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On a marché sur la Lune

Couverture de On a marché sur la Lune

Les Aventures de Tintin — Tome 17

On a marché sur la Lune

Hergé

Éditeur : Casterman

Sortie originale : 1 août 1954

5/5

Publié en 1954, On a marché sur la Lune poursuit directement Objectif Lune et conduit enfin Tintin, Haddock et Tournesol sur le sol lunaire. Derrière l’émerveillement de cette expédition historique, Hergé construit surtout un huis clos oppressant où le manque d’oxygène, les erreurs humaines et la trahison menacent constamment l’équipage.

Une aventure spatiale étonnamment crédible

Hergé représente le voyage vers la Lune avec un sérieux documentaire exceptionnel pour son époque. L’apesanteur, les manœuvres de la fusée, les combinaisons et l’exploration du sol lunaire sont intégrées naturellement au récit.

Certaines connaissances ont nécessairement vieilli, mais l’ensemble reste cohérent. Hergé préfère la vraisemblance aux créatures extraterrestres et aux inventions fantaisistes. La Lune apparaît comme un monde vide, silencieux et dangereux, dont la beauté repose précisément sur son réalisme.

Des images entrées dans l’histoire de la BD

La découverte de la surface lunaire constitue naturellement le sommet visuel de l’album. Le ciel noir, les reliefs déserts et la Terre suspendue dans l’espace produisent des images d’une grande force.

Cette séquence est d’autant plus impressionnante qu’elle paraît quinze ans avant les premiers pas de Neil Armstrong. Hergé ne se contente pas d’anticiper un événement historique : il parvient à transmettre l’émerveillement que provoquera réellement la conquête lunaire.

Le dessin conserve la lisibilité de la ligne claire malgré la complexité du matériel et des décors. La fusée à damier rouge et blanc devient ainsi l’un des objets les plus reconnaissables de toute la série.

Un huis clos sous tension

L’arrivée accidentelle de Dupond et Dupont augmente le nombre de passagers et réduit dangereusement les réserves d’oxygène. Dès le début du voyage, l’expédition se transforme donc en course contre le temps.

La fusée, immense lors de son décollage, paraît progressivement de plus en plus étroite. Les personnages ne peuvent fuir ni appeler des secours. Chaque incident menace directement la survie de l’ensemble du groupe.

Cette tension devient particulièrement forte pendant le retour vers la Terre. Hergé ralentit alors le rythme, limite les dialogues et montre les voyageurs perdre progressivement leurs forces. Rarement la série aura donné une impression aussi immédiate du danger.

Haddock entre humour et inconscience

Le capitaine Haddock reste le principal moteur comique du récit. Son refus de respecter les consignes, son goût pour le whisky et ses réactions face à l’apesanteur produisent plusieurs scènes mémorables.

Ces gags ne sont toutefois pas sans conséquence. Dans l’espace, les excès du capitaine mettent réellement sa vie et celle de Tintin en péril. Hergé utilise intelligemment le personnage pour rappeler qu’une erreur apparemment anodine peut devenir catastrophique loin de la Terre.

Quelques séquences comiques ralentissent légèrement le début de l’album. Elles permettent néanmoins d’équilibrer un récit qui devient beaucoup plus sombre dans sa seconde moitié.

Une trahison profondément humaine

L’intrigue d’espionnage amorcée dans Objectif Lune trouve ici sa résolution. Le retour du colonel Jorgen apporte une menace directe, mais le personnage le plus intéressant reste Frank Wolff.

Hergé refuse d’en faire un traître entièrement mauvais. Faible, coupable et manipulé, Wolff comprend progressivement les conséquences de ses actes. Son évolution introduit des thèmes rarement abordés aussi frontalement dans la série : le remords, la rédemption et le sacrifice.

Cette dimension humaine donne à l’aventure une profondeur inattendue. Le plus grand danger ne vient finalement ni de l’espace ni de la technologie, mais des fragilités des hommes enfermés dans la fusée.

Un second volet plus fort que le premier

Objectif Lune devait rendre le voyage crédible en détaillant sa préparation. On a marché sur la Lune peut donc se concentrer sur l’exploration, le suspense et les personnages.

Les deux albums restent indissociables, mais ce second volet possède une intensité supérieure. La progression est plus dramatique, les enjeux deviennent plus personnels et le retour vers la Terre offre une véritable conclusion à l’ensemble.

L’histoire conserve quelques facilités scientifiques et narratives, mais elles comptent peu face à la puissance des images et à la maîtrise du suspense.

En résumé

On a marché sur la Lune est l’un des sommets des aventures de Tintin. Hergé associe une vision crédible du voyage spatial, des images devenues emblématiques et un huis clos d’une intensité remarquable. L’humour du capitaine Haddock équilibre un récit progressivement assombri par la trahison de Jorgen et le destin de Wolff. Une aventure visionnaire et profondément humaine, encore impressionnante plusieurs décennies après la véritable conquête lunaire.

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