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Le Tour de Gaule d’Astérix

Couverture de Le Tour de Gaule d’Astérix

Astérix — Tome 5

Le Tour de Gaule d’Astérix

René Goscinny et Albert Uderzo

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 1 janvier 1965

4/5

Publié en 1965, Le Tour de Gaule d’Astérix lance les deux héros sur les routes afin de réunir les spécialités culinaires des principales villes gauloises. Goscinny et Uderzo transforment l’Antiquité en portrait humoristique de la France des années 1960, dans un album généreux mais parfois prisonnier de sa construction en étapes.

Un pari idéal pour parcourir la Gaule

Les Romains font construire une palissade autour du village afin d’isoler les irréductibles Gaulois. Astérix parie alors qu’il accomplira malgré tout un tour du pays et rapportera un produit typique de chaque région.

Le prétexte est très simple, mais parfaitement adapté à la série. Chaque ville devient un nouveau décor dans lequel Goscinny peut observer les habitudes locales, jouer avec les accents et détourner les spécialités régionales.

L’enjeu reste volontairement léger. Les héros ne cherchent pas à sauver le village d’un danger majeur : ils veulent surtout démontrer que l’autorité romaine est incapable de limiter leur liberté.

La France contemporaine déguisée en Gaule

Le voyage permet à Goscinny de dresser une véritable carte humoristique du pays. Lutèce est déjà encombrée par la circulation, les habitants de Massilia parlent avec l’accent marseillais et les vacanciers se pressent sur les routes du sud.

Les nombreux anachronismes constituent l’une des grandes forces de l’album. Le passé sert uniquement de décor à une satire de la France contemporaine, de ses habitudes et de ses différences régionales.

Certains clichés paraissent aujourd’hui très attendus, mais leur accumulation reste efficace. Goscinny ne cherche pas à ridiculiser une région en particulier : chaque étape reçoit son propre trait caricatural, tandis que la gastronomie devient le principal élément d’unité nationale.

Une structure plaisante mais répétitive

La construction en voyage permet de renouveler régulièrement les décors et les personnages. Chaque ville fonctionne presque comme une petite histoire autonome avec son produit, son accent et son groupe de Romains à éviter.

Cette variété donne beaucoup de rythme à la première lecture. Elle entraîne aussi une certaine répétition : Astérix et Obélix arrivent dans une ville, récupèrent une spécialité puis échappent aux soldats avant de reprendre la route.

L’album possède ainsi moins de progression dramatique qu’Astérix gladiateur. Les étapes sont amusantes individuellement, mais certaines paraissent trop courtes pour développer pleinement leurs idées.

Astérix et Obélix deviennent inséparables

Le duo atteint ici un équilibre presque définitif. Astérix dirige l’expédition et improvise constamment de nouvelles solutions, tandis qu’Obélix apporte sa force, sa gourmandise et son enthousiasme.

Le rapport d’Obélix à son poids devient pour la première fois un ressort comique important. Il supporte très mal d’être qualifié de « gros », alors que son amour des banquets et des sangliers ne cesse de renforcer le gag.

Les héros paraissent surtout heureux de voyager ensemble. Leur complicité donne une unité au récit malgré la succession rapide des villes et annonce les nombreux voyages qui structureront la suite de la série.

L’arrivée discrète d’Idéfix

Un petit chien blanc apparaît devant une charcuterie de Lutèce et décide de suivre les deux Gaulois. Astérix et Obélix ne remarquent sa présence qu’à la fin de leur voyage.

Idéfix ne porte pas encore de nom et n’intervient presque pas dans l’action. Uderzo le place néanmoins dans les cases comme un compagnon silencieux, invitant le lecteur à le repérer bien avant les personnages.

Cette arrivée discrète est particulièrement réussie. Plutôt que d’imposer immédiatement un nouveau héros, les auteurs le laissent trouver naturellement sa place auprès d’Obélix.

Une série qui fixe ses traditions

Les pirates font leur deuxième apparition et leur équipage commence à prendre sa forme définitive. Leur nouveau naufrage transforme progressivement leur malchance en gag récurrent.

Le banquet final prend également davantage d’importance. Toutes les spécialités rapportées pendant le voyage permettent de renouveler la traditionnelle célébration du village et de donner un véritable sens à la conclusion.

Ces éléments montrent que la série commence à organiser ses propres rendez-vous. Le lecteur reconnaît désormais des situations attendues, mais Goscinny cherche encore différentes manières de les faire évoluer.

Un dessin dynamique et très lisible

Uderzo doit représenter un nombre particulièrement important de villes, de paysages et de moyens de transport en seulement 48 pages. Chaque étape reste pourtant immédiatement identifiable.

Les scènes de poursuite sont vivantes et les foules plus maîtrisées que dans les premiers tomes. Le dessin joue également un rôle essentiel dans les anachronismes, notamment à travers la circulation urbaine et les comportements des touristes.

Cette efficacité a parfois pour contrepartie des décors rapidement esquissés. Le voyage privilégie la quantité de lieux visités plutôt que l’installation d’ambiances aussi développées que dans les futurs albums.

En résumé

Le Tour de Gaule d’Astérix est une promenade inventive et gourmande à travers une France antique qui ressemble beaucoup à celle des années 1960. La complicité des héros, les caricatures régionales et l’arrivée discrète d’Idéfix donnent à l’album une place importante dans la série. Sa structure en étapes devient parfois répétitive et limite la profondeur de certaines situations, mais l’humour et l’énergie du voyage restent très efficaces.

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