MiklMayer.fr

Tintin au pays des Soviets

Couverture de Tintin au pays des Soviets

Les Aventures de Tintin — Tome 1

Tintin au pays des Soviets

Hergé

Éditeur : Casterman

Sortie originale : 1 septembre 1930

2/5

Prépublié à partir de 1929 puis édité en album en 1930, Tintin au pays des Soviets marque la naissance de Tintin et Milou. Cette œuvre fondatrice laisse déjà entrevoir le talent graphique d’Hergé, mais son scénario improvisé et son discours de propagande en font une lecture aujourd’hui difficile à comparer aux grands albums de la série.

Tintin envoyé en Union soviétique

Le jeune reporter Tintin est envoyé à Moscou par Le Petit Vingtième pour enquêter sur le fonctionnement du régime soviétique. Dès son départ, un agent secret tente de l’empêcher d’accomplir sa mission.

Tintin découvre un pays présenté comme misérable, violent et entièrement contrôlé par les communistes. Constamment poursuivi par la police politique, il enchaîne les arrestations, les évasions, les déguisements et les moyens de transport les plus improbables.

Un récit improvisé de semaine en semaine

Hergé ne construit pas encore son aventure autour d’un scénario préparé. Chaque épisode doit surtout placer Tintin dans une nouvelle situation dangereuse, puis lui permettre de s’en sortir grâce à une idée soudaine ou à une coïncidence.

Cette méthode donne au récit une énergie frénétique, mais crée aussi de nombreuses incohérences. Tintin change continuellement de véhicule, échappe plusieurs fois à une mort certaine et traverse l’Union soviétique sans véritable progression dramatique. L’album ressemble davantage à une longue poursuite qu’à une enquête structurée.

Une œuvre ouvertement anticommuniste

L’histoire est commandée à Hergé par l’abbé Norbert Wallez, directeur du journal catholique conservateur Le Vingtième Siècle. Son objectif est clairement de présenter le régime soviétique comme une dictature fondée sur la violence, la fraude et la misère.

Hergé ne se rend pas sur place et s’appuie principalement sur Moscou sans voiles, un ouvrage très hostile au bolchevisme écrit par Joseph Douillet. L’album ne cherche donc jamais à apporter un regard nuancé ou à confronter plusieurs sources : chaque scène doit confirmer la culpabilité du régime.

Certaines dénonciations, notamment celles de la répression et des élections truquées, renvoient à la réalité d’un système autoritaire. Leur présentation reste cependant si caricaturale que l’ensemble relève davantage de la propagande que du reportage.

Un Tintin encore très éloigné du héros classique

Le personnage possède déjà son courage, sa débrouillardise et son refus de céder face aux injustices. Il reste toutefois peu développé et ne manifeste presque aucun doute. Sa fonction consiste principalement à découvrir une nouvelle preuve contre les Soviets avant de reprendre sa fuite.

Milou occupe en revanche une place considérable. Il parle, commente les événements et sauve régulièrement son maître. Son caractère gourmand, moqueur et parfois réticent annonce déjà le compagnon plein de personnalité des albums suivants.

Un dessin brut, mais rempli de mouvement

Le graphisme d’Hergé paraît extrêmement rudimentaire lorsqu’on le compare à la ligne claire qu’il développera plus tard. Les décors sont sommaires, les proportions changent régulièrement et certains personnages ne sont que des silhouettes caricaturales.

Plusieurs planches révèlent pourtant un véritable sens du mouvement. Les courses, les chutes et les poursuites possèdent une énergie remarquable. Hergé expérimente déjà avec le cadrage et la décomposition de l’action, même s’il est encore loin de la précision du Lotus bleu ou de L’Affaire Tournesol.

Une pièce essentielle de l’histoire de la BD

L’intérêt principal de l’album réside aujourd’hui dans ce qu’il révèle de la naissance de Tintin. Le lecteur voit Hergé apprendre son métier directement au fil des pages et inventer progressivement les principes d’une série appelée à transformer la bande dessinée européenne.

L’œuvre permet également de mesurer l’évolution spectaculaire de l’auteur. Entre ce premier récit improvisé et les albums construits des décennies suivantes, le dessin, la narration et le regard porté sur le monde changeront presque complètement.

En résumé

Tintin au pays des Soviets possède une importance historique incontestable, mais ses qualités narratives restent limitées. Le scénario répétitif, les invraisemblances et la propagande sans nuance rendent la lecture laborieuse. L’énergie du dessin, la présence de Milou et les premières intuitions d’Hergé conservent néanmoins un véritable intérêt. Une curiosité fondatrice davantage qu’un grand album de Tintin.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR