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Réinventer son trait, du polar à l’intime : entretien avec François Ravard

Interviews BD

Dessinateur aux multiples registres, François Ravard (dont je vous conseille de visiter le portfolio) navigue entre polar, illustration, presse et récits plus intimistes avec une même exigence : adapter son regard à chaque projet. De collaborations avec des scénaristes à la reprise d’univers aussi emblématiques que Nestor Burma, il développe une approche souple, curieuse et profondément attentive aux atmosphères.

Vous travaillez souvent avec des scénaristes. Qu’est-ce que vous cherchez concrètement dans une collaboration : une liberté graphique, une direction claire… ou un équilibre entre les deux ?

Je travaille effectivement beaucoup avec des scénaristes. Depuis mes débuts, chaque projet a été avant tout une affaire de rencontres. J’aime l’émulation que ces collaborations créent, parce qu’elles me poussent à aller plus loin, à explorer de nouvelles directions et à enrichir mon travail. D’autant que les projets sont souvent très longs, et le fait d’être deux permet d’avoir un regard différent, de se challenger mutuellement et d’enrichir chaque étape de la création.

Votre travail passe du polar à des récits plus intimes ou contemplatifs. Est-ce que vous adaptez votre dessin à l’histoire… ou est-ce toujours le même regard qui traverse vos projets ?

J’adapte toujours mon dessin au projet. On ne peut pas traiter un polar de la même manière qu’un récit intime ou qu’un livre d’illustration jeunesse, effectivement, et j’aime ce changement de technique, qui, à chaque fois, me permet de réinventer mon approche, de me surprendre et de surprendre aussi le lecteur. J’ai par ailleurs un dessin très élastique qui me permet de passer de la synthèse au dessin plus poussé. Et je prends beaucoup de plaisir à changer d’approche graphique, ce qui m’aide à ne pas m’ennuyer, à rester curieux, et à rester toujours engagé dans ce que je fais.

Nestor Burma ©Casterman

Vous avez repris un univers aussi marqué que Nestor Burma. Comment on s’approprie un personnage aussi chargé sans tomber dans l’imitation ?

Nestor Burma a une grande importance à mes yeux, c’est le personnage qui m’a amené au polar en bande dessinée. C’est ainsi que j’ai découvert également le travail de Tardi, mais aussi les romans de Malet, qui ont vraiment nourri mon imaginaire et mon approche du genre. J’aime beaucoup ces histoires qui donnent une importance particulière aux atmosphères et aux décors. Elles en deviennent presque des personnages à part entière. Reprendre la série est un vrai bonheur, mais aussi un sacré challenge. Il fallait garder un cadre, comme Moynot et Barral l’ont fait avant moi, une ligne directrice à travers les personnages principaux de la série, pour que le lecteur ne soit pas perdu d’un dessinateur à un autre. Mais j’essaie, malgré ce cadre très présent, pour garder la cohérence visuelle de la série, d’apporter ma touche personnelle, dans les attitudes, les personnages secondaires, ou même dans les décors.

Aquarelles de François Ravard

On retrouve souvent une attention particulière aux lieux, aux ambiances, notamment dans vos illustrations ou aquarelles. Est-ce que le décor est, pour vous, un personnage à part entière ?

Oui, tout à fait. Le décor, pour moi, joue un rôle de personnage à part entière. C’est lui qui donne l’atmosphère, qui guide les émotions et qui ancre les personnages dans leur monde. C’est aussi vrai pour les illustrations que pour la bande dessinée, parce que chaque lieu porte une part de l’histoire et contribue à rendre l’univers crédible.

Vous publiez aussi bien en BD qu’en presse ou en illustration. Est-ce que ces formats vous offrent une forme de respiration… ou répondent-ils à des envies différentes ?

J’ai toujours eu beaucoup d’attirance pour le dessin d’humour et l’exercice de synthèse, en essayant à chaque fois de raconter une petite histoire dans une seule image, et au milieu des projets très longs, où j’aime la plupart du temps collaborer avec un scénariste, comme je l’ai dit plus haut, j’aime m’amuser

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tout seul sur ce genre d’exercice qui m’offre effectivement une vraie bouffée d’air et de respiration.

Quand vous regardez la bande dessinée aujourd’hui, qu’est-ce qui vous semble le plus figé… et qu’est-ce qui reste encore libre ?

Peut-être les formats et les codes traditionnels (dont je fais partie, d’autant plus avec ce cher Nestor), mais cela n’empêche pas à côté de cela l’émergence de nouveaux talents qui viennent bousculer ces codes, avec de nouvelles formes de narration… C’est aussi par ailleurs ce que j’essaie d’entreprendre sur mes autres projets BD.

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