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Les Tontons Dalton

Couverture de Les Tontons Dalton

Les Aventures de Lucky Luke d’après Morris — Tome 6

Les Tontons Dalton

Laurent Gerra, Jacques Pessis et Achdé

Éditeur : Lucky Comics

Sortie originale : 23 octobre 2014

3/5

Publié en 2014, Les Tontons Dalton confie un bébé aux quatre criminels les moins recommandables de l’Ouest. Laurent Gerra, Jacques Pessis et Achdé exploitent efficacement le contraste entre la brutalité des Dalton et les contraintes de la vie familiale. Une comédie sympathique et riche en références, mais dont l’excellente idée de départ s’essouffle progressivement.

Les Dalton face à leur pire épreuve

En apprenant qu’ils doivent s’occuper du fils d’Emmett Dalton, Joe, William, Jack et Averell découvrent une responsabilité pour laquelle aucun d’entre eux n’est préparé.

Le principe fonctionne immédiatement. Les Dalton savent braquer des banques, organiser des évasions et affronter Lucky Luke, mais se montrent incapables de comprendre les besoins d’un enfant. Le bébé devient ainsi plus difficile à maîtriser que tous leurs anciens adversaires.

Les premières scènes exploitent parfaitement cette opposition. Joe tente d’imposer son autorité, Averell développe une véritable complicité alimentaire avec l’enfant, tandis que William et Jack cherchent surtout à limiter les dégâts.

Un bébé déjà très Dalton

Junior ne se contente pas d’être une victime innocente confiée à de dangereux criminels. Son caractère, son appétit et son goût naissant pour le désordre laissent rapidement comprendre qu’il appartient bien à la famille.

Cette caractérisation évite de transformer l’album en simple parodie de paternité. Les Dalton ne doivent pas seulement protéger un bébé : ils commencent à transmettre involontairement leurs propres habitudes à un héritier particulièrement réceptif.

Le personnage reste davantage un ressort comique qu’un véritable protagoniste. Sa présence suffit néanmoins à modifier temporairement la dynamique entre les quatre frères.

Joe confronté à une autorité impossible

Joe Dalton supporte difficilement qu’un enfant refuse de lui obéir. Habitué à diriger ses frères par les menaces et les cris, il découvre que ses méthodes sont totalement inefficaces face à un bébé.

Ce renversement produit plusieurs des meilleurs gags de l’album. Le plus dangereux des Dalton se retrouve constamment humilié par un personnage incapable de comprendre ses ordres.

Averell paraît au contraire presque adapté à cette situation. Sa naïveté et sa gourmandise lui permettent d’établir une relation immédiate avec Junior. Cette complicité reste prévisible, mais correspond parfaitement à la personnalité du personnage.

Lucky Luke réduit au rôle de surveillant

Lucky Luke est chargé d’encadrer les Dalton pendant qu’ils s’occupent de leur neveu. Sa présence garantit la sécurité des habitants, mais le place dans une position assez passive.

Le cow-boy observe les catastrophes, empêche les évasions et tente de limiter les conséquences des initiatives de Joe. Il participe au récit sans en être réellement le moteur.

Cette mise en retrait permet aux Dalton d’occuper pleinement le devant de la scène. Elle prive cependant l’album d’une partie de son énergie western, Lucky Luke devenant davantage un éducateur fatigué qu’un héros d’aventure.

Rupin City, une ville très accueillante en apparence

L’installation des Dalton dans une communauté fortunée permet de caricaturer une bourgeoisie obsédée par la tranquillité, la sécurité et les apparences.

Les habitants prétendent défendre la famille et la bonne éducation, mais réagissent avec hostilité dès que des individus jugés indésirables approchent de leur ville. La présence des Dalton révèle ainsi l’hypocrisie de cette société respectable.

La satire demeure assez simple, mais apporte un second niveau de lecture au récit. Les criminels sont évidemment dangereux, mais les citoyens honnêtes ne se montrent pas toujours plus généreux ou plus tolérants.

L’hommage aux Tontons flingueurs prend trop de place

Le titre annonce clairement la référence au film de Georges Lautner. Laurent Gerra et Jacques Pessis multiplient les allusions à ses scènes, à son atmosphère et surtout aux dialogues de Michel Audiard.

Certaines adaptations sont amusantes, particulièrement lorsque les répliques du cinéma français sont transposées dans l’univers du western. Elles apportent une complicité supplémentaire aux lecteurs connaissant le film.

L’hommage devient cependant parfois envahissant. Plusieurs situations semblent construites principalement pour permettre une nouvelle citation ou un détournement. Les références risquent alors d’échapper aux jeunes lecteurs et de ralentir l’intrigue pour les autres.

Une idée qui peine à tenir tout l’album

La confrontation entre les Dalton et Junior fournit une excellente base pour une histoire courte. Sur un album complet, les auteurs doivent multiplier les incidents pour prolonger la situation.

Les tentatives d’évasion, les réactions des habitants et les catastrophes provoquées par le bébé entretiennent correctement le rythme. Elles finissent malgré tout par répéter le même principe : les Dalton pensent contrôler la situation avant que Junior ne réduise leurs efforts à néant.

L’intrigue manque également d’un adversaire extérieur véritablement marquant. Le principal conflit reste familial et comique, ce qui donne au récit une ampleur plus limitée que celle des grandes aventures de Lucky Luke.

Achdé s’amuse avec les expressions

Le dessin d’Achdé exploite parfaitement les différences physiques entre les Dalton et la petite taille de Junior. Le bébé peut disparaître dans les décors, échapper à leur surveillance ou provoquer des réactions disproportionnées.

Les expressions de Joe constituent un point fort particulier. Sa colère habituelle se mêle à l’épuisement et à l’incompréhension, offrant plusieurs variations très réussies autour de son tempérament.

Achdé respecte toujours fidèlement le style de Morris. Les décors de Rupin City et les scènes familiales lui permettent néanmoins de s’éloigner légèrement des environnements western les plus traditionnels.

En résumé

Les Tontons Dalton repose sur une excellente idée comique : transformer les quatre bandits les plus célèbres de l’Ouest en gardiens d’un bébé déjà digne de sa famille. Les réactions de Joe et la complicité entre Averell et Junior produisent plusieurs scènes très amusantes, tandis qu’Achdé maîtrise parfaitement les expressions des personnages. L’intrigue s’étire toutefois autour d’un principe répétitif, Lucky Luke reste en retrait et les références aux Tontons flingueurs prennent parfois trop de place. Un album divertissant, mais moins solide que les aventures suivantes écrites par Jul.

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