Astérix — Tome 14
Astérix en Hispanie
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 1 juillet 1969
Publié en 1969, Astérix en Hispanie entraîne les deux Gaulois au-delà des Pyrénées pour ramener chez lui Pépé, le fils d’un chef hispanique capturé par les Romains. Goscinny et Uderzo proposent un album de voyage rythmé et très drôle, porté par un jeune personnage aussi attachant qu’insupportable.
Pépé, un enfant qui n’a peur de personne
Pépé s’impose immédiatement comme la principale réussite de l’album. Capricieux, fier et particulièrement bruyant, il parvient à épuiser aussi bien les Romains que les habitants du village gaulois.
Son principal moyen de pression consiste à retenir sa respiration jusqu’à ce que les adultes cèdent. Ce gag répétitif fonctionne grâce aux réactions désespérées de son entourage et au contraste entre sa petite taille et l’autorité qu’il exerce sur tout le monde.
Le personnage aurait facilement pu devenir agaçant pour le lecteur. Goscinny parvient pourtant à le rendre attachant grâce à son courage, à son intelligence et à sa détermination à retrouver son village.
Astérix et Obélix confrontés au rôle de parents
La présence de Pépé modifie efficacement la relation entre Astérix et Obélix. Les deux héros doivent cette fois protéger un enfant dont les caprices provoquent presque autant de problèmes que les Romains.
Astérix tente de rester raisonnable et responsable, tandis qu’Obélix se montre plus sensible aux exigences du garçon. Cette répartition crée plusieurs scènes amusantes et permet au duo d’occuper un rôle différent de celui des aventures précédentes.
Le scénario exploite cependant surtout les colères de Pépé. La relation affective entre les trois personnages reste assez simple et aurait pu évoluer davantage pendant le voyage.
Une Hispanie pleine de clichés bien détournés
Comme dans les meilleurs albums de voyage, l’Hispanie antique ressemble beaucoup à l’Espagne contemporaine. Goscinny joue avec les routes encombrées, les touristes, les auberges, les danses traditionnelles et la fierté nationale.
Ces anachronismes sont rarement gratuits. Ils permettent de caricaturer l’essor du tourisme de masse et les habitudes des vacanciers français découvrant l’Espagne à la fin des années 1960.
Certains clichés ont naturellement vieilli, mais ils restent utilisés avec suffisamment de légèreté pour ne pas alourdir l’album. L’humour repose davantage sur le décalage historique que sur une véritable moquerie envers les Espagnols.
Le tourisme de masse déjà tourné en ridicule
Les Gaulois rencontrent sur leur route des voyageurs persuadés de découvrir une terre encore sauvage, tout en exigeant de retrouver leurs habitudes et leur confort. Goscinny saisit parfaitement les contradictions du touriste qui souhaite être dépaysé sans réellement changer son mode de vie.
L’album évoque également les routes saturées et les établissements conçus pour accueillir les visiteurs étrangers. Cette vision de l’Espagne comme destination privilégiée des vacanciers français conserve une étonnante modernité.
La satire reste cependant moins profonde que dans Le Domaine des dieux ou Obélix et Compagnie. Elle accompagne surtout le voyage sans devenir le véritable moteur du scénario.
Nonpossumus, un Romain presque trop humain
Le légionnaire Nonpossumus constitue l’autre excellente création de l’album. Chargé de surveiller Pépé, il se retrouve rapidement dépassé par un enfant impossible à contrôler.
Goscinny le présente moins comme un adversaire dangereux que comme un homme ordinaire prisonnier de sa mission. Ses déguisements et ses efforts pour rester discret produisent plusieurs très bons gags.
Le personnage apporte une forme de légèreté à la présence romaine. Il ne menace jamais réellement les héros, mais son obstination maintient une tension comique tout au long du voyage.
Un dessin particulièrement vivant
Uderzo donne à l’Hispanie une forte identité visuelle grâce aux paysages arides, aux villages blancs et aux décors montagneux. Le voyage permet de renouveler les environnements sans rompre avec l’univers graphique de la série.
Les expressions de Pépé sont particulièrement réussies. Ses colères, ses regards provocateurs et son visage changeant de couleur donnent beaucoup d’énergie aux scènes dans lesquelles il apparaît.
La séquence autour du taureau compte également parmi les passages visuellement les plus mémorables. Uderzo y excelle dans le mouvement, les réactions de foule et la montée du danger.
Une intrigue plaisante mais assez classique
Le scénario reste construit autour d’un trajet relativement linéaire : Astérix et Obélix doivent conduire Pépé jusqu’à son village tandis que les Romains tentent de le récupérer.
Cette simplicité donne à l’album un rythme fluide, mais limite les véritables surprises. Les différentes étapes du voyage comptent souvent davantage que l’objectif final.
L’aventure repose donc avant tout sur ses personnages et ses gags. Elle ne possède pas la richesse narrative des meilleurs albums de la série, mais son efficacité comique empêche l’histoire de devenir monotone.
En résumé
Astérix en Hispanie est un très bon album de voyage, porté par l’inoubliable Pépé et par une satire amusante du tourisme de masse. Nonpossumus, les paysages dessinés par Uderzo et les nombreux anachronismes enrichissent une aventure particulièrement vivante. L’intrigue reste assez classique et la relation entre les héros et Pépé aurait pu être davantage développée, mais l’ensemble demeure drôle, rythmé et immédiatement reconnaissable.
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