Autrice, scénariste et créatrice, Hélène Bruller navigue entre bande dessinée, animation et écriture avec une même exigence : raconter avec sincérité. Connue notamment pour Le Guide du Zizi Sexuel et Les Minijusticiers, elle explore les formats sans jamais perdre ce qui fait le cœur de ses histoires.
Vous naviguez entre écriture, animation et narration visuelle. Est-ce que votre manière de raconter une histoire change selon le médium ?
La narration change en fonction du médium lui-même : en BD on ne découpe pas le texte de la même manière que pour un scénario, par exemple. Et ça change aussi en fonction du concept et de la tranche d’âge des lecteurs, je n’écris pas de la même manière pour un guide (comme le Guide du Zizi Sexuel) que pour une BD humour pour adulte. Parfois c’est aussi le choix du style d’écriture qui change tout : pour le livre « les Minijusticiers », par exemple, j’ai choisi d’écrire en rimes, un peu comme un rap.
En revanche, ce qui ne change pas, c’est l’intention profonde, qui je suis, ce qui compte le plus pour moi dans mon récit quelle que soit sa forme et qui est mon unique moteur d’écriture : la sincérité.
Qu’est-ce que l’animation vous permet d’exprimer que la BD ou l’écriture seule ne permet pas (et inversement) ?
Ce que j’aime dans l’animation, c’est le travail en équipe, le regard des autres sur mes textes, l’immense évolution qu’apporte leurs commentaires, je ne vois pas ces contraintes comme des limites imposées mais au contraire comme une stimulation pour aller plus loin, ce que j’aime c’est qu’on fait « monter » un projet à plusieurs. La BD, me permet de retrouver ma liberté totale d’exprimer tout ce que je veux, des choses plus personnelles.
Avez-vous le sentiment que les frontières entre les formats sont en train de disparaître ?
J’ai plutôt l’impression qu’il y a de plus en plus de diversité entre les différents médiums.
Quand vous créez, partez-vous d’un univers, d’un personnage ou d’un thème ?
Pour une BD, comme c’est souvent très intimiste, c’est ce que mon personnage a à dire qui prime, l’histoire se construit autour.
En animation, c’est souvent le concept, l’idée de la série, qui est la première pulsion. Ensuite je pense aux personnages qui l’incarnent, et je les place dans l’univers idéal pour le récit. Maisil y a beaucoup de retours en arrière : par exemple, certaines idées de personnages me font modifier le concept.

Le regard du public influence-t-il votre manière d’écrire ?
Ce questionnement est toujours présent : est-ce que ce que j’écris me permet d’entrer en communication avec quelqu’un ?
En revanche, je ne vais pas me forcer à faire quelque chose qui est à la mode mais qui ne me ressemble pas seulement pour plaire à un public. On peut faire des projets différents, écrire des histoires tristes, des séries drôles, changer de style de dessin, mais il ne faut pas changer qui on est pour plaire. En revanche, j’écoute toutes les remarques des producteurs ou des éditeurs et j’en tiens toujours compte. D’une manière générale, c’est d’ailleurs ce que je conseillerais à quelqu’un qui souhaite devenir auteur : les remarques des personnes qui sont là pour nous lire sont toujours à prendre en compte. Il faut toujours faire les retouches demandées.
Simplement, il faut faire ces retouches à sa manière.

Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui à raconter des histoires ?
Ce qui maintient vivante la motivation, c’est la curiosité : l’envie d’essayer un nouveau truc, une autre façon de raconter, un autre format de livre ou de série, un nouveau thème. Bref, tout me motive.


