Astérix — Tome 33
Le ciel lui tombe sur la tête
Éditeur : Les Éditions Albert René
Sortie originale : 14 octobre 2005
Publié en 2005, Le ciel lui tombe sur la tête confronte les Gaulois à deux civilisations extraterrestres représentant respectivement la bande dessinée américaine et le manga japonais. Albert Uderzo tente de défendre la tradition franco-belge face aux influences étrangères, mais son message trop lourd, ses personnages sans relief et son univers de science-fiction rendent l’album presque méconnaissable.
Une rupture brutale avec l’univers d’Astérix
La série a toujours accepté les anachronismes, mais ceux-ci servaient habituellement à caricaturer la société contemporaine depuis un cadre antique relativement cohérent.
L’arrivée de vaisseaux spatiaux, de robots et de super-héros bouleverse complètement cet équilibre. Ces éléments ne sont pas détournés pour s’intégrer à l’univers gaulois : ils semblent provenir d’une autre bande dessinée et y rester étrangers.
Le problème ne vient donc pas simplement de la science-fiction. Il vient surtout de l’absence de véritable dialogue entre celle-ci et le monde d’Astérix.
Une opposition très lourde entre comics et mangas
Les extraterrestres représentent de manière transparente deux influences majeures de la bande dessinée mondiale. Les Tadsylwiniens renvoient aux productions américaines, tandis que les Nagmas caricaturent le manga japonais.
Uderzo ne construit pourtant aucune véritable réflexion sur leurs qualités et leurs limites. La bande dessinée américaine bénéficie d’un traitement plutôt bienveillant, tandis que le manga est représenté comme une production agressive, mécanique et uniformisée.
Cette opposition transforme rapidement l’album en règlement de comptes. La défense de l’identité franco-belge aurait pu être pertinente, mais elle repose ici sur une vision simplificatrice et défensive des autres cultures.
Toune et Nagma, des personnages sans personnalité
Toune et Nagma ne possèdent ni le charisme d’un grand adversaire romain ni la profondeur comique des peuples habituellement rencontrés par Astérix.
Ils servent avant tout de symboles. Leurs dialogues expliquent constamment ce qu’ils représentent et ce qu’Uderzo souhaite critiquer, sans laisser le lecteur interpréter les situations.
Leurs affrontements produisent du mouvement, mais très peu d’humour. Contrairement à Détritus, Prolix ou Caius Saugrenus, ils ne révèlent rien de nouveau sur les habitants du village.
Astérix et Obélix réduits au rôle de spectateurs
Les deux héros assistent principalement au conflit entre les extraterrestres. Leur intelligence, leur complémentarité et leur connaissance du terrain ont peu d’influence sur le déroulement de l’histoire.
La potion magique elle-même devient un simple objet convoité par les visiteurs. Elle ne provoque aucune réflexion intéressante et sert surtout de prétexte pour attirer les deux camps en Gaule.
Astérix paraît inhabituellement passif, tandis qu’Obélix enchaîne des réactions attendues. Les héros donnent ainsi l’impression d’être invités dans un album qui porte pourtant leur nom.
Une satire remplacée par un message explicite
Les meilleurs albums de la série critiquaient le tourisme, la consommation ou les institutions à travers les comportements des personnages. Le lecteur comprenait le propos sans qu’il soit nécessaire de le lui expliquer.
Dans Le ciel lui tombe sur la tête, le message est constamment formulé et souligné. Uderzo défend la diversité culturelle et la tradition, mais l’insistance du discours étouffe les rares situations comiques.
L’album apparaît ainsi moins comme une aventure que comme une réaction inquiète aux transformations du marché de la bande dessinée. Cette intention peut se comprendre, mais elle ne produit pas un récit convaincant.
Un dessin maîtrisé dans des styles incompatibles
Le dessin d’Uderzo reste techniquement solide. Les expressions des Gaulois sont lisibles et les scènes aériennes démontrent encore son sens du mouvement.
Les designs extraterrestres s’accordent cependant très mal avec ceux du village. Les superclones, les robots et les vaisseaux paraissent volontairement génériques, ce qui rend leurs nombreuses apparitions visuellement monotones.
La confrontation des styles aurait pu devenir une véritable expérience graphique. Elle donne surtout l’impression que plusieurs univers incompatibles ont été assemblés sur les mêmes pages.
Une conclusion qui reconnaît presque l’inutilité du récit
Le dénouement efface les conséquences de l’aventure et ramène le village à son état initial. Ce procédé permet de protéger la continuité de la série, mais retire aussi toute importance à ce qui vient de se produire.
Aucun personnage n’évolue, aucun conflit ne trouve de résolution véritable et la présence des extraterrestres ne laisse aucune trace. L’album peut pratiquement être retiré de la chronologie sans que rien ne manque.
Cette absence de conséquence confirme son principal défaut : malgré son sujet spectaculaire, l’histoire ne raconte finalement presque rien.
En résumé
Le ciel lui tombe sur la tête constitue une rupture particulièrement maladroite avec l’univers d’Astérix. La science-fiction pourrait fonctionner dans la série, mais elle sert ici un discours pesant contre les influences américaines et japonaises. Les extraterrestres manquent de personnalité, Astérix et Obélix deviennent spectateurs et la conclusion efface jusqu’à l’utilité du récit. Malgré le dessin toujours professionnel d’Uderzo et une intention compréhensible de défendre la création franco-belge, l’ensemble demeure confus, peu drôle et profondément étranger à l’esprit de la série.
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