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Du storyboard à la BD jeunesse : entretien avec Jérôme Anfré

Interviews BD

Entre bande dessinée, illustration jeunesse et passage par le storyboard, Jérôme Anfré développe un regard nourri par plusieurs formes de narration visuelle. Collaborateur de longue date de Bayard Presse et ancien de l’animation, il évoque une pratique en mouvement constant, où décor, lisibilité, expressivité et curiosité se répondent sans cesse.

Votre parcours mélange bande dessinée, illustration jeunesse et storyboard pour l’animation. Qu’est-ce que chaque discipline vous apporte aujourd’hui dans votre manière de raconter une histoire ?

D’abord, je dois préciser que le storyboard est aujourd’hui quelque chose d’assez loin de moi : j’en ai surtout fait il y a une dizaine d’années.

Cela dit, cette expérience m’a vraiment influencé dans ma manière d’utiliser le décor. Avant, j’avais tendance à raconter mes histoires dans des espaces assez nus. Le storyboard, surtout sur une série comme Ariol, m’a obligé à penser davantage les personnages dans leur environnement. Paradoxalement, c’est peut-être surtout en illustration que ce réflexe me sert aujourd’hui.

Mon “réflexe bande dessinée”, c’est sans doute d’avoir toujours une forme de narration dans mes images : éviter qu’elles soient trop statiques, faire en sorte qu’il s’y passe toujours quelque chose, même de manière discrète.

Le “réflexe illustration”, lui, tient davantage à la composition et à la lisibilité : que le personnage ressorte bien sur l’arrière-plan, que l’image soit équilibrée… Mais au fond, ça vaut un peu pour tout.

Après, tout ça reste du work in progress : on apprend en permanence, en faisant et en regardant.

Vous travaillez depuis de nombreuses années avec Bayard Presse. Comment voyez-vous évoluer la BD et l’illustration jeunesse auprès des jeunes lecteurs ?

Je suis un peu dans ma bulle chez Bayard, donc je n’ai pas forcément une vision très large du marché dans son ensemble.

Je travaille surtout pour Images Doc et Astrapi, ce qui fait que j’observe tout ça avec une certaine distance. Cela dit, j’ai quand même l’impression que la BD jeunesse francophone est aujourd’hui beaucoup plus riche et diverse qu’il y a quelques années. Je vois passer énormément de belles choses.

Après, savoir comment ça se vend ou quelles sont les réalités économiques derrière, c’est déjà un autre sujet, et je suis assez détaché de cet aspect-là.

Un autoportrait jugé par son auteur comme pas très ressemblant… mais plus souriant !

Vous avez travaillé sur Ariol chez Folimage. Qu’est-ce que le storyboard apporte à votre vision de la narration en bande dessinée ?

J’aime beaucoup travailler le mouvement en dessin, donc il y a forcément des réflexes communs entre la BD et le storyboard.

La lisibilité des attitudes, le raccord d’un mouvement d’une image à l’autre… Par exemple, si un personnage court de gauche à droite, il ne va pas soudainement partir dans l’autre sens sans raison.

Mais paradoxalement, le storyboard m’a aussi poussé à être plus synthétique.

Si on regarde mon album Hans, c’est presque de l’animation imprimée : les mouvements y sont très décomposés, avec beaucoup de poses, beaucoup d’improvisation. Dessiner une attitude m’amenait souvent à imaginer la suivante. Ensuite, je coupais parfois certaines étapes avant l’encrage.

En storyboard, j’avais un peu cette même tendance… jusqu’au jour où un monteur m’a fait comprendre qu’il en avait un peu assez de devoir monter dix dessins quand cinq suffisaient largement. Depuis, j’essaie davantage de faire comprendre un mouvement en une seule image.

C’est un autre défi, mais ça devient passionnant, surtout quand un personnage doit accomplir plusieurs actions en même temps.

Entre presse, édition et animation, avez-vous le sentiment que le métier d’auteur/illustrateur a changé ces dernières années ?

Les quelques contacts que j’ai encore dans l’animation me disent qu’il y a moins de travail.

Comme il y a aussi moins d’enfants ces dernières années, j’imagine qu’à terme il y aura peut-être aussi moins de travail en illustration et en BD jeunesse.

On va peut-être tous finir par devoir se reconvertir dans la BD pour vieux… vu le succès des BD documentaires sur la politique ou l’économie.

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Votre dessin possède une identité très expressive et immédiatement reconnaissable. Comment ce style s’est-il construit au fil du temps ?

Vous êtes bien gentil… Je ne sais pas trop si j’ai une réponse très construite à ça.

Je crois que c’est surtout une forme de sédimentation : on accumule des petites choses qu’on a testées, qui fonctionnent, qu’on aime bien, et qu’on finit naturellement par réutiliser.

Il y a sûrement aussi beaucoup d’influences venues de mes lectures, reprises plus ou moins consciemment, puis mélangées ensemble. J’espère suffisamment pour que l’influence précise de tel ou tel auteur ne saute pas trop aux yeux.

Y a-t-il un projet, un univers ou un type de récit que vous aimeriez encore explorer un jour ?

J’aimerais beaucoup faire, un jour, une vraie BD d’aventure… dans la limite de mes moyens.

Pouvoir vraiment explorer l’action par le dessin me plairait énormément. Après, je ne suis pas certain d’être très capable d’écrire moi-même ce genre d’histoire.

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Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la place de la bande dessinée jeunesse en France ?

J’ai quand même l’impression qu’il existe aujourd’hui énormément de BD jeunesse passionnantes.

J’ai le sentiment que les éditeurs ont compris que, s’ils veulent garder des lecteurs de tous âges, il faut aller les chercher très tôt, dès l’enfance. De ce point de vue, ça me paraît bien plus riche que ce qui existait quand j’étais moi-même enfant.

Après, je ne suis pas certain que cette création soit vraiment valorisée à sa juste mesure dans les médias. Mais plus largement, j’ai surtout l’impression que les médias généralistes ne s’intéressent pas assez aux enfants : ni à leur parole, ni à leurs goûts.

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