atteindre la cohérence d’un véritable long métrage.

Trois histoires plutôt qu’un véritable film

C’est à la fois la principale qualité et le principal défaut des Dalton en cavale. Les trois aventures choisies possèdent chacune une idée suffisamment forte pour fonctionner indépendamment.

Les Dalton tentent d’abord d’échapper à Lucky Luke en passant la frontière canadienne, avant que leur mère n’entre à son tour dans l’histoire, puis vient l’expérience improbable de leur réhabilitation. Trois situations qui exploitent très bien les personnalités des quatre frères et qui proviennent de véritables classiques de la BD.

Mais leur assemblage reste perceptible. Le récit avance par blocs, avec des situations qui trouvent leur conclusion avant qu’une nouvelle aventure ne commence. Il manque cette progression dramatique qui devrait donner à un long métrage le sentiment d’aller quelque part.

On regarde donc davantage trois bons épisodes successifs qu’une grande aventure cinématographique de Lucky Luke.

Les Dalton restent irrésistibles

Heureusement, les quatre frères constituent un excellent fil conducteur. Joe demeure l’éternel cerveau autoproclamé du groupe, Averell sa catastrophe ambulante, tandis que William et Jack complètent parfaitement cette mécanique familiale.

Les trois histoires permettent surtout de les placer dans des situations suffisamment différentes pour éviter une trop grande répétition. Leur escapade canadienne joue avec les codes du territoire et de la police montée ; Ma Dalton révèle évidemment beaucoup de choses sur cette famille improbable ; Les Dalton se rachètent repose sur l’une des meilleures idées de la série : imaginer ces quatre criminels obligés de devenir honnêtes.

Cette dernière situation fonctionne particulièrement bien parce qu’elle inverse complètement leur mécanique habituelle. Le problème n’est soudainement plus de les empêcher de commettre des crimes, mais de découvrir s’ils sont seulement capables de vivre sans en commettre.

Ma Dalton vole presque la vedette à ses fils

L’arrivée de Ma Dalton constitue naturellement l’un des grands plaisirs du film. Le personnage résume à lui seul tout l’humour de Goscinny autour de cette famille : une petite vieille apparemment inoffensive qui considère le banditisme de ses fils avec une fierté maternelle parfaitement sincère.

Elle permet également d’enrichir Joe et Averell. Joe, pourtant tyrannique avec ses frères, redevient presque un enfant face à elle, tandis que les préférences maternelles pour Averell provoquent évidemment son exaspération.

Perrette Pradier lui prête une voix qui accompagne parfaitement ce mélange de douceur et d’autorité. La famille Dalton devient alors encore plus drôle parce que le film rappelle qu’avant d’être quatre terreurs de l’Ouest, ce sont aussi quatre grands garçons incapables d’échapper à leur mère.

Jacques Thébault, une voix idéale pour Lucky Luke

Le doublage français constitue d’ailleurs l’une des grandes forces du film. Jacques Thébault donne à Lucky Luke cette voix calme, légèrement ironique et immédiatement reconnaissable qui accompagnera durablement le personnage dans l’imaginaire du public.

Pierre Trabaud retrouve Joe, Jacques Balutin William, Gérard Hernandez Jack et Pierre Tornade Averell, tandis que Bernard Haller interprète Rantanplan. L’ensemble possède une véritable personnalité sonore et participe énormément au charme de cette génération de Lucky Luke.

Lucky Luke lui-même reste fidèle à sa fonction habituelle. Il n’a pas besoin de dominer constamment le récit : il poursuit les Dalton, observe leurs catastrophes et intervient lorsque leur dernier plan finit inévitablement par leur exploser au visage.

Hanna-Barbera change forcément le visage de Lucky Luke

Visuellement, le passage par Hanna-Barbera se ressent beaucoup. L’animation est plus standardisée et économique que celle d’un long métrage entièrement conçu pour le cinéma. La série a d’ailleurs été réalisée avec plusieurs équipes d’animation, ce qui explique certaines variations graphiques entre les épisodes.

Les personnages restent néanmoins parfaitement identifiables. Les silhouettes créées par Morris sont suffisamment fortes pour survivre à cette simplification, et les Dalton profitent particulièrement bien de leurs différences de taille et de leurs expressions très marquées.

Le résultat est donc efficace sans être véritablement spectaculaire. Là encore, la nature télévisuelle du projet se fait sentir : Les Dalton en cavale possède davantage l’apparence d’une série projetée sur grand écran que celle d’un film pensé pour exploiter celui-ci.

Le fameux brin d’herbe de Lucky Luke

Le film appartient également à une période importante dans l’histoire du personnage : Lucky Luke abandonne sa cigarette pour un brin d’herbe. Ce changement avait provoqué des réactions chez certains lecteurs et spectateurs, au point d’être régulièrement associé à cette adaptation et à la série Hanna-Barbera.

Graphiquement, la cigarette faisait pourtant partie de la silhouette du personnage depuis des décennies. Son remplacement pouvait donc paraître étrange, mais Morris conservera finalement cette évolution et le brin d’herbe deviendra à son tour l’un des attributs familiers de Lucky Luke.

Avec le recul, ce qui pouvait apparaître comme une rupture est donc devenu une partie de l’histoire même du personnage.

Une bonne compilation, mais une compilation malgré tout

C’est finalement la limite qu’il est impossible d’oublier. Pris séparément, les trois segments sont amusants, les albums choisis sont excellents et le doublage français apporte beaucoup de personnalité à l’ensemble. Il y a suffisamment de bons gags et de situations typiquement Lucky Luke pour passer un très bon moment.

Mais Les Dalton en cavale n’a jamais réellement la construction, l’ambition ou la progression d’un long métrage. Son passage au cinéma ne transforme pas magiquement trois épisodes en une seule histoire.

Ce n’est donc pas un mauvais Lucky Luke. C’est simplement un bon morceau de série télévisée auquel on demande de se comporter comme un film.

En résumé

Les Dalton en cavale conserve une bonne partie du charme de la BD grâce à trois histoires solides, des Dalton parfaitement utilisés, une excellente Ma Dalton et un doublage français particulièrement réussi. Les personnages fonctionnent et l’humour de Morris et Goscinny reste suffisamment fort pour traverser la simplification imposée par l’animation télévisuelle.

Mais sa nature de compilation reste beaucoup trop visible pour en faire un grand film d’animation. Agréable, drôle et nostalgique, oui ; véritable aventure cinématographique de Lucky Luke, beaucoup moins.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR