De l’Europe aux grands éditeurs américains comme DC Comics ou Dynamite Entertainment, Andrea Mutti a construit une carrière internationale en naviguant entre différentes cultures narratives, formats et industries. Dessinateur profondément attaché au travail traditionnel, il défend une vision du comics fondée sur l’émotion visuelle, l’atmosphère et une énergie créative qu’il place au cœur de chaque page.
Votre carrière vous a mené de l’Europe à de grands éditeurs américains comme DC Comics et Dynamite Entertainment. Avec le recul, quels ont été les plus grands défis pour vous adapter à l’industrie du comics américain ?
Je pense que tout se joue dans la manière de construire une page : l’impact visuel doit être plus fort, plus dynamique, et on peut vraiment s’amuser avec des angles de caméra très cinématographiques, spectaculaires… Ce n’est pas une règle absolue, bien sûr ; disons simplement qu’il n’y a pas vraiment de règles !
En tant qu’artiste italien travaillant sur des licences et personnages internationaux, ressentez-vous une différence de sensibilité narrative entre la BD européenne et les comics américains ?
Comme je l’ai dit… différents pays, différentes habitudes… Les lecteurs français préfèrent souvent une lecture plus lente, de grands albums, pas bon marché, avec beaucoup d’attention portée aux détails dans chaque case. En Italie, nous avons aussi de longues bandes dessinées de 90 pages ou plus, avec énormément de dialogues… Mais tout cela reste formidable : c’est simplement différent.
Votre dessin dégage souvent une forte dimension cinématographique et atmosphérique. Quelle importance accordez-vous à l’ambiance et à l’émotion visuelle dans la construction d’une page ?
Pour moi, c’est essentiel. Mon objectif est de plonger les lecteurs dans l’histoire… comme dans un voyage magique… et de leur transmettre ce merveilleux sentiment d’émerveillement que j’adore. Les émotions, les vibrations, les atmosphères… J’aime profondément tout cela !
Aujourd’hui, de nombreux artistes évoluent dans un rythme de production très rapide. Comment conservez-vous votre identité artistique tout en répondant aux attentes de l’industrie ?
Je suis fier de dire que je suis un artiste à l’ancienne : vrai papier, vrais crayons, vraie matière… C’est ma façon de travailler. Tout le reste est peut-être plus rapide… mais, pour moi, c’est assez ennuyeux, et j’ai le sentiment qu’on perd quelque chose en chemin…
Les comics de super-héros ont énormément changé au fil des années. Quel regard portez-vous sur l’évolution des comics modernes et sur les attentes des lecteurs aujourd’hui ?
Je ne vais pas mentir… l’industrie traverse une période vraiment difficile. L’évolution est normale dans l’univers des super-héros : on essaie d’explorer différentes directions… Mais l’enjeu principal, c’est surtout de comprendre l’évolution des lecteurs. Le public semble ralentir d’année en année… Nous devons réussir à attirer de nouveaux lecteurs. Voilà, selon moi, la véritable évolution nécessaire.

Vous avez travaillé sur de nombreux univers et tonalités. Y a-t-il un type d’histoire ou un genre que vous rêvez encore d’explorer ?
J’adore l’horreur, ainsi que tout l’univers du mystère et de l’épouvante… Mais récemment, je travaille aussi sur un projet très amusant, très cartoon ! De nouveaux horizons… enfin, je l’espère !
Les outils numériques ont transformé l’industrie de la BD. Votre propre processus créatif a-t-il évolué avec la technologie au fil des années ?
Pour être honnête, le numérique, ce n’est pas vraiment mon univers… C’est juste un outil que je maîtrise peu. L’évolution peut aussi exister sans technologie… Et puis, tout dépend aussi de ce que l’on entend exactement par “évoluer”
La collaboration est essentielle dans la bande dessinée. Qu’appréciez-vous le plus dans la relation entre artiste, scénariste et éditeur ?
J’adore l’énergie créative et le travail d’équipe !

En regardant votre parcours jusqu’à aujourd’hui, qu’est-ce qui continue de vous enthousiasmer le plus dans la création de comics ?
Je suis dans ce métier depuis 1992… Cela fait très longtemps. J’aime profondément mon travail ; ce métier m’a choisi, et non l’inverse. Bien sûr, je reste aussi très réaliste : aujourd’hui, il n’est pas facile d’être artiste à 100 %. Mais oui, j’aime toujours ce que je fais, j’y prends toujours du plaisir… C’est formidable, même s’il faut aussi garder les pieds sur terre.


