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Les Lauriers de César

Couverture de Les Lauriers de César

Astérix — Tome 18

Les Lauriers de César

René Goscinny et Albert Uderzo

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 1 janvier 1972

4/5

Publié en 1972, Les Lauriers de César repose sur un pari absurde lancé par Abraracourcix lors d’un repas trop arrosé : servir à son beau-frère un ragoût parfumé avec les lauriers de César. Cette mission volontairement dérisoire conduit Astérix et Obélix à Rome dans un album original, plus urbain et parfois plus sombre que les aventures précédentes.

Une mission née de l’orgueil d’Abraracourcix

Pour impressionner son riche beau-frère Homéopatix, Abraracourcix promet de lui faire goûter un plat assaisonné avec la couronne de César. Astérix et Obélix doivent alors réparer les conséquences d’une rivalité familiale qui ne les concerne presque pas.

Goscinny s’amuse ainsi à détourner les grandes missions héroïques. Les deux Gaulois ne partent ni sauver un peuple ni combattre Rome, mais satisfaire l’orgueil blessé de leur chef.

Cette motivation volontairement ridicule donne beaucoup de personnalité à l’album, même si l’objectif manque parfois d’urgence et de véritable enjeu.

Homéopatix, un personnage délicieusement prétentieux

Homéopatix représente le bourgeois qui juge tout à travers sa richesse et son confort. Sa maison de Lutèce, ses relations et sa réussite lui permettent de regarder Abraracourcix avec une supériorité à peine dissimulée.

La rivalité entre les deux hommes compte parmi les meilleurs passages du début de l’album. Abraracourcix supporte très mal cette arrogance et tente constamment de prouver que son village n’a rien à envier à la capitale.

Goscinny caricature avec justesse les repas de famille où les anciennes jalousies réapparaissent derrière une apparente convivialité.

Une Rome moins touristique que sociale

Contrairement à d’autres albums de voyage, Les Lauriers de César ne cherche pas principalement à présenter les monuments romains. Goscinny s’intéresse davantage au fonctionnement quotidien de la capitale.

Astérix et Obélix découvrent successivement le marché aux esclaves, les riches demeures, les prisons et les tribunaux. Rome apparaît comme une ville très organisée, mais profondément inégalitaire et souvent absurde.

Ce choix donne à l’album une atmosphère particulière. Le voyage paraît moins dépaysant visuellement, mais la satire sociale se révèle plus développée que dans de nombreuses aventures de la série.

Astérix et Obélix transformés en esclaves

Pour pénétrer chez un personnage proche de César, Astérix et Obélix acceptent d’être vendus comme esclaves. Cette situation inverse immédiatement les rapports de force habituels.

Leur nouveau maître découvre rapidement qu’ils sont impossibles à diriger. Obélix comprend mal le principe même de l’esclavage, tandis qu’Astérix tente de respecter leur couverture malgré les maladresses de son compagnon.

Ces scènes sont très efficaces, mais elles reposent aussi sur une réalité historique violente traitée avec la légèreté habituelle de la série. L’humour fonctionne grâce à l’invulnérabilité des héros, qui ne sont jamais réellement menacés par leur condition.

Une satire savoureuse de la justice

La partie consacrée au tribunal compte parmi les plus réussies. Astérix et Obélix cherchent paradoxalement à être condamnés, tandis que leurs défenseurs tentent de démontrer leur innocence.

Goscinny renverse ainsi toute la logique judiciaire. Les accusés veulent entrer en prison, les avocats récitent leurs effets de manche et la vérité devient presque secondaire face à la qualité du spectacle.

Cette séquence illustre parfaitement l’humour de l’album : les héros doivent lutter contre une institution qui fonctionne correctement alors qu’ils espèrent précisément la faire échouer.

Un ton plus sombre sous l’humour

La fatigue et le découragement d’Astérix occupent une place inhabituelle dans le récit. Face à l’échec de leurs recherches, il traverse même un moment de profonde inquiétude que l’on rencontre rarement dans la série.

Obélix conserve davantage son insouciance, mais ses réactions montrent aussi combien il dépend de son ami. Leur relation donne alors une véritable dimension émotionnelle à l’aventure.

Ces passages plus graves apportent de la profondeur au récit, même s’ils contrastent parfois brutalement avec les nombreux gags qui les entourent.

Une construction originale mais irrégulière

L’album multiplie les situations inattendues et renouvelle constamment son décor. Le marché aux esclaves, la maison romaine, le tribunal et la prison offrent chacun une satire différente.

Cette variété rend toutefois l’intrigue assez dispersée. La recherche des lauriers passe parfois au second plan et certaines étapes ressemblent davantage à des sketches successifs qu’à une progression continue.

Le dessin d’Uderzo maintient néanmoins une excellente lisibilité. Ses décors romains, ses scènes de foule et les expressions désabusées d’Astérix accompagnent parfaitement le ton particulier du scénario.

En résumé

Les Lauriers de César est un album original, porté par une mission volontairement absurde et une satire réussie de la société romaine. Homéopatix, le marché aux esclaves et le tribunal donnent naissance à d’excellentes scènes, tandis que le découragement d’Astérix apporte une tonalité plus adulte. L’intrigue reste légèrement dispersée et son enjeu assez faible, mais cette singularité en fait l’une des aventures les plus étonnantes de la période Goscinny-Uderzo.

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