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De Disney à la BD d’auteur : entretien avec Fabrizio Petrossi

Interviews BD

Dessinateur et auteur ayant longtemps travaillé dans l’univers Disney, Fabrizio Petrossi a développé une approche à la fois technique et profondément narrative du dessin. Entre respect des personnages iconiques et recherche d’une expression plus personnelle, il incarne une génération d’artistes capables de naviguer entre tradition et modernité.

Vous avez un parcours très riche, notamment chez Disney. Qu’est-ce que cette expérience vous a appris dans votre manière de dessiner et de raconter une histoire ?

On peut dire que j’ai grandi professionnellement avec Disney. Cela m’a énormément appris, car c’est une école universelle : j’y ai appris la technique de construction et de création des personnages, leur dynamisme, ainsi que le storytelling. Au-delà de la technique, l’essentiel est l’esprit : la capacité de rendre les personnages vivants et attachants.

Vous avez travaillé sur des personnages iconiques. Comment aborde-t-on un personnage déjà connu, sans le dénaturer ?

Avant d’entrer dans le monde professionnel de Disney, j’étais déjà lecteur de BD Disney et passionné par l’univers de l’animation. Il ne m’a donc pas été difficile de dessiner des personnages comme Mickey, Dingo ou Donald : à travers leurs aventures, je connaissais déjà leurs personnalités et leur manière d’interagir. C’est primordial, même avant de maîtriser les modèles.

Dans l’animation, l’illustration ou le merchandising, on travaille à partir de model sheets, créées sur la base des dessins animés. En BD, il existe plusieurs écoles de style : l’école italienne, liée à la production en Italie, et celle des pays nordiques, comme le Danemark, plus proche du style de Carl Barks.

Aujourd’hui, votre manière de travailler a-t-elle évolué avec le temps, notamment sur l’aspect technique ou la construction d’une planche ?

J’ai toujours cherché à faire évoluer mes histoires, mais le premier véritable tournant est venu avec mon album Epic Mickey (2012). J’y ai expérimenté un découpage plus moderne, que le projet permettait car il s’agissait de la version BD du jeu video. Par la suite, pour mes deux albums chez Glénat, ( Mickey à travers les Siècles, Le dragon de Glasgow) j’ai choisi de créer des modèles et un graphisme plus personnel et dynamique, l’idée initiale étant de proposer une approche plus “auteur”.
Je pense que cela a marqué la véritable évolution graphique de mon style en BD Disney : des personnages plus expressifs, des décors plus riches, mieux adaptés au format album. La narration reste classique, mais avec une tonalité plus humoristique. En développant ce style, j’avais en tête les premiers courts métrages de Mickey, où les personnages étaient bien plus espiègles et fun.

Entre animation, illustration et bande dessinée, est-ce que votre approche change selon le support, ou est-ce toujours le même regard qui guide votre travail ?

Oui, j’y ai déjà un peu répondu : dans l’illustration et le merchandising, où j’ai travaillé pendant dix ans aux studios Disney, on doit respecter les model sheets, car les personnages sur les produits doivent conserver un modèle unique. En BD, en revanche, on a davantage de liberté, et pour les lecteurs, il est important que chaque auteur ait sa propre patte.

Est-ce que les éditeurs ou les studios influencent encore votre travail aujourd’hui, ou avez-vous une liberté totale dans vos choix ?

Chaque éditeur a sa propre ligne éditoriale, surtout chez Disney. Comme je l’ai déjà dit, les éditeurs de magazines dans les pays nordiques souhaitent que l’on s’inspire des histoires de Carl Barks ; les récits y sont donc très classiques. En revanche, en Italie, il y a davantage de possibilités de modernisation, et c’est là que l’on a observé une véritable évolution graphique au fil des années. L’impulsion vient toujours de l’éditeur : à nous de nous adapter, tout en cherchant à apporter quelque chose de personnel.

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Quel regard portez-vous sur l’évolution de la bande dessinée aujourd’hui ?

La bande dessinée est devenue une véritable forme d’art, où chaque artiste dispose d’une grande liberté d’expression. On observe presque une saturation visuelle, notamment parce que la numérisation du travail offre encore davantage de possibilités et favorise une exploration graphique plus poussée. Les thématiques évoluent elles aussi : à l’origine, la BD reposait sur la figure du héros vivant ses aventures ; aujourd’hui, elle se rapproche de plus en plus de la littérature, avec des récits plus intimistes, ancrés dans la vie réelle.

La question de l’évolution de la bande dessinée est vaste : il faut aussi prendre en compte l’influence considérable du manga, tant sur le plan graphique que narratif.

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