Astérix — Tome 13
Astérix et le Chaudron
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 1 janvier 1969
Publié en 1969, Astérix et le Chaudron transforme une affaire de pièces disparues en une aventure consacrée à l’argent, à l’honneur et à la confiance. Goscinny et Uderzo proposent un album au ton parfois mélancolique, dans lequel Astérix et Obélix doivent apprendre à gagner leur vie sans pouvoir compter uniquement sur la potion magique.
Astérix rejeté par son propre village
Chargé de surveiller un chaudron rempli de sesterces, Astérix se retrouve tenu pour responsable lorsque l’argent disparaît. Le respect des traditions impose son bannissement jusqu’à ce qu’il puisse restituer la somme perdue.
Ce départ forcé donne à l’album une tonalité inhabituelle. Astérix ne quitte pas le village pour accomplir une mission, mais parce que son honneur est remis en cause par ceux qu’il protège habituellement.
Goscinny évite cependant d’en faire un véritable conflit. La tristesse des habitants montre qu’ils subissent eux aussi une décision dictée par les coutumes gauloises.
Obélix, fidèle jusque dans l’exil
Obélix refuse immédiatement de laisser partir Astérix seul. Il ne cherche pas à savoir si son compagnon est réellement responsable : il choisit simplement de rester à ses côtés.
Cette fidélité donne une profondeur particulière à leur amitié. Derrière les disputes et les incompréhensions, les deux héros apparaissent comme un duo véritablement inséparable.
Obélix conserve évidemment son rôle comique, notamment lorsqu’il prend les expressions d’Astérix au pied de la lettre. Sa force devient toutefois moins efficace face à un problème essentiellement financier.
Une satire efficace du monde de l’argent
Pour retrouver sa place au village, Astérix doit gagner une somme importante. Commerce, spectacle, courses de chars ou opérations financières : Goscinny multiplie les situations pour montrer que l’argent circule beaucoup, mais reste difficilement accessible à ceux qui ne maîtrisent pas les règles.
Chaque activité semble offrir une solution avant de révéler une nouvelle absurdité. Le travail ne garantit pas forcément un revenu, le succès dépend souvent du hasard et ceux qui parlent le plus volontiers d’honnêteté ne sont pas toujours les plus irréprochables.
Cette satire conserve une véritable modernité. Astérix et Obélix découvrent un monde où leur courage et leur force comptent moins que l’argent, les relations et la capacité à comprendre les mécanismes économiques.
Condate, ville de toutes les désillusions
Une partie importante de l’histoire se déroule à Condate, l’actuelle Rennes. La ville gallo-romaine permet à Uderzo de représenter des marchés, des théâtres, des banques et des lieux de divertissement.
Condate apparaît comme une société dans laquelle tout peut devenir un commerce. Astérix et Obélix y croisent des personnes prêtes à vendre, acheter, parier ou profiter de leur naïveté.
La ville n’est pourtant jamais présentée comme entièrement hostile. Elle représente surtout un univers dont les deux Gaulois ignorent les usages, très éloigné de la vie simple de leur village.
Une succession d’échecs parfois répétitive
L’intrigue repose sur les nombreuses tentatives d’Astérix et Obélix pour remplir le chaudron. Chaque idée donne naissance à une séquence comique presque indépendante avant de conduire à un nouvel échec.
Cette construction offre une grande variété de situations et permet à Goscinny de détourner le commerce, les jeux d’argent, le théâtre ou encore le fonctionnement d’une banque.
L’accumulation devient toutefois légèrement répétitive. Le lecteur comprend rapidement que chaque solution sera provisoire, tandis que l’enquête autour de la disparition de l’argent passe temporairement au second plan.
Moralélastix, l’antithèse d’Astérix
Calculateur, avare et peu attaché à la solidarité entre villages, Moralélastix entretient avec les Romains des relations dictées par ses intérêts personnels.
Son nom résume parfaitement sa personnalité : sa morale s’adapte aux circonstances dès qu’une somme d’argent entre en jeu. Goscinny caricature ainsi ceux qui invoquent l’honneur uniquement lorsqu’il sert leurs propres intérêts.
Moralélastix manque volontairement de sympathie, mais il donne une véritable cohérence à l’album. Il incarne tout ce qu’Astérix n’est pas : la cupidité, la duplicité et l’utilisation des traditions au détriment des autres.
Un dénouement particulièrement ingénieux
La résolution repose sur un détail installé dès le début de l’histoire et suffisamment discret pour ne pas dévoiler immédiatement la vérité. Goscinny transforme ainsi un élément apparemment anodin en clé de toute l’intrigue.
Astérix reprend pleinement son rôle de héros intelligent. Après avoir tenté de gagner l’argent par différents moyens, il comprend que la solution viendra de son sens de l’observation plutôt que de la force.
L’enquête aurait pu occuper une place plus importante au milieu de l’album. La révélation fonctionne néanmoins très bien et récompense l’attention du lecteur.
En résumé
Astérix et le Chaudron confronte Astérix à la perte de son honneur plutôt qu’à une menace romaine. La fidélité d’Obélix, la satire du monde de l’argent et la personnalité détestable de Moralélastix donnent beaucoup de force au récit. La succession des tentatives pour remplir le chaudron devient légèrement répétitive, mais l’atmosphère inhabituelle et l’intelligence du dénouement en font un très bon album.
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