Astérix — Tome 24
Astérix chez les Belges
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 1 janvier 1979
Publié en 1979, Astérix chez les Belges voit Abraracourcix partir défendre son honneur après avoir appris que César considère les Belges comme le peuple le plus brave de Gaule. Cette compétition volontairement absurde donne naissance à un album chaleureux et généreux, resté célèbre comme le dernier scénario d’Astérix écrit par René Goscinny.
Une rivalité née de l’orgueil d’Abraracourcix
Abraracourcix refuse d’admettre qu’un autre peuple puisse être considéré comme plus courageux que les habitants de son village. Astérix et Obélix l’accompagnent alors en Belgique pour éviter que son orgueil ne provoque une catastrophe.
Goscinny détourne une phrase authentique de César pour créer un conflit aussi ridicule que crédible. Les Gaulois et les Belges partagent le même ennemi, mais préfèrent rivaliser entre eux afin de savoir lesquels terrorisent le mieux les Romains.
Cette motivation produit de nombreux gags, même si elle reste assez mince pour porter l’ensemble de l’aventure.
Les Belges, cousins des irréductibles Gaulois
Les Belges ressemblent beaucoup aux habitants du village d’Astérix. Ils sont accueillants, fiers, amateurs de bons repas et parfaitement capables de résister aux légions romaines.
Gueuselambix et Vanendfaille forment un duo sympathique, dont la convivialité contraste avec l’excitation permanente d’Abraracourcix. Leur assurance rend la compétition encore plus irritante pour le chef gaulois.
Cette proximité limite cependant les oppositions culturelles. Contrairement aux Bretons ou aux Helvètes, les Belges ne bouleversent jamais réellement les habitudes d’Astérix et Obélix.
Une Belgique construite par les références
L’album multiplie les clins d’œil à la culture belge. Jacques Brel, Annie Cordy, le Manneken-Pis et les habitudes linguistiques du pays apparaissent au fil des dialogues et des situations.
Uderzo glisse également Dupond et Dupont parmi les personnages, dans un hommage évident à Hergé. Ces références offrent plusieurs niveaux de lecture et récompensent particulièrement les lecteurs qui connaissent la Belgique.
Certaines allusions sont devenues moins faciles à identifier, mais elles donnent à l’album une grande richesse culturelle et une identité immédiatement reconnaissable.
Un festin au cœur de l’humour
Les repas occupent une place essentielle dans la représentation des Belges. Les personnages mangent beaucoup, tôt et dans une atmosphère particulièrement conviviale.
Goscinny s’amuse notamment avec les différentes appellations des repas en Belgique. Obélix, pourtant rarement perturbé lorsqu’il est question de nourriture, finit par ne plus savoir à quel moment il doit manger.
Ces scènes sont très efficaces, même si elles prolongent parfois une intrigue déjà peu pressée. L’album préfère clairement la convivialité et les dialogues à la tension narrative.
César arbitre malgré lui
Incapables de se départager, Gaulois et Belges décident de demander à César de déterminer lesquels sont les plus braves. L’idée de confier ce choix à leur ennemi commun résume parfaitement l’absurdité de leur rivalité.
César retrouve ici toute sa dignité comique. Il tente de conserver son autorité alors que chacun de ses camps est détruit et que ses légionnaires ne souhaitent plus affronter aucun des deux peuples.
Sa présence relance efficacement la dernière partie, mais le principe de la compétition entraîne aussi une certaine répétition dans les affrontements.
Uderzo transforme la bataille en tableau
La grande bataille finale permet à Uderzo de rendre hommage au tableau Le Repas de noces de Pieter Bruegel l’Ancien. La composition spectaculaire contraste avec le désordre provoqué par les combats.
Le récit adopte également le ton épique de Victor Hugo pour décrire une confrontation pourtant profondément burlesque. Ce décalage entre grandeur littéraire et bagarre générale constitue l’un des sommets de l’album.
Uderzo livre des planches particulièrement riches, capables de réunir une multitude de personnages sans perdre en lisibilité.
Un album marqué par la disparition de Goscinny
René Goscinny meurt en 1977 alors que l’album est encore en cours de réalisation. Uderzo termine seul les dessins de cette dernière histoire écrite par son ami.
Le banquet final, exceptionnellement placé sous la pluie, est généralement perçu comme l’expression de cette tristesse. Cette image donne une émotion particulière à une conclusion pourtant fidèle aux traditions de la série.
La disparition de Goscinny ne doit pas empêcher de juger l’album pour lui-même, mais elle lui confère inévitablement une place à part dans l’histoire d’Astérix.
En résumé
Astérix chez les Belges est un album chaleureux, drôle et particulièrement riche en références culturelles. Les Belges forment d’excellents cousins des Gaulois, César joue parfaitement son rôle d’arbitre dépassé et Uderzo réalise une bataille finale remarquable. L’intrigue reste simple et parfois répétitive, mais la générosité de l’humour et l’émotion du dernier banquet en font une conclusion très digne à la période Goscinny.
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