Spider-Man – La Collection anniversaire — Tome 9
Spider-Men
Éditeur : Panini Comics
Sortie originale : 2 mars 2022
Publié pour célébrer les cinquante ans de Spider-Man, Spider-Men organise la première rencontre entre Peter Parker et Miles Morales. Brian Michael Bendis transforme ce crossover attendu en une réflexion sur l’héritage du héros et sur le poids laissé par le Peter Parker de l’univers Ultimate. Une histoire touchante et accessible, même si son intrigue super-héroïque reste assez convenue.
Deux Spider-Man très différents
La rencontre entre Peter et Miles fonctionne d’abord grâce au contraste entre les personnages. Peter possède déjà une longue expérience, tandis que Miles reste un adolescent encore incertain de sa légitimité.
Bendis évite heureusement d’en faire une simple opposition entre maître et élève. Peter se montre intrigué par son successeur, mais également déstabilisé à l’idée qu’un autre garçon puisse porter son costume. Miles, de son côté, oscille entre admiration et crainte de ne jamais être à la hauteur.
Leurs échanges sont drôles et naturels, mais leur relation aurait mérité davantage de place. L’album consacre finalement peu de scènes au véritable apprentissage de Miles auprès de Peter, alors que cette dynamique constituait sa promesse la plus intéressante.
Peter confronté à sa propre disparition
La meilleure idée du récit consiste à envoyer Peter dans un univers où son double est mort. Il découvre ainsi les conséquences de sa propre disparition et rencontre les proches qui continuent à vivre avec son souvenir.
Sa confrontation avec la tante May et la Gwen Stacy de cet univers offre les pages les plus émouvantes de l’album. Pour elles, Peter représente à la fois un miracle impossible et le rappel brutal de leur perte. Bendis laisse alors les personnages exprimer leur trouble sans chercher à provoquer artificiellement les larmes.
Ces scènes donnent au crossover une profondeur inattendue. Derrière le spectacle du multivers, Spider-Men parle surtout du deuil, de la transmission et de ce qu’un héros laisse derrière lui.
Miles Morales gagne sa légitimité
À l’époque de la publication de cette histoire, Miles Morales était encore un personnage récent. La rencontre avec le Spider-Man originel servait donc aussi à confirmer symboliquement sa place.
Peter ne lui transmet pas officiellement son titre, mais son regard évolue progressivement. Il comprend que Miles n’essaye pas de remplacer son homologue disparu : il tente de poursuivre son combat tout en construisant sa propre identité.
Cette validation fonctionne parce qu’elle ne transforme pas Miles en copie de Peter. Son âge, ses pouvoirs et son rapport au costume lui donnent déjà une personnalité distincte, même si ce court album ne peut qu’effleurer son histoire personnelle.
Mystério, simple prétexte au crossover
Mystério provoque le passage de Peter vers l’univers Ultimate et fournit au récit son principal adversaire. Son utilisation permet de justifier efficacement la rencontre entre les deux héros.
Le personnage reste cependant très secondaire. Son plan manque d’ampleur et l’affrontement final paraît presque obligatoire, comme si le scénario devait absolument ajouter une menace physique à une histoire qui trouvait son véritable intérêt ailleurs.
Cette faiblesse limite la tension du récit. Le lecteur se souvient davantage des retrouvailles impossibles de Peter avec ses proches que de la bataille destinée à sauver les deux univers.
Le dessin sensible de Sara Pichelli
Sara Pichelli se montre aussi convaincante dans les scènes d’action que dans les passages intimistes. Son trait moderne distingue immédiatement Miles de Peter, notamment grâce à leurs silhouettes et à leurs mouvements.
Son véritable talent apparaît néanmoins dans les expressions. Les regards, les silences et les gestes retenus donnent une force considérable aux rencontres de Peter avec May et Gwen. Les émotions restent lisibles sans devenir excessivement démonstratives.
Les combats sont dynamiques, mais la mise en scène paraît parfois plus classique. Comme le scénario, le dessin atteint surtout son meilleur niveau lorsqu’il s’intéresse aux personnages plutôt qu’au spectacle.
En résumé
Spider-Men réussit avant tout grâce à son émotion et à la relation entre Peter Parker et Miles Morales. Brian Michael Bendis utilise intelligemment le multivers pour parler de deuil et de transmission, tandis que Sara Pichelli donne une grande sensibilité aux retrouvailles de Peter avec les proches de son double disparu. L’intrigue autour de Mystério demeure assez faible et la rencontre des deux héros aurait pu être davantage développée, mais l’album reste un crossover important et particulièrement attachant.
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